DROITS-KENYA: Les femmes relancent le débat sur les mesures de discrimination positive

NAIROBI, 6 nov (IPS) – Des femmes kényanes défient actuellement un rapport produit une commission de travail nommée par l'Etat qui, selon elles, a ignoré les questions qui ont contribué à leur arginalisation.

Selon elles, le 'Rapport du groupe de travail sur la création d'une Commission vérité, justice et réconciliation', a manqué de mettre en évidence les mesures de discrimination positive (AA) comme une solution à l'égalité de genre sur les lieux de travail.

"C'est de l'injustice parce que l'absence de ces mesures de discrimination positive a contribué à faire beaucoup souffrir les femmes dans ce pays", a fait remarquer l'activiste de genre très connue, Ruth Kibiti.

Le rapport, lancé le 15 octobre, est le résultat d'une audience publique de cinq mois à travers le pays, organisée par un groupe de travail, pour étudier la viabilité d'une 'Commission vérité, justice et réconciliation'.

Sur l'équipe des 18 membres sélectionnés en avril 2003, seuls cinq sont des femmes.

Josephine Ojiambo, un membre du groupe de travail, dit que les femmes étaient sous-représentées dans les audiences. Ses efforts pour soulever des questions de genre étaient conspués par ses collègues hommes, affirme-t-elle.

"Dans certaines zones, deux femmes seulement sortaient pour les audiences, alors que les hommes arrivaient en grand nombre. Mais mon appel est tombé dans des oreilles de sourd", a-t-elle indiqué à IPS, dans une interview.

"Les voix des femmes n'étaient pas suffisamment entendues", poursuit-elle. "A un certain moment, nous avons dû faire paraître des annonces dans la presse locale, pour dire aux femmes de se rendre massivement aux forums", souligne Ojiambo, qui est également présidente de l'Association des femmes médecins du Kenya.

Ojiambo estime que les femmes avaient peur de parler de profondes révélations comme le viol, par crainte d'être évitées par la société. La culture a également joué un rôle majeur pour empêcher les femmes de prendre part aux réunions.

Les femmes n'étaient pas également sensibilisées sur les audiences.

"Si elles ne sont pas sensibilisées, comment peut-on espérer que les femmes sortent pour quelque chose qu'elles ignorent?", demande Wambui Kanyi du Centre commun pour le genre et le développement, une organisation basée dans la capitale du Kenya, Nairobi.

Elle a critiqué les méthodes de publicité utilisées par le groupe de travail. "Combien de femmes lisent les journaux, écoutent la radio ou convergent vers les réunions des chefs? De tels messages devraient être rapprochés des lieux où sont les femmes, par exemple, dans des projets communautaires où elles sont fortement représentées", suggère-t-elle.

Environ 76 pour cent des femmes kényanes peuvent lire et écrire, selon des statistiques officielles. Mais la majorité d'entre elles n'a aucun accès aux journaux, à la radio ou à la télévision à cause de la pauvreté.

James Waititu, le porte-parole du groupe de travail, estime que les affirmations des femmes selon lesquelles elles sont sous-représentées aux réunions ne tiennent pas la route. Les femmes n'étaient en aucune façon traitées injustement, ajoute-t-il.

"Elles n'ont simplement pas utilisé les mécanismes disponibles. Si elles ne pouvaient pas parler en public, elles étaient libres d'élaborer des mémorandum et de les présenter à la commission de travail. Je ne pense pas qu'elles aient été ignorées du tout", soutient-il.

"Si les femmes commencent par demander une attention spéciale, tout le monde en fera de même", affirme Waititu.

Les mesures de discrimination positive ont été une question épineuse au kenya. Il y a trois ans, un projet de loi sur la discrimination positive a été examiné au parlement, en pleine opposition du parti de l'Union nationale africaine du Kenya (KANU), qui a dirigé ce pays est-africain de 1963 à 2002.

L'ancien président Daniel arap Moï aurait déclaré dans la presse locale : "Ces femmes qui ont réussi l'ont fait grâce au mérite. Elles ne sont pas favorisées. Vous savez que je ne crois pas à la discrimination positive pour les femmes. Je l'ai dit ouvertement".

Un autre drame sur les mesures de la discrimination positive s'est produit lorsque des femmes parlementaires kényanes et des activistes ont organisé une manifestation à Arusha, en Tanzanie, où s'est déroulée l'investiture de l'Assemblée législative de l'Afrique de l'est en 2001. Elles protestaient contre ce qu'elles qualifiaient de nomination "injuste" de femmes au parlement conjoint des pays est-africains : Kenya, Ouganda et Tanzanie.

Le Kenya avait nommé seulement deux femmes à l'assemblée au lieu du minimum requis qui est de trois sur neuf personnes nominées. Ses homologues ont fait beaucoup mieux, avec l'Ouganda et la Tanzanie qui ont nommé chacun quatre et trois femmes représentantes, respectivement.

La Coalition nationale Arc-en-ciel au pouvoir, qui est aux affaires depuis 10 mois maintenant, a proposé une commission genre le 9 octobre.

Si elle est adoptée, la commission, ensemble avec les organisations de genre, fera pression pour que le projet de loi pour une discrimination positive devienne une loi, permettant aux voix des femmes et autres groupes marginalisés d'être entendues à tous les niveaux.

"Ceci montre l'engagement du gouvernement à mettre les femmes au centre de ses activités. Pendant que nous attendons l'adoption de la commission, nous battons campagne pour que le projet de loi AA soit bien inséré dans un projet de constitution débattu actuellement (par 629 délégués)", a déclaré Kanyi du Centre commun pour le genre et le développement.

Jusqu'ici, le nouveau gouvernement du président Mwai Kibaki a nommé huit femmes au parlement, ce qui amène à 18 le nombre de femmes au parlement sur 222 législateurs. C'est le nombre le plus élevé de femmes au parlement kényan depuis que ce pays a obtenu son indépendance à l'égard de la Grande-Bretagne en 1963.

C'est également la première fois dans l'histoire moderne du Kenya que plus de femmes ont été absorbées dans la mission diplomatique. Sur les 39 ambassadeurs, huit sont des femmes, selon Monica Omoro, une porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Six femmes travaillent également dans le gouvernement, sur 51 ministres.

C'est le nombre de femmes ministres le plus élevé depuis 1963.

Mais des militantes estiment que ce n'est pas suffisant. Nous continuerons à faire pression jusqu'à ce que nous obtenions le quota requis", affirme Kanyi.

Les femmes demandent au moins un tiers de représentation aux postes de prise de décision dans chaque organe du gouvernement au Kenya.