POLITIQUE-LIBERIA: Le désarmement démarre sur une note chaotique

MONROVIA, 11 déc (IPS) – Le désarmement et la réintégration des 40.000 combattants libériens ont commencé sur une note chaotique dimanche lorsque des centaines de combattants en colère se sont déchaînés, tirant au hasard pour demander des avantages en échange de la restitution de leurs armes.

Des jeunes des trois factions armées du pays, qui trimballaient des armes, scandaient "Pas d'argent, pas d'armes". Ils étaient assemblés dans les coins des rues de la capitale, Monrovia, brandissant leurs fusils AK-47 en attendant de les échanger contre des récompenses en espèces sonnantes.

Alors que le processus de désarmement a commencé dans les baraquements militaires de Shefflin, à 56 kilomètres à l'est de la capitale, seule la milice de l'ancien président exilé, Charles Taylor, a adhéré au projet de 50 millions de dollars financé par les Nations Unies, destiné à persuader les combattants de désarmer.

Les combattants étaient visiblement enthousiastes au moment où ils se livraient à cet exercice. Mais à mesure que le temps passait, plusieurs sont retournés à la maison avec leurs armes et ont tiré aveuglement en l'air. Ils ont également jeté des particules contre des véhicules en mouvement pour protester contre l'incapacité des Nations Unies à satisfaire leurs exigences. Les forces de maintien de paix ont suivi de près l'incident qui a continué lundi matin, mais n'ont rien fait pour le contenir, ont indiqué des témoins à IPS.

Selon des commentateurs, une telle attitude de la part des forces de maintien de la paix pourrait renforcer la résolution des combattants à s'engager dans des actions plus violentes.

Des rebelles de "Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie" (LURD) et du Mouvement pour la démocratie au Liberia (MODEL) n'ont pas pris part à l'exercice du désarmement destiné à assurer la paix et à conduire le pays vers des élections en 2005. Leurs leaders ont exigé récemment des postes comme condition pour permettre à leurs combattants de désarmer.

"Malheureusement, certains de leurs dirigeants malavisés ont tenter d'entraver et de faire basculer ce processus. Ils ont dressé une liste d'exigences déraisonnables, ils veulent des postes pour eux-mêmes, ils refusent de coopérer, ils quittent les réunions et hypothèquent ainsi le Liberia et son peuple", a expliqué Jacques Paul Klein, envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, et coordonnateur des opérations onusiennes au Liberia.

Les Nations Unies – qui envoient dans le pays 15.000 hommes, 200 observateurs militaires et 1.000 officiers de police internationaux pour assurer la paix – sont confiantes que les factions vont finalement se soumettre à l'exercice de désarmement.

Klein a juré que les Nations Unies allaient ouvrir les camps de désarmement dans des zones sous contrôle rebelle "jusqu'à ce que nous désarmions, démobilisions et réintégrions tous les combattants au Liberia".

Ce minuscule Etat ouest-africain d'environ 3,5 milliards d'habitants a été entraîné dans la guerre depuis 1989. Enraciné dans un conflit ethnique et la ruée pour les riches réserves d'or, de diamant, de bois et de minerai de fer du pays, le conflit — qui a gagné des Etats voisins, déstabilisant la sous-région — a fait plus de 200.000 morts parmi les Libériens et des milliers d'autres mutilés et déplacés.

Après trois mois de pourparlers de paix épuisants à Accra, au Ghana, toutes les parties ont signé un accord formant un gouvernement de transition avec un mandat de deux ans pour diriger le pays et l'amener vers des élections en 2005.

Conformément à l'accord, les groupes armés étaient exclus des postes de président et de vice-président du gouvernement de transition. Les occupants des deux postes et ceux du président et du vice-président de l'assemblée de transition ainsi que les ministres du cabinet ne peuvent pas se présenter aux élections de 2005.

L'accord dit que l'exécutif comprendra des représentants du gouvernement autrefois dirigé par Taylor, des rebelles, des 18 partis politiques du pays et des groupes de la société civile.

Une institution législative de 76 membres est maintenant en place conformément à l'accord et elle comprend un représentant de chacun des 13 comtés du pays. Le LURD et le MODEL occupent respectivement les postes de président et de vice-président de l'assemblée.

La Cour suprême subit actuellement un processus de reconstitution suite à la démission du juge nommé par Taylor.

Les forces de maintien de paix de l'ONU sont en charge de la sécurité et devraient restructurer l'armée et la police du pays.

