PRETORIA, 4 nov (IPS) – L'Afrique du Sud croit qu'elle a encore remporté un autre succès dans la résolution des conflits en Afrique, avec la signature, à Pretoria, des derniers détails d'un accord de partage de pouvoir entre le gouvernement de transition du Burundi, conduit par le président Domitien Ndayizeye, et le leader rebelle Pierre Nkurunziza.
Les points convenus jusqu'à la signature de l'accord dimanche – après trois jours d'intenses négociations dans lesquelles le président sud-africain Thabo Mbeki s'était personnellement impliqué – complètent le Protocole de Pretoria signé le 8 octobre.
Ceci impliquera une reconstitution du gouvernement de transition pour inclure les Forces de défense de la démocratie(FDD) de Nkurunziza.
Ndayizeye a déclaré, à la cérémonie de signature, que cela interviendrait dans trois prochaines.
Mbeki a indiqué qu'il était sûr que l'accord serait mis en œuvre. Il a affirmé qu'avec le FDD à bord, le processus de paix représentait maintenant les efforts de 99,9 pour cent des Burundais. Il a ajouté qu'il enverrait son vice-président Jacob Zuma à Bujumbura, la capitale du Burundi, dans les prochains jours pour s'assurer de l'application du Protocole de Pretoria.
Zuma, le principal facilitateur dans le processus de paix du Burundi, a évoqué la question de la jalousie régionale sur le rôle de l'Afrique du Sud dans le processus, en donnant l'assurance que l'objectif de l'Afrique du Sud n'était rien d'autre que de voir le continent être reconstruit et "de voir des Africains en paix avec eux-mêmes".
L'accord obtenu au Burundi fait suite à un accord inclusif conjointement négocié par l'Afrique du Sud et les Etats-Unis au début de cette année, qui a mis la République démocratique du Congo (RDC) sur le chemin de ses toutes premières élections démocratiques.
Le ministre des Affaires étrangères d'Afrique du Sud, Nkosazana Dlamini Zuma, est déjà en contact avec le Conseil de sécurité des Nations Unies, leur demandant instamment d'assumer rapidement leurs responsabilités de maintien de la paix au Burundi, où une décennie de guerre civile a fait plus de 300.000 morts.
Mbeki a déclaré qu'il était sûr que les Nations Unies accepteraient leurs responsabilités. Toutefois, les critères pour que l'institution mondiale envoie des casques bleus, n'ont pas encore été satisfaits. Le Front national de libération (FNL) d'Agaton Rwasa, plus petit mais de plus en plus actif, a rejeté le processus de paix.
Alors que le gouvernement et les rebelles étaient occupés à négocier à Pretoria durant le week-end, quatre combattants du FNL et deux soldats de l'armée burundaise sont morts dans des combats, près de Bujumbura. Mbeki a qualifié le FNL de petits problèmes, estimant que son refus de négocier n'était pas un obstacle majeur au processus de paix ou à l'application de l'accord de partage de pouvoir.
Il a estimé qu'en termes d'accord technique convenu à Pretoria, le FDD et l'armée burundaise s'étaient conjointement engagés à combattre le Front national de libération. Nkurunziza s'est explicitement référé à l'accord de Pretoria comme un pas important vers un accord inclusif et global – indiquant que cet objectif doit encore être atteint.
Les deux autres points acceptés pendant le week-end étaient l'enregistrement du FDD en tant que parti politique et l'octroi d'une immunité temporaire aux combattants du FDD et aux soldats gouvernementaux.
Le FDD s'est senti incapable de prendre part au Sénat, tel qu'il est constitué présentement. Puisque la Chambre haute n'a pas le pouvoir de bloquer une quelconque nomination, on a pensé que cette question pouvait être remise jusqu'à ce que le sommet régional soit convoqué par le président ougandais Yoweri Museveni, l'autorité de l'initiative régionale de paix sur le Burundi.
Le succès des négociations à Pretoria donnera plus d'impulsion à la conférence des donateurs à Bruxelles plus tard ce mois, en vue de réunir l'argent pour les besoins sociaux et de développement du Burundi. Le partage de pouvoir accordera au FDD quatre postes ministériels et 20 pour cent des sièges à l'Assemblée nationale. Il donnera également aux rebelles 40 pour cent du corps des officiers dans l'armée et la police.
En attendant que les Nations Unies trouvent la volonté politique pour déployer des casques bleus au Burundi, la tâche de la force de maintien de paix continuera d'être assurée par l'Union africaine (UA), conduite par l'Afrique du Sud avec 1.600 hommes.
Le reste de la force comprend 1.300 Ethiopiens et 350 Mozambicains.
La force militaire africaine au Burundi (AMIB) est responsable du cantonnement des combattants rebelles durant le processus de démobilisation, de désarmement et de réintégration.
La pression se fait maintenant sur Nkurunziza pour que ses combattants prennent part au processus. Ceci aura pour conséquence de faire entrer dans les rangs les éléments dissidents. Il doit faire entrer en urgence le FNL dans les rangs. Le FDD et le vieux FNL n'ont jamais pu s'entendre. Cela servait les objectifs du plus grand FDD que le FNL continue à occuper les forces gouvernementales autour de la capitale.
Pour cela, le FDD fournissait des armes et des munitions au FNL, dont plusieurs viennent des rebelles hutus se cachant en République démocratique du Congo voisine. Ce conduit s'est depuis asséché, mais le FNL est décidé à prouver qu'il a toujours les moyens de poursuivre des actions rebelles.
L'analyste des conflits, Jan van Eck de l'Institut des études sécuritaires d'Afrique du Sud, loue le Protocole de Pretoria, mais regrette l'exclusion continue du FNL. Aussi bien le FNL que le FDD étaient exclus du processus originel d'Arusha qui a maintenant fait plus des deux tiers de sa durée de vie.
Le FNL a refusé de se joindre à ce dernier sans l'examen de certains des points acceptés par les premiers signataires. Les négociations avec le FDD ont créé un précédent pour cela. En signant et en scellant un nouvel accord, les facilitateurs se sont engagés toutefois à reprendre le processus si et lorsque le FNL viendra à bord.
Van Eck, qui a passé la moitié de sa vie au Burundi, dit que le pays est divisé en camps pro et contre Arusha. Les opposants du processus, dont plusieurs sont issus de la clique de l'ancienne minorité dirigeante tutsi, sont – ironie du sort – en train de se rapprocher du FNL – le premier mouvement hutu de libération – par simple opposition au processus d'Arusha..
Ceci est une relation de convenance et n'indique aucune rupture dans les divisions ethniques qui sont au cœur des malheurs du pays.
Le véritable test d'Arusha (la principale ville dans le nord de la Tanzanie où l'accord a été conclu) viendra dans moins d'un an lorsque le Burundi devra organiser des élections démocratiques. Rien n'illustre l'étendue de la suspicion et de la méfiance existant toujours au Burundi que le fait que des politiciens hutus, qui sont retournés dans leur pays après la signature de l'accord d'Arusha en août 2001, aient toujours besoin d'être protégés 24 heures sur 24 par des soldats sud-africains.
La campagne électorale dans ces conditions serait problématique, pour ne pas dire impossible.

