MBABANE, 14 oct (IPS) – La semaine dernière a été partout mauvaise pour la presse africaine sur le continent, puisque des gouvernements ont fermé des stations de radios et de journaux privés, et arrêté des directeurs de publication, des journalistes et des éditeurs dans ce que des organisations de défense de la liberté de presse considèrent comme un effort pour supprimer la libre circulation de l'information. "Il est vrai que la technologie a rendu plus facile l'échange d'information et plus accessible à un groupe plus large de personnes, mais en Afrique, des gouvernements ont toujours le pouvoir de se débarrasser des points de vue dissidents à travers des tactiques brutales", déclare Martin Mngomezulu, un stringer swazi d'une agence de presse internationale.
La fermeture par le gouvernement zimbabwéen du Daily News et le pillage de l'infrastructure physique du journal au mépris des injonctions de la cour ont provoqué des débats entre des journalistes africains sur Internet, tandis que des pays aussi variés que le Kenya et le Niger ont signalé des défis pour leurs médias indépendants.
Au Niger, le Conseil supérieur de la communication a ordonné à dix des stations de radios privées du pays de suspendre leurs émissions.
Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières, l'organisation internationale française de protection de la presse, a envoyé sur-le-champ une lettre au gouvernement nigérien pour demander : "Que se passe-t-il au juste au Niger? Un journaliste est emprisonné depuis deux semaines, et maintenant dix stations de radios sont suspendues! Les autorités doivent reconsidérer ces actions, et se rappeler leur engagement par rapport à la liberté de la presse".
Son organisation a demandé expressément au gouvernement de rétablir les autorisations d'émettre des stations de radios, et de libérer le directeur de publication du journal l'Enquêteur, Charles Souley, qui a été arrêté sans être accusé formellement d'un quelconque crime, depuis le 13 septembre.
"Souley a commis l'impardonnable, vis-à-vis du gouvernement, en publiant un article sur la corruption dans les contrats gouvernementaux. Il a précisé le montant du manque à gagner", a communiqué un journaliste nigérien à ses collègues, via la salle de causerie Internet.
En suspendant les autorisations des stations de radios, qui offraient des informations et opinions alternatives par rapport aux médias gouvernementaux, le conseil de radiodiffusion a dit que les animateurs des radios ne s'étaient pas "conformés aux règles existantes. L'objet de l'infraction n'était pas spécifié. Les stations ont juré de continuer à émettre.
Au Cameroun, le directeur de publication d'un journal a été arrêté pour avoir publié un document du gouvernement, qui n'était pas classé secret, mais qui, selon le ministre de la Communication, devait être réservé pour être publication dans le journal officiel.
Les actions des gouvernements du Niger et du Cameroun semblaient clairement destinées à punir ou à fermer des médias qui avaient offusqué les autorités. Le cas des actions du gouvernement kényan, à l'encontre des journalistes de ce pays, semblait moins clair, et a poussé les professionnels de la presse à débattre de l'éthique dans la presse, la semaine dernière.
La communauté des journalistes africains était troublée d'apprendre que trois hauts responsables groupe du journal Standard, y compris le directeur général, le directeur de la rédaction et un rédacteur en chef adjoint de l'édition du dimanche ont été arrêtés.
Le journal a publié ce qu'il affirmait être la confession d'un des suspects d'un meurtre, présumé impliqué dans la mort d'un professeur d'université, qui était membre d'une commission technique faisant partie du processus de révision de la constitution du Kenya. Le meurtre sensationnel, en plein jour, avait des répercussions politiques. L'un des cinq suspects en détention préventive, déclarait, selon la "confession" du journal Standard, que le meurtre était en fait un assassinat d'origine politique.
La source de la confession était un responsable de la police kényane. Les dirigeants du journal ont été accusés d'avoir publié un document confidentiel du gouvernement.
Des défenseurs des médias dans la presse kényane ont écrit, la semaine dernière, sur une conspiration politique qui a encerclé le groupe du journal Standard. Certaines des questions soulevées étaient : dans le monde instable de la politique africaine, jusqu'où devrait aller la presse dans ses articles d'investigation? Quelles garanties peuvent créer les journalistes eux-mêmes comme protection contre la manipulation de la police ou des autorités au pouvoir?. Le "droit du public à savoir" autorise-t-il la presse à publier une information sensible comme les enquêtes préliminaires de police? "De plus en plus, je vois des journalistes violer la loi pour obtenir l'information, et crier ensuite à 'la liberté de presse' lorsqu'ils sont arrêtés. Nous devons trouver le juste milieu. Je ne dis par que le directeur de publication du 'East African Standard' avait tort, et je le soutiendrai avec tout ce que je possède parce qu'il est un collègue. Sa sanction viendra de notre propre sein s'il a commis une faute, plutôt que d'un gouvernement dont la justice tend à être sélective", affirme un autre rédacteur en chef de 'East African' dans une déclaration envoyée par mail à des journalistes africains. La réponse lui est venue d'un journaliste d'Ouganda : "En dépit des mérites et des démérites de l'affaire de nos amis au Kenya, je suppose que oui, des journalistes devraient parfois (et non souvent) violer la loi si elle sert à quelque chose de bon. Et croyez-moi, nous ne serons pas les seuls à le faire. Je pense que si une loi est stupide ou régressive, c'est notre devoir de la violer pour faire comprendre ceci : que c'est stupide ou régressif".
Devenant passionné, il a poursuivi : "Et je commence vraiment par en avoir assez des secrets du gouvernement. Elisons-nous des gouvernements pour avoir des secrets? Si en tant que journalistes, nous définissons l'un de nos rôles comme le fait de tenir nos gouvernements pour responsables, il me semble alors que c'est exactement ces secrets désagréables que nous devrions nous efforcer d'exposer.
Et en ce sens, je suis d'accord avec mon professeur de droit des médias qui a dit une fois qu'on devrait permettre de débattre de toutes les idées, y compris de discuter de la révocation énergique d'un gouvernement! Ils ne devraient pas être arrêtés tant qu'ils ne prennent pas véritablement des armes pour combattre le gouvernement. Je suis toujours un fervent partisan de l'adage qui dit que les mots n'ont jamais tué personne. Mais des gouvernements ont tué et continuent de le faire".
Le fait que des journalistes d'Afrique soient en train d'avoir ces débats d'introspection, témoigne d'un engagement à une couverture médiatique juste et équilibrée, qui profitera en fin de compte aux lecteurs africains. Tout en apportant leur soutien aux collègues qui ont été arrêtés par des gouvernements, les professionnels des médias sur le continent semblent plus préoccupés par des normes éthiques que par l'autodéfense.
Pour les nations africaines œuvrant pour la poursuite des systèmes démocratiques de gouvernement, où la presse doit être le gardien qui veille contre les abus officiels, ceci est de bon augure pour leurs lecteurs et les citoyens.

