Répétition/ECONOMIE: Plus D'arômes Que de Café Sur Le Marché Ouest-Africain. Répété

LOM, 7 août (IPS) – Face à la précarité du marché des produits de
rentes, les agriculteurs des pays de l'Afrique de l'ouest se sont
lancés dans la production et la transformation des plantes
arômatiques pour sécuriser leurs revenus.

"Je ne peux pas vous dire tout ce que la production d'essence de
citronnelle nous apporte. C'est devenu pour nous une nouvelle
filière surtout au niveau local. Et nous devons dire merci à la
brousse qui nous fournit toutes ses plantes arômatiques", affirme
Eusèbe Amegah, spécialiste des techniques bioalimentaires.
Selon les observateurs, la plupart des paysans de la région ouest-
africaine seraient entrain d'abandonner la culture du café, du
cacao et autres produits de rente pour se consacrer à la
production et la transformation des plantes arômatiques.
" La valorisation des plantes aromatiques est devenue une
alternative pour nous. Les bananes, les mangues, le coton, les
palmistes, le thé, le café, le cacao et le sésame, constituent
d'importantes sources de devises, mais précaires à cause des
cours sur le marché mondial.", ajoute Amegah qui est également
membre de " Senteurs d'Afrique" , un groupement d'intérêt
économique basé dans la préfecture du Zio, à une trentaine de
kilomètres à l'Est de Lomé, la capitale togolaise.
"
Honoré Kossi Koumaglo, enseignant togolais, explique que la
transformation sur place de ces produits constitue une plus
value pour les organisations paysannes.
"Quand on sait que l'activité agricole constitue une des sources
de revenus pour les communautés rurales, la transformation des
denrées durables en leur apportant de la valeur ajoutée,
constitue une priorité pour les paysans contre les cours
instables des cultures de rente comme le cacao, le café, le
coton et les palmistes qui eux ne leur assurent pas une sécurité
alimentaire", affirme, Honoré Kossi Koumaglo, qui est également
chercheur au Laboratoire des extraits végétaux et arômes naturels
(LEVAN), à l'Université du Bénin à Lomé.
Les feuilles des plantes arômatiques sont trnasformées en huiles
essentielles par les groupements et coopératives des paysans.
Leurs produits sont achetés par des firmes et autres petites
entreprises du secteur informel.
Les huiles essentielles sont utilisés dans les brasseries et les
laiteries où ils servent à arômatiser des boissons gazeuses, des
crèmes glacées et yaourts.
Les savonneries sont les plus grosses consommatrices de ces
produits qui servent à parfumer les pains de savon. L'industrie
cosmétique qui est très développées en Afrique de l'ouest utilise
les huiles essentielles dans la fabrication des pommades , crèmes,
parfums et divers autres produits de beauté.
Une étude de marché conduite en août 1995 par la firme canadienne
Legault, Grysole & Associés Inc. sur le marché des huiles
essentielles au Bénin, Togo et Ghana, a révélé que les besoins en
essence de citronnelle s'évaluent à environ 400 tonnes par an,
alors que les productions locales sont nettement insuffisantes.
Face à une grande demande sur le marché local et à l'insuffisance
de l'offre, certains organismes internationaux aident les paysans
à acquerir des unités d'extraction des huiles essentielles.
Le Centre de Recherche pour le Développement International (CRDI),
un organisme canadien soutient depuis 1992 les chercheurs de
l'Université du Bénin (au Togo), de l'Université Nationale du
Bénin (au Bénin), de l'Université de Legon (Ghana) et de
l'Université du Québec (Chicoutimi- Canada) pour l'initiation d'un
projet sous régional de création de petites entreprises de
production et de commercialisation des huiles essentielles à
partir des ressources végétales locales.
De l'autre côté, l'Agence canadienne pour le développement
international (ACDI), a octroyé des prêts pour l'installation de
16 alambics, d'une capacité de 6000 litres chacunes, pour soutenir
641 paysans au Ghana. Il projette d'installer dans les six régions
du Ghana 300 unités d'extraction pour mobiliser près de 5000
fermiers.
