NAIROBI, 12 juil (IPS) – Le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, estime que les médiateurs dans les discussions de paix pour le Sud-Soudan devraient porter leur attention sur la région de l'ouest soudanais, le Darfour, puisque tout accord de paix pour le sud sera compromis par une crise humanitaire continue dans le Darfour.
"La situation dans le Darfour doit être réglée rapidement, autrement le Soudan ne peut pas parler en termes d'une paix globale", a déclaré Annan aux journalistes, la semaine dernière, dans la capitale kényane, Nairobi – ceci après avoir rencontré le président Mwai Kibaki. Du 30 juin au 3 juillet, Annan avait entrepris une mission d'information dans le Darfour pour évaluer la situation qui y prévaut.
Une avancée dans l'ouest du Soudan était essentielle, a ajouté Annan, "bien que des discussions (de paix) entre le nord et le sud se soient déroulées très bien".
Annan a également briefé le Conseil de sécurité de l'ONU à New York à propos de ses craintes sur le Darfour dans une émission télévisée par satellite depuis le complexe de l'ONU à Nairobi.
Le conseil discutera bientôt du Soudan dans une motion soutenue par les Etats-Unis.
Les discussions de paix pour mettre fin à la guerre civile au Sud-Soudan, longue de 21 ans, se déroulent sous la médiation de l'Autorité intergouvernementale sur le développement, un regroupement régional qui comprend le Kenya, l'Ouganda, la Somalie, Djibouti, l'Ethiopie, l'Erythrée et le Soudan. A ce jour, plus de deux millions de personnes sont mortes et plus de quatre millions ont été déplacées dans le conflit.
Les négociations entre le gouvernement islamique de Khartoum et les rebelles du sud chrétien et animiste ont commencé au Kenya, en 2002. Les discussions ont débouché sur six accords qui prévoient un gouvernement d'union nationale, le partage des recettes pétrolières du Soudan et la création d'une armée qui inclut des soldats gouvernementaux et rebelles.
Les négociateurs ont également convenu que les habitants du Sud-Soudan seront également autorisés à organiser un référendum six ans après la signature d'un accord de paix final, pour savoir s'ils veulent rester sous Khartoum ou faire sécession.
Toutefois, les événements au Darfour peuvent contrarier les acquis auxquels sont parvenus le gouvernement et l'Armée populaire de libération du Soudan.
Khartoum est accusé de soutenir des milices arabes connues sous le nom de "janjaweed" (ou "cavaliers"), qui sont en train de terroriser les membres de trois tribus musulmanes noires, dans le Darfour.
Dans ce que des groupes de défense des droits ont qualifié de campagne d'épuration ethnique, les milices auraient incendié des villages, volé du bétail et violé des femmes – provoquant le déplacement massif de la population dans le Darfour, et un mouvement de réfugiés vers le Tchad voisin.
L'ONU décrit la crise humanitaire dans le Darfour comme la pire au monde.
Près de 10.000 personnes ont été tuées dans la région depuis que le conflit a commencé sérieusement l'année dernière, après le début des attaques des installations gouvernementales par deux groupes rebelles. Le Mouvement/l'Armée de libération du Soudan (SLM/A) et le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) ont agi de la sorte pour protester contre les razzias des janjaweeds, et le supposé manque d'intérêt du gouvernement pour les besoins de développement dans le Darfour.
"Des déplacements ont lieu quotidiennement, et les ressources ne peuvent pas suffire pour faire face au grand nombre de personnes", a dit Sasha Westerbeek, porte-parole du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) au Darfour, dans un entretien téléphonique avec IPS, le 8 juillet. Elle parlait depuis la ville de Nyala, dans le sud du Darfour.
"(Initialement) il y avait 26.000 personnes déplacées dans le camp de Kolmo, à 14 kilomètres de Nyala. Ce nombre est passé à au moins 53.000 aujourd'hui", a-t-elle ajouté.
"Pourtant, nous ne pouvons pas fournir de produits de première nécessité comme l'eau (et) les médicaments, entre autres. Nous sommes inquiets parce que la pluie, qui a commencé il y a deux jours, fait qu'il est encore difficile à nos camionnettes de pénétrer dans les camps pour offrir le peu que nous avons." L'UNICEF a demandé 35,9 millions de dollars pour faire face à la crise du Darfour. Mais, Westerbeek indique que 25 pour cent seulement de ce montant ont été réunis.
Environ un million de personnes ont été déplacées dans l'ouest du Soudan, tandis que 120.000 se sont réfugiées au Tchad.
Elle a toutefois bon espoir que la présence d'Annan au Darfour, ainsi que celle du secrétaire d'Etat américain Colin Powell, qui était arrivé pour une visite de deux jours au Soudan le 29 juin, conduiront à une augmentation du volume de l'aide.
Powell a menacé le gouvernement de Khartoum de mesures non spécifiées de l'ONU s'il n'arrête pas l'activité des milices. Bien que les autorités aient promis de maîtriser la violence au Darfour, elles doivent encore le faire, selon l'ONU.
Le conflit au Soudan a également fait l'objet de discussions au sommet annuel de l'Union africaine (UA), qui a pris fin dans la capitale éthiopienne, Addis Abeba, le 8 juillet. Les dirigeants ont promis d'envoyer une force armée de 300 hommes au Darfour pour protéger 60 observateurs de l'UA qui sont en train de d'observer un cessez-le-feu entre Khartoum, le SLM/A et le JEM.
La force peut également prendre des mesures pour empêcher d'autres attaques contre les civils.
Selon des informations, le président soudanais, Omar el Béchir, et son homologue tchadien, Idriss Deby, ont eu des discussions le samedi, 10 juillet, sur la situation dans le Darfour.