Pendant ce temps, "un homme d'affaires "politiquement neutre" Gyude Bryant, choisi aux pourparlers de paix par les seigneurs de la guerre pour conduire l'administration de transition, a nommé une commission pour désarmer, démobiliser, réintégrer et réhabiliter les combattants armés. Le processus de désarmement durera neuf mois et des armes et munitions collectées seront détruites.

Après la démobilisation, les ex-combattants débuteront des activités de réintégration et de réhabilitation. Elles incluront des programmes éducatifs et de formation professionnelle.

Au moins 300 dollars iront dans les poches de chacun des ex-combattants à la fin du processus pour aider à couvrir les frais de réinstallation et de réhabilitation. L'argent sera payé en deux versements. Il y a des programmes spéciaux pour les enfants soldats, les ex-combattants mutilés et les femmes, ont indiqué des sources internes à IPS, lundi.

Josephine Gadyea, 16 ans, faisait partie des combattants qui ont déposé les armes. "Je suis contente que la guerre soit finie. J'espère que l'ONU prendra bien soin de nous parce que je veux retourner à l'école pour apprendre un commerce".

Varney Setydea, 18 ans, un combattant de l'ancien gouvernement, a dit qu'il était content que son ancien mentor, Taylor, ait été chassé du pays lorsque les rebelles étaient dans les périphéries de la ville. "Nous pouvons respirer maintenant un air de liberté parce que Taylor a fui. Nous nous engagerons dans des activités qui seront productives pour nous-mêmes", a-t-il déclaré.

Face au comportement récalcitrant des rebelles, Bryant a essayé de dissiper la tension latente lorsqu'il a donné l'assurance que les combattants allaient sûrement désarmer malgré leur exigence pour plus de postes.

Les hauts commandements du LURD et du MODEL ont renouvelé leur engagement à l'exercice de désarmement. Mais ils ont maintenu leur position sur la distribution des postes de vice-ministres restants entre les factions et autres parties prenantes.

Ils ont juré de ne pas autoriser leurs combattants à désarmer à moins que leurs partisans n'occupent des postes qui leur sont réservés conformément à l'accord de paix.

Selon une source au parlement, le gouvernement a décidé de geler les postes en question au moins pendant un an à cause des contraintes financières.

Klein a condamné le comportement des chefs rebelles. "Ces gens ne manquent pas seulement à la promesse qu'ils ont faite lorsqu'ils ont signé l'accord de paix global, ils trahissent encore leurs propres soldats et le peuple du Liberia. Ils empêchent les jeunes hommes, les femmes et les enfants d'aller à l'école, d'acquérir des aptitudes professionnelles et d'obtenir des emplois, à cause de leur seule cupidité personnelle. Ils menacent la prospérité future de l'Etat libérien", a-t-il ajouté.

Pendant ce temps, des analystes de la longue histoire des conflits du Liberia croient que ce n'est pas la première fois que l'exercice de désarmement des combattants armés de ce pays a été problématique.

Plusieurs voient l'exercice de désarmement de 1997 comme une imposture puisque des milliers d'armes et de munitions ont été cachées dans les forêts denses à cause du manque de sincérité des chefs de factions. Ils n'ont également pas très bien sensibilisé leurs combattants sur la nécessité de désarmer.

Mais un ancien chef de la faction rebelle de Taylor au début des années 90 a blâmé les forces de maintien de paix ouest-africaines à l'époque pour n'avoir pas respecté les promesses de primes et de programmes de formation professionnelle faites aux combattants.

Au même moment, un commentateur suggère que les Nations Unies fassent plus pour amener les combattants à désarmer plutôt que de lancer des menaces.

"Si on peut leur donner ce qui leur a été promis, les combattants sortiront beaucoup par milliers comme ils l'ont fait dimanche et ont rendu leurs armes", a indiqué Andrew Robinson.

Un responsable de l'ONU a dit à IPS que l'institution mondiale ne manquerait pas à son obligation de libérer le peuple libérien. Il a cité Klein qui a mentionné que sans l'exécution totale du processus de désarmement, l'avenir de Liberia est sombre. "Le Conseil de sécurité de l'ONU a affirmé très fermement que les sanctions contre le Liberia ne seront levées que lorsque le désarmement et la démobilisation seront formellement mis en œuvre. La communauté internationale ne soutiendra le Liberia que lorsque la paix sera durable dans un environnement débarrassé des armes.

"Les investisseurs internationaux retourneront pour développer l'économie seulement s'il y a un environnement sain et sécurisant. Il y aura un avenir pour le Liberia seulement si le programme (de désarmement) est accompli avec succès", a déclaré Klein.