OUAGADOUGOU, 17 déc (IPS) – Plusieurs milliers de personnes ont marché à Ouagadougou et dans plusieurs grandes villes du Burkina Faso, pour dire "non à l'oubli" de la mort du journaliste Norbert Zongo, assassiné dans des conditions non encore élucidées depuis décembre 1998.
Devant le blocage et l'impasse dans le règlement judiciaire de l'affaire Zongo, le collectif "Contre l'impunité" menace de saisir la Commission africaine des droits de l'Homme et des peuples ainsi que la Commission des droits de l'Homme des Nations Unies pour que justice soit rendue cinq ans après l'assassinat du journaliste burkinabè et de trois de ses compagnons.
Les corps de Zongo, propriétaire de l'hebdomadaire 'l'Indépendant' – dans lequel il dénonçait les scandales du pouvoir – et de ses compagnons avaient été retrouvés criblés de balles et carbonisés dans leur véhicule au bord d'une piste rurale à Sapouy, à 100 kilomètres de Ouagadougou, la capitale burkinabè. "Cinq ans, c'est trop et il n'y a rien. Nous sommes à l'étape où nous semblons croire qu'il y a un déni de justice", à déclaré, exaspéré, Halidou Ouedraogo président du collectif "Contre l'impunité", au cours de la marche, samedi dernier à Ouagadougou. "Il est temps que le pouvoir révise sa copie et traite de cette question. A chaque fois que nous avons l'occasion, nous entendons traduire notre préoccupation pour que justice soit dite dans l'affaire Nobert Zongo", rappelle Ouedraogo.
Le collectif "Contre l'impunité", qui regroupe des organisations politiques, des organisations de défense des droits de l'homme, créé au lendemain de l'assassinat de Zongo, constitue, depuis lors, le fer de lance de la dénonciation des dérives du pouvoir contre les droits humains au Burkina.
"Si la justice du Burkina ne veut pas ou ne peut pas résoudre cette question de Norbert Zongo, nous avons des lois et nous sommes déterminés à les faire appliquer en continuant notre travail de mobilisation", menace Ouedraogo. Le seul élément nouveau dans ce dossier est le récent rapport de l'organisation de défense de la liberté de la presse, Reporters sans frontières (RSF), selon lequel l'une des personnes arrêtées en septembre dernier dans la présumée tentative de coup d'Etat, serait prête à faire des révélations sur les auteurs et les commanditaires de l'assassinat de Zongo.
Le sergent Nahon Babou, ancien soldat de la garde rapprochée du président burkinabè Blaise Compaoré et qui figure parmi les 16 personnes inculpées pour "atteinte à la sûreté de l'Etat et trahison", devrait parler incessamment au juge d'instruction Wenceslas Ilboudo, indique RSF.
Dans la copie de la déposition qu'il a faite au juge d'instruction chargé de la tentative de coup d'Etat et obtenue par RSF, le sergent Babou affirme avoir déclaré au frère cadet du président burkinabè que "Si ceux-là qui ont tué Norbert Zongo faisaient partie de la garde présidentielle, ils ne rendaient absolument pas service au président Blaise Compaoré".
Selon la déposition, le frère cadet du chef de l'Etat, François Compaoré, s'est déclaré surpris que "des éléments de la garde présidentielle désapprouvent ce qui est arrivé à Norbert Zongo" qui avait décidé de ternir son image alors que son frère – le président Compaoré – le préparerait pour "sa relève".
"Je me considère à l'heure actuelle comme un cabri mort car je sais qu'on me cherche", souligne le sergent qui déclare avoir été victime de deux tentatives d'empoisonnement dans les locaux de la gendarmerie où il est gardé avec les autres personnes mises en cause dans la présumée tentative de coup d'Etat.
"Les confessions de Nahon Babou sont si importantes qu'on peut l'éliminer à tout moment", soutient Halidou Ouedraogo. Cependant, il se déclare persuadé que ses déclarations peuvent conduire à la lumière dans l'affaire Zongo. "La vérité est là à portée de main, nous allons faire pression pour obtenir la vérité et la justice dans cette affaire", se réjouit-il.
Nobert Zongo a été assassiné au moment où il enquêtait sur la mort de David Ouédraogo, chauffeur du frère cadet du président, Francois Compaoré, dans la caserne du régiment de sécurité présidentielle.
Une commission d'enquête indépendante, à laquelle participait RSF, avait indexé en 1999 six suspects sérieux, tous membres de la garde présidentielle comme auteurs présumés de l'assassinat du journaliste.
Un seul d'entre eux, l'adjudant Marcel Kafando, ancien chef de la garde rapprochée du président Compaoré, a été inculpé depuis, mais sa santé précaire n'a pas permis au juge de l'interroger. Deux des suspects sont décédés depuis.
Pour l'Association des journalistes du Burkina (AJB), les manifestations doivent se poursuivre en même temps que la mobilisation afin que justice soit rendue dans l'affaire Zongo et que "les journalistes comprennent que leur métier est à risque et qu'ils doivent se mobiliser pour obtenir un élargissement de l'espace démocratique et de liberté pour mieux l'exercer".
"Les journalistes doivent partout s'associer à toutes les initiatives de lutte pour les libertés démocratiques d'expression car nous y trouvons notre intérêt", plaide Jean Claude Medah, président de l'AJB. "L'Afrique a perdu un fils et le monde associatif un combattant, et nous ne pouvons pas rester indifférents à ce combat des associations du Burkina", indique Fouréra Ibo, membre de la Coordination démocratique de la société civile du Niger, venue participer aux manifestations marquant le 5ème anniversaire de la mort de Zongo. "Nous combattons pour la liberté de la presse et il n'y a pas de frontière dans cette lutte", ajoute-t-elle.
Selon Ibo, les associations de la société civile nigérienne organiseront une marche incessamment pour exiger la libération du journaliste Abou Hama, propriétaire du 'Républicain', arrêté et emprisonné au Niger pour avoir publié des informations dénonçant des détournements de fonds publics par des ministres.

