SANTE-SENEGAL: Les femmes porteuses du VIH/SIDA réclament un meilleuraccueil dans les hôpitaux

DAKAR, 16 mars (IPS) – Admise récemment dans une maternité de Dakar, la capitale du Sénégal, pour un accouchement, une dame porteuse du VIH/SIDA et en état de grossesse avancée, avait reçu un accueil hostile de la part du personnel médical.

Malgré l'état inquiétant de la santé de cette dame, la sage-femme de service avait préféré la fuir comme une pestiférée, dès qu'elle avait pris connaissance de sa situation sérologique. "La sage femme ne voulut plus me toucher et me demanda alors de me laver seule avec de l'eau de javel, et d'apporter mes draps", a révélé la dame sous anonymat. Cette histoire, vécue par la présidente de 'And Bokk Yakaar' (S'unir pour garder l'espoir – en wolof), une association regroupant une centaine de personnes vivant avec le VIH (PVIH), traduit le désarroi des femmes porteuses du virus au Sénégal. La présidente de l'association a requis également l'anonymat.

Vivant dans un pays où la pandémie se féminise de plus en plus, les femmes atteintes du SIDA continuent, en effet, de faire l'objet d'une discrimination et d'une stigmatisation tenaces.

Selon une étude élaborée en 2003 par le Fonds des Nations Unies pour la femme (UNIFEM) à l'initiative du Comité national de lutte contre le SIDA (CNLS), le nombre de femmes infectées au Sénégal est passé de 9.108 à 35.947 entre 1988 et 2002. Chez les hommes, ce nombre est passé, durant la même période, de 24.048 à 41.326 cas. Le chiffre a presque quadruplé chez les femmes alors qu'il a à peine doublé chez les hommes. Révoltées par le traitement inhumain qui leur est réservé, les femmes porteuses du VIH/SIDA sortent peu à peu de l'ombre, s'organisent pour dénoncer leur rejet par la société et réclamer une meilleure prise en charge médicale et une véritable réinsertion socio-économique.

Mais, la peur que suscite la maladie au sein de la société n'est pas pour arranger la situation. La présidente de 'And Bokk Yakaar' a également fait état d'un triste constat : "Près de 95 pour cent des femmes membres de notre structure continuent de cacher leur maladie à leur propre famille". S'exprimant toujours sous le couvert l'anonymat, la présidente de l'association donne l'exemple d'une de leurs adhérentes, qui soufrait de SIDA et qui est décédée, la semaine dernière, dans le plus total dénuement et loin de ses proches parents.

"A cause de sa maladie, elle avait été rejetée par sa famille. Devenue sans abri, elle fut obligée de passer la nuit dans une école. Le pire dans sa situation, c'est qu'elle ne pouvait plus manger à sa faim. Ce fut une assistante sociale qui avait volé à son secours pour lui redonner goût à la vie. Usée et démoralisée, elle finira par rendre l'âme, victime de la stigmatisation et de la discrimination", explique la présidente de l'association.

Lors d'un déjeuner-partage organisé à l'occasion de la célébration de la Journée internationale de la femme, la semaine dernière, au palais de la République, à Dakar, et à l'initiative de la première Dame du Sénégal, Viviane Wade, les femmes vivant avec le VIH ont dénoncé le "comportement inhumain" adopté par certaines sages-femmes dans les hôpitaux publics".

Elles avaient également déploré la stigmatisation et la discrimination qui les poursuivent jusque dans les structures de santé publique, et notamment dans le marché de l'emploi.

Membre de l'organisation des premières Dames des chefs d'Etat d'Afrique, Mme Wade a dénoncé "la peur que suscite une maladie présentée comme mortelle, et la honte qui entoure tout ce qui est relatif à la sexualité alors qu'il existe des fléaux comme l'inceste dans les familles".

Les femmes vivant avec le VIH sont confrontées, en outre, au problème de la réinsertion socio-économique. Les membres de l'association 'And Bokk Yakaar' ont expliqué, par exemple, que les activités génératrices de revenus, financées par des bailleurs de fonds et l'Etat, ne couvrent pas tous leurs besoins. "Le SIDA a rendu des femmes veuves alors que d'autres se sont retrouvées chefs de familles. Il nous faut bien manger pour pouvoir prendre normalement nos médicaments. Ce qui n'est pas toujours le cas. Il y a donc un besoin de survie qui se pose et seule une réinsertion socio-économique peut nous aider", souligne une adhérente de l'association.

Présidente d'une autre association de femmes vivant avec le VIH, Mme Ndiaye (nom d'emprunt) affirme qu'une bonne prise en charge nutritionnelle est plus importante qu'une assistance médicale pour les personnes vivant avec le virus, notamment chez les femmes, en majorité des veuves. "Nous ne sommes prises en charge dans aucun des programmes nationaux de lutte contre le SIDA alors que l'on sait que la personne placée sous anti-rétroviraux a besoin de bien se nourrir pour pouvoir correctement prendre ses médicaments", se désole-t-elle.

Selon Dr Ibra Ndoye, secrétaire exécutif du CNLS, la stigmatisation et la discrimination sont des obstacles à la prévention et à un traitement efficaces de la pandémie.

Le président du réseau des personnes vivant avec le VIH, M. Goudiaby, déclare de son côté : "Nous sommes le problème de cette maladie, mais aussi, nous sommes la solution. Il nous faut alors être de véritables acteurs dans le combat contre le SIDA et ne pas se retirer et laisser les communautés faire le travail". Selon Goudiaby, l'objectif est de parvenir à convaincre tous les Sénégalais à vaincre la peur du SIDA.