CULTURE-AFRIQUE: Des stéréotypes culturels demeurent de grands obstaclesdans la lutte contre le SIDA

NAIROBI, 1 oct (IPS) – Dans un village éloigné du district de Nyanza sud, dans l'ouest du Kenya, Lawrence Orawa est connu sous le nom de "jater" (couramment traduit comme purificateur de veuves).

Son travail est d'avoir des rapports sexuels avec des femmes qui ont perdu leurs maris, un rituel destiné à "purifier" la maison et à chasser "les mauvais esprits".

L'une de ses victimes est Florence Awino (pas de son vrai nom), amère, qui est convaincue que son statut séropositif est le résultat de cet acte.

"Mon mari est mort il y a cinq ans, d'un accident de la route. Les anciens m'ont obligée à subir ce rituel", a-t-elle dit dans une interview avec IPS.

"Au début, j'ai refusé, mais ils m'ont dit que si je ne m'y conformais pas, un mauvais présage surviendrait à mes enfants et à moi-même. Ils ont également menacé de me chasser de la maison. Je n'avais pas beaucoup le choix puisque je dépendais de la terre familiale pour mon revenu.

Maintenant ma santé est toute détériorée. Si seulement je savais!", regrette-t-elle.

Dans le cas de Vivianne Kanyore, une femme de 45 ans, originaire du nord de l'Ouganda, elle a contracté l'infection du VIH/SIDA par son mari aux mœurs dissolues qui ne supportait pas l'utilisation du condom. "Je savais qu'il n'était pas clair puisqu'il avait beaucoup de copines dehors. Je craignais pour ma vie, et j'ai commencé par lui demander d'utiliser un condom", a indiqué, à IPS, Kanyore (pas de son vrai nom), une participante à la conférence de la CISMA qui vient juste de s'achever", dans un entretien exclusif.

"La première fois que j'ai parlé d'un condom, j'ai eu l'expérience de ma vie. Il m'a giflée jusqu'à ce que mon œil devienne noir. Il m'a même accusée d'être de mœurs légères. La seconde fois que je l'ai mentionné, il m'a dit qu'il était l'homme de la maison et que si je n'étais pas prête à avoir des rapports sexuels avec lui, il allait nous chasser, mes trois enfants et moi, de la maison", a-t-elle poursuivi.

Ces deux scénarios mettent en évidence le rôle que la tradition et les normes culturelles jouent dans l'augmentation de la propagation du VIH/SIDA en Afrique. Elles constituent des injustices de genre, dont on dit qu'elles ont œuvré contre les femmes au cœur d'une épidémie de SIDA.

Des statistiques actuelles révèlent que quelque 29 millions de personnes en Afrique subsaharienne vivent avec le VIH/SIDA. Environ 58 pour cent des personnes infectées sont des femmes.

Des experts de genre ont souvent soutenu que les traditions et les stéréotypes culturels constituaient un important obstacle dans la lutte contre la pandémie.

A une conférence par satellite pendant la Conférence de la CISMA qui s'est tenue à Nairobi, au Kenya, la semaine dernière, Dr Musa Dube, un théologien consultant de l'Initiative VIH/SIDA du Conseil mondial des églises œcuméniques en Afrique, a fait remarquer que malgré les efforts des femmes pour se protéger contre la maladie, cela s'est avéré difficile parce qu'elles ne prennent pas le dessus dans les affaires sexuelles.

"Les traditions et les coutumes ne permettent pas aux femmes de s'abstenir. Les choses ayant rapport à l'abstinence des femmes n'ont pas marché parce que les stéréotypes traditionnels et sociétaux dictent que les hommes prennent le dessus dans les affaires liées au sexe", a-t-elle fait observer.

Les rapports sur le genre ont souvent affirmé que la société a créé des stéréotypes insinuant que c'est un signe de virilité que d'être capable de contrôler les relations intimes. Les femmes sont, d'un autre côté, amenées à croire que les hommes sont les patrons dans tous les aspects de la vie, y compris durant les rapports sexuels.

On craint également que le faible niveau d'éducation parmi les filles en Afrique n'entrave la lutte contre la maladie.

"Le faible niveau d'instruction et d'éducation parmi les filles et les femmes signifie qu'elles ne peuvent pas mettre la main sur l'information concernant le VIH/SIDA, et cela signifie la vulnérabilité à l'infection", a souligné Carol Sande, présidente de "Militants pour une société sans SIDA" (CAFS), une organisation basée à Nairobi.

La description traditionnelle des hommes comme le sexe fort et celle des femmes comme le sexe plus faible a également contribué énormément à la vulnérabilité des femmes à la maladie. "Les hommes peuvent utiliser leur pouvoir physique; la violence pour empêcher les femmes d'accéder à l'information sur la pandémie", ajoute-t-elle.

Une étude faite en Ouganda par Human Rights Watch indique que la peur de la violence de leurs époux empêche plusieurs femmes d'accéder à l'information sur le VIH/SIDA, d'être dépistées pour l'infection du VIH et de recevoir le traitement et des conseils sur le VIH/SIDA.

"Des femmes participaient aux sessions d'enseignements sur le VIH/SIDA en secret, et avaient peur de discuter du VIH/SIDA avec leurs maris, même lorsqu'elles soupçonnaient que les hommes étaient séropositifs et étaient la source de leur propre infection", affirme le rapport intitulé, 'Mourez donc tranquillement : la violence domestique et la vulnérabilité des femmes au VIH en Ouganda'.

Des experts ont souvent prévenu que sans s'attaquer aux préjugés de genre, la lutte contre le VIH/SIDA ne portera aucun fruit.

Un engagement pour s'attaquer aux déséquilibres de genre afin de réduire la vulnérabilité des femmes a été affiché le 22 septembre, lorsque des premières dames d'Afrique ont juré de faire campagne contre la discrimination de genre et la honte créées à travers des stéréotypes traditionnels et sociétaux.

Les femmes de chefs d'Etat d'Afrique se sont retrouvées sous l'Organisation des premières dames contre le SIDA (OAFLA), en marge de la 13ème Conférence internationale sur le SIDA en Afrique (CISMA).