ENVIRONNEMENT-BURKINA FASO: Des ennemis d'hier s'entendent pour protégerla faune

OUAGADOUGOU, 12 avr (IPS) – Le chef dozo (chasseur traditionnel au Burkina Faso), André Sanou, 70 ans, ne retrouve plus facilement une plante appelée en bambara le "Sindjanyiri" dont les feuilles servaient à soigner des maux de ventre.

"Il faut aller très loin pour en trouver", dit-il, plaintif. Pour ces plantes encore disponibles, il faut maintenant effectuer des dizaines de kilomètres pour en trouver.

"Bientôt, je ne pourrai plus avoir cette poudre séculaire qui a toujours fait résonner nos fusils sur des kilomètres car les plantes, qui servent à la fabriquer, sont en train de disparaître à jamais", ajoute, amer, Sanou.

Depuis trois ans, Sanou a créé une association de chasseurs traditionnels de l'ouest du Burkina pour aider le ministère de l'Environnement dans la lutte pour la restauration de la faune et la végétation dans cette zone forestière du Burkina, pays sahélien de 12 millions d'habitants, en Afrique de l'ouest.

Ces chasseurs traditionnels dozos appartiennent à une confrérie dont des groupes se retrouvent dans les pays voisins comme la Côte d'Ivoire et le Mali, et sont connus pour leur grande utilisation des plantes dans la médecine traditionnelle, ainsi que pour leur connaissance des composantes de la faune qu'ils chassaient dans le passé.

Ils étaient considérés comme des incorrigibles braconniers dans le passé en raison de leur utilisation de certaines espèces d'animaux, généralement du gros gibier, pour leurs cérémonies d'initiation. "On ne tue plus pour tuer tout ce qui est animaux sauvages. Nous voulons préserver certaines espèces car à la longue, nous risquons de ne plus en avoir pour les montrer à nos enfants en abattant systématiquement ce que nous voyons", explique Théophile Sanou un autre dozo. "Si la faune disparaît, nous n'avons plus notre raison d'être", estime André Sanou. Le millier de volontaires dozos mobilisés est sans rémunération.

Selon le ministère de l'Environnement, l'apport de ces chasseurs traditionnels est important en raison de leur appartenance au milieu et de leur connaissance des éléments de la faune et de la végétation vitaux pour eux.

"Le fait qu'ils (les chasseurs traditionnels), qui sont représentés dans le terroir, s'inquiètent aujourd'hui des menaces qui pèsent sur des plantes comme le néré, le karité et de certaines espèces animales, constitue une véritable révolution et fait d'eux des partenaires désormais dans la protection de notre environnement ", déclare Pierre Golane, directeur provincial de l'environnement de l'ouest du Burkina.

Les cobas, les 'water book' (ânes sauvages), les guibs harnachés et les bufflons ont totalement disparu de certaines régions de l'ouest du pays en raison du braconnage, mais également de la divagation des animaux et de la destruction de leur habitat.

"La collaboration est permanente avec les chasseurs, ils sont aux aguets et nous permettent d'intervenir dans toutes les zones pour éviter une destruction continue de nos ressources naturelles", explique Golane.

Le 'cob redunca', une autre espèce, dont les cornes sont utilisées pour fabriquer un puissant médicament contre les morsures de serpent, a complètement disparu depuis quelque temps. Le ministère de l'Environnement espère profiter de la connaissance des ressources par les chasseurs pour restaurer la faune, mais également faire revenir certaines ressources animales et végétales qui ont disparu des forêts du Burkina.

"La disparition de certaines plantes fait également disparaître des animaux qui se soignent ou se nourrissent de ces espèces", explique André Sanou. "L'homme se rend à l'hôpital ou à la pharmacie, l'animal a les plantes pour se soigner et il ira où il faut pour trouver ces plantes", ajoute-t-il.

Selon lui, les animaux qui mettent bas ont, par exemple, des plantes qu'ils consomment ensuite pour éviter toute infection et leur permettre de regagner des forces. "On ne peut pas asseoir une stratégie de biodiversité sans ces gens. Ils sont chasseurs, tradi-praticiens et cultivateurs, et savent aujourd'hui qu'il y va de leur survie même et de celles des populations", souligne, à son tour, le directeur régional de l'environnement des Hauts bassins, Joseph Boni.

Pour montrer leur détermination, les chasseurs ont demandé qu'on leur concède une zone de 9.500 hectares sur lesquels ils vont "prouver aux autorités leur volonté de contribuer à la conservation du milieu naturel".

Les chasseurs s'engagent à faire revenir, dans une zone située sur les berges du fleuve de la Bougouriba, des espèces animales et végétales aujourd'hui en voie de disparition.

"Ils connaissent bien les espèces et ont des techniques ancestrales efficaces pour attirer ces espèces ou repérer certaines plantes en voie d'extinction ", plaide Boni. Les chasseurs participent déjà à la sensibilisation et aux patrouilles dans les contrées, mais également pour l'élimination d'animaux jugés dangereux. Selon les responsables du ministère de l'Environnement, ceci permet de mettre en confiance les populations.

Mais, le ministère, qui ne dispose que d'un agent par département, reconnaît que les dozos permettent de suppléer le manque crucial de personnel. Les agents des Eaux et Forêts ont fait appel aux services des dozos pour abattre récemment un éléphant solitaire et deux hippopotames qui s'attaquaient aux villageois dans l'ouest du Burkina en les empêchant de cultiver leurs champs. Les quelque 4.000 éléphants recensés dans le pays constituent aujourd'hui une menace sérieuse pour les populations, selon les forestiers. Le ministère de l'Environnement songe déjà à la protection juridique des chasseurs par l'adoption de textes en discussion. "Ces chasseurs représentent des institutions qu'il faut accompagner en les prenant en compte. Nous ne les payons pas; donc il faut, à chaque occasion, leur montrer qu'ils sont là et qu'ils sont utiles", ajoute Boni.