KIGAL, 7 août (IPS) – Deux semaines après l'exécution du
commandant nordiste, Léonard Nkundiye, chef des rebelles Hutu, les
forces gouvernementales ont annoncé mardi dernier avoir tué un
autre un chef des rebelles.
Le corps du colonel Frodwald Mugemanyi était exposé à Nyaratovu,
à 20 kilomètres au sud de Ruhengeri. Les commandants locaux ont
expliqué sur les antennes de la télévision nationale qu'ils ont
réussi à enlever le commandant Interahawe (la milice Hutu)de la
province australe.
Mugemanyi serait mort lors des affrontements atroces qui ont
opposé les rebelles aux forces armées dans la région de Nyaratovu,
dans la nuit de lundi. Le gouvernement a révélé que près de 60
rebelles ont été tués dans une opération effectuée avec le soutien
de la population locale.
Il a été de nouveau signalé que Mugemanyi avait échappé aux
récentes opérations de contre-attaque dans la région de Giciye,
dans le Nord-Ouest, où Nkundiye avait été tué.
Mugemanyi a reçu une formation en médecine. Diplômé de
l'Université Libre de Bruxelles, il a travaillé en tant que
chirurgien à l'hôpital militaire de Kanombe à Kigali. A la
différence de Nkundiye et autres extrémistes Hutus impliqués dans
le génocide, Mugemanyi est originaire de Gikongoro, dans le sud.
La nouvelle de la mort de Mugemanyi est intervenue à la suite
d'une grande offensive de la milice Interahamwe à Rushashi, à 50
kilomètres au Nord de Kigali. Ayant Attaqué trois secteurs de la
commune le vendredi soir, les rebelles ont tué 104 personnes et
incendié des maisons ainsi que les plantations.
Une haute délégation gouvernementale conduite par le ministre de
l'intérieur, Sheik Abdul Karim Haberimana, a visité les lieux du
massacre le lundi et s'est adressée à la grande foule composée de
villageois.
Les survivants ont déclaré que les tueurs étaient venus de
Nyaratovu, au sud-ouest des collines, en passant par la préfecture
rurale de Kigali. Selon les témoins, un groupe d'hommes vêtus en
treillis, est arrivé tard le vendredi et a exhorté la population à
prendre part à une réunion.
Mais plus tard, les populations ont réalisé que ces gens étaient
en réalité des milices, lorsque d'autres miliciens sont arrivés en
civil, portant des machettes et des armes, et ont commençé à
sélectionner leurs victimes.
Six suspects ont été récupérés par la population locale après les
attaques.Tous se pavanaient avant l'arrivée du ministre de
l'intérieur. Sur demande de Haberimana, ils ont donné leurs
versions des faits. Un homme de 40 ans a déclaré que son fils, un
allié réputé des milices, l'avait averti des attaques et l'avait
incité à s'enfuir.
Mais leurs règlements ont été faits avec mépris, avec des
accusations de la part des survivants qu'ils ont agi comme des
informateurs, conduisant la milice Interahamwe dans la région de
Rushashi et puis s'enfuyant pendant les massacres.
S'adressant à la foule, Haberimana leur a démontré la nécessité de
rompre avec les milices, désignés sous le nom de 'abacengezi' ou
'infiltrés', insistant sur l'usage des patrouilles le jour comme
la nuit pour renforcer la sécurité. "Vous avez perdu des parents
et amis", a-t-il indiqué. "Si vous voulez vivre en paix vous ne
devriez pas cacher ces gens".
Malgré les assurances des commandants locaux que la ville de
Rushashi est à présent calme, la tension demeure. La réunion
semblait échouer, car les gens s'en allaient, inquiets du
mouvement qui se perpétraient du côté de la colline. Les rumeurs
d'une nouvelle attaque des Interahamwe ont rapidement circulé et
la délégation gouvernementale était munie d'armes à feux.
Les villageois venant des collines ont déclaré que des groupes
armés, certains en treillis, d'autres en civile, ont proféré des
menaces à leur endroit et ont disparu avec les chèvres et les
moutons. Sur les collines, on pouvait voir la fumée et entendre
des informations non confirmées selon lesquelles beaucoup de
maisons seraient incendiées.
Comme la réunion s'achevait, Haberimana a déclaré qu'il était
confiant que la rébellion s'essoufflerait. "Les problèmes du
Rwanda sont complexes", a insisté le ministre. "Ils ne peuvent
pas être résolus en une journée ou en deux jours. Ceux qui mènent
les attaques sont des tueurs et des bandits notoires et ils n'ont
rien d'autre à faire en dehors de ces vis".
"Dans quelques mois, nous finirons avec ce problème", a-t-il
ajouté. "Mais il ne peut y avoir de solution efficace à 100%,
parce qu'il restera des gens dans la brousse et dans les forêts,
car ne pouvant vivre avec les autres".

