ECONOMIE-MALAWI: Adieu à la ''feuille dorée''

BLANTYRE, 23 déc (IPS) – La campagne mondiale contre le tabagisme a servi d'avertissement au Malawi, qui a une économie fortement dépendante de l'industrie du tabac. Ce pays d'Afrique australe, frappé par la pauvreté, cherche maintenant des produits de substitution au tabac jusqu'ici, sans beaucoup de succès.

Selon Milton Kutengule, un responsable au ministère de la Planification économique et du Développement, le projet de stratégie de croissance économique du Malawi propose un secteur agricole diversifié, où le tabac sera remplacé par des cultures comme le coton et le manioc.

Un plus grand accent sur l'exploitation minière, le tourisme et la transformation industrielle sont également envisagés – bien que ceci ait rencontré le scepticisme de certains représentants d'entreprise.

Kantilal Desai, porte-parole de la Confédération des chambres de commerce et d'industrie du Malawi, dit que les taux d'intérêt élevés dissuadent les hommes d'affaire d'emprunter l'argent nécessaire pour l'investissement dans le secteur manufacturier. Actuellement, le taux atteint 45 pour cent.

"Dans ce cas, vous n'espérez pas que la diversification nous amène quelque part, n'est-ce pas?", demande-t-il.

Kutengule concède qu'une plus grande urgence est nécessaire pour équilibrer davantage l'économie du Malawi. "Nos premiers efforts étaient plus par tâtonnements… nous pensions que le tabac serait en circulation pour longtemps", a-t-il indiqué à IPS.

"Mais ce que nous avons proposé (maintenant) est un … panier de produits dans lequel nous voulons créer la croissance en ajoutant de la valeur".

Une étude en 2002 de l'Agence norvégienne de développement montre que le tabac représente 70 pour cent des revenus d'exportation du Malawi – plus que dans n'importe quel autre pays. Ceci fait de l'industrie de tabac du Malawi le deuxième plus grand employeur après le gouvernement.

L'agriculture, qui est dominé par le tabac, contribue pour 38 pour cent au produit intérieur brut du pays.

Le groupe de pression anti-tabac a enragé les agriculteurs, qui estiment qu'aussi bien le gouvernement que les donateurs ne sont pas parvenus à leur montrer des alternatives réalistes pour la production agricole.

"C'est malheureux qu'il y ait dans les parages certains groupes radicaux qui diabolisent le tabac, alors qu'ils savent que notre survie économique dépend de la même culture", a déclaré Albert Kamulaga, président de l'Association de tabac du Malawi, qui fait la promotion des intérêts des producteurs et des transformateurs.

Il estime qu'en l'absence d'alternatives appropriées au tabac, son organisation continuera à encourager les producteurs à produire plus de feuilles.

Pour leur part, des membres de groupes de pression reprochent au gouvernement de retarder la ratification de la Convention cadre sur le contrôle du tabac (FCTC), un traité obligatoire qui a été négocié par les 192 Etats membres de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

La version finale de la convention, à laquelle on est parvenu en mai 2003, prévoit plusieurs mesures pour contrôler les effets néfastes du tabac. Au nombre de celles-ci, figure une interdiction de la publicité et du sponsoring du tabac.

Les activistes soutiennent que si le Malawi a ratifié le traité, il pourrait commencer par demander des fonds auprès de l'Union européenne et d'autres donateurs pour appuyer la diversification économique.

Selon John Kapito, directeur exécutif de l'Association des consommateurs du Malawi (CAMA), il est erroné d'interpréter la FCTC comme une attaque contre l'agriculture, et les membres des groupes de pression anti-tabac sont simplement préoccupés par les dangers sanitaires liés au tabagisme.

La CAMA est membre de l'Alliance de la convention cadre, un groupe d'organisations non-gouvernementales (ONG) qui ont aidé à élaborer le traité.

A la date d'aujourd'hui, 80 pays ont signé la FCTC. Selon l'alliance, le tabac tue près de cinq millions de personnes chaque année – un nombre qui pourrait, d'après ses prévisions, atteindre 10 millions d'ici à 2020, avec 70 pour cent de ces décès survenant dans les pays en développement.

Debra Efroymasson de Path Canada, une ONG internationale surveillant l'adhésion à la FCTC, estime que la tendance du Malawi à produire le tabac aux dépens des cultures vivrières est également problématique à d'autres égards.

"De vastes hectares de terres sont consacrés à une culture qui apporte ….

la misère à l'économie, puisque son avenir reste incertain. Si la même quantité de terres et de ressources était allouée à la production de cultures vivrières, cela pourrait régler le problème de faim ici", soutient-elle.