Au Togo, trois coopératives de près de 150 paysans(dont un
groupement féminin) assurent la production des plantes aromatiques
et à huile essentielle. L'une d'entre elles dispose d'une petite
unité d'extraction pilote installée à Kayido-Kpedji à une
trentaine de kilomètres au Sud ouest de Lomé. Les deux autres
seront équipées à partir de cette année, grâce à un financement de
l'Unesco.
" L'objectif visé est de favoriser l'acquisition des compétences
nécessaires à l'extraction d'huiles à partir de diverses plantes
comme le thé de Gambie, le basilic, la citronnelle par les
paysans", explique Honoré Kossi Koumaglo, coordonnateur du
projet.
Le Togo, le Ghana et le Bénin importent la quasi – totalité des
huiles essentielles et produits arômatiques. Ces produits arrivent
des pays d'Europe, d'Asie et d'Amérique. Au Togo par exemple, 40
tonnes de produits arômatiques sont importés chaque année pour un
montant de 600 à 900 millions de FCFA. Le Ghana et le Bénin aussi
en importent d'importantes quantités.
1 FF équivaut à 100 FCFA
Grâce aux aides internationales, ces trois pays se sont lancés
depuis dans la vulgarisation de la technologie de l'extraction de
l'huile essentielle de plusieurs espèces végétales.
Selon Koumaglo, les familles rurales dans ces pays en sont le
principal moteur de production. A l'heure actuelle dans les trois
pays, les communautés rurales arrivent à maîtriser la technologie
d'extraction, indique t-il.
Ahovy Clément, membre de la coopérative de Kayido-Kpedji dans le
sud-ouest du Togo, affirme que leur avenir en tant que paysans se
trouve dans la transformation des feuilles en huiles.
"Ici, nous produisons plus de la citronnelle que d'autres
plantes. Ce que nous gagnons en transformons les feuilles n'est
pas une petite affaire. Bien sûr le travail est dur, mais il est
aussi payant", indique Ahovy.
Selon des résultats de recherche menée au Togo, dans de bonnes
conditions pluviométriques, une surface d'un hectare peut produire
environ 720 kilos d'essence de citronnelle. Le prix de vente
moyen du kilo d'essence de citronnelle varie entre 6000 et 7000
FCFA. Le revenu brut généré par l'exploitation d'une surface d'un
hectare couverte de la citronnelle se chiffre à 4 320 000 F CFA.
Le bénéfice net s'élèverait à 3 millions de F CFA, une fois le
produit transformé.
"Les huiles essentielles comme l'huile de citronnelle sont
fabriquées selon le procédé de l'entraînement à la vapeur. Chaque
unité de distillation se compose d'un extracteur, d'une chaudière
à vapeur, d'un condensateur et d'un séparateur", explique Honoré
K. Koumaglo qui ajoute que dans l'ensemble, les agriculteurs
maîtrisent bien la culture et la transformation des plantes
arômatiques et à huile essentielle.
"A terme, le projet régional permettra d'installer plusieurs
unités d'extraction et de trouver un marché à l'export pour des
essences tels que l'eucalyptus et le basilic", laisse entendre
Honoré K. Koumaglo".
" Quand on sait que le kilo de l'essence de basilic se vend entre
30 000 à 60 000 F CFA, les fermiers ouest africains n'auront qu' à
mieux s'organiser pour aller à la conquête de ce nouveau marché",
ajoute t-il.
Les résultats de la transformation des essences arômatiques est
déjà palpable au niveau de la vie quotidienne des paysans.
" Grâce aux revenus de la vente des huiles essentielles, nous
avons pu nous offrir une pompe hydraulique, car l'eau est un
problème dans notre milieu", affirme Marie Louise Sename de la
coopérative des producteurs de Kayido-Kpedji.
"Si nous persévérons, demain, nous pourrions aussi doter notre
village d'un petit dispensaire", ajoute t-
elle.