TRAVAIL: Des syndicalistes africains récusent le NEPAD

ACCRA, 3 oct (IPS) – "Le NEPAD n'est autre chose qu'une idée qui vise à promouvoir le néo-colonialisme et la mainmise des tenants du pouvoir sur les travailleurs", déclare le leader syndicaliste sénégalais, Alioune Sow.

Sow, qui est le secrétaire général sortant de l'Organisation démocratique syndicale des travailleurs africains (ODSTA), a récusé le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) au cours du deuxième congrès ordinaire de l'ODSTA, tenu à la mi-septembre à Accra, au Ghana. "La lutte contre la pauvreté", a ajouté Sow, "passe nécessairement par la création d'emplois stables. Or, on ne peut pas parler de travail sans associer les acteurs du monde du travail que sont les syndicats". Mohamed Kabaj du Maroc a indiqué que "le NEPAD est loin des idées de dialogue social que prônent les organisations internationales pour le développement durable en Afrique".

Selon lui, "le dialogue social suppose une constante concertation entre les partenaires sociaux que sont les gouvernements, les employeurs et les travailleurs. Si le NEPAD n'obéit pas à cette logique, il est voué à l'échec parce que les travailleurs ne peuvent rien attendre de lui".

Même réaction avec Angélique Kipulu de la République démocratique du Congo (RDC), qui voit dans le NEPAD un autre moyen pour les chefs d'Etat africains de "mettre de côté les initiatives de développement du continent au profit de leurs intérêts personnels".

"Nous devons soutenir des initiatives qui vont dans le sens du dialogue social, sinon, nous nous ferons complices des malheurs des travailleurs africains devant nos militants de base", a-t-elle conseillé aux délégués présents au congrès syndical d'Accra. Les délégués syndicaux, réunis dans la commission des relations internationales qui a traité de la question du NEPAD, ont refusé de soutenir ce processus initié par les chefs d'Etat africains. Selon leur rapport, "le NEPAD est le syndicat des chefs d'Etat avec Abdoulaye Wade comme secrétaire général. Par conséquent, les syndicats africains opposent leur refus d'en faire une propagande tout en sachant que c'est du bidon".

Ils ajoutent : "Pourquoi le Global plan de Kofi Annan a été mis de côté? C'est tout simplement parce qu'il n'est pas dans le cercle des chefs d'Etat malgré son statut de secrétaire général des Nations Unies".

Pour les syndicalistes, l'Afrique a trop souffert des projets sans lendemain dont les principaux bénéficiaires ont toujours été les mêmes; c'est-à-dire les tenants du pouvoir. Et ce, au détriment des travailleurs dont la grande majorité continue de souffrir des effets pervers de ces décisions prises sans leur contribution au sommet des appareils des Etats. Ils ont évoqué notamment le cas de l'Organisation pour l'harmonisation des droits des affaires en Afrique (OHADA) "qui a vidé", selon eux, "les codes de travail des pays africains de tout leur sens dès son élaboration et son adoption en 1993". "Car, le salaire du travailleur venant en quatrième position dans ses priorités, ce code accorde ainsi une place de choix au profit sans tenir compte du volet social. C'est une situation extrêmement grave", ont dénoncé les membres de la commission à Accra. Les délégués syndicaux présents à Accra ont attiré l'attention des Africains sur l'échec des travaux de l'Organisation mondiale de commerce (OMC) à Cancun en ces termes : "Les projets multilatéraux, qui ne sont pas passés au sommet du Mexique, peuvent revenir dans nos pays par le biais des projets bilatéraux. Et le NEPAD peut être un cadre idéal pour le déversement, sur le continent, des projets rejetés à Cancun".

Ils se sont appuyés également sur les résultats négatifs des Programmes d'ajustement structurel (PAS) pour justifier leur refus du NEPAD. Les PAS, selon les dirigeants syndicaux africains, ont été beaucoup plus appliqués en Afrique que nulle part ailleurs dans le monde, et à grande échelle.

Pourtant, aucun résultat probant n'a été obtenu, ont-ils affirmé.

Le rapport de la commission des relations internationales du deuxième congrès ordinaire de l'ODSTA a été adopté en plénière à l'unanimité. Les délégués ont tout de même décidé de mieux connaître le NEPAD afin de mieux le combattre. L'Union africaine (UA) et son initiative de développement, le NEPAD, est la 14ème tentative de l'Afrique d'un programme politique et économique pour tirer le continent de son bourbier au bas de l'échelle du développement.

Le rapport de l'index du développement humain annuel du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), publié pendant le dernier sommet de l'UA à Maputo, au Mozambique, en juillet, a conclu que le continent n'était pas près d'atteindre les indicateurs prévus du développement humain de base appelés les objectifs de développement du millénium à réaliser en 2015. Trente-quatre des pays les moins avancés du monde sont en Afrique.

Le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique coûtera environ 60 milliards de dollars à débourser. Le NEPAD est soutenu par les nations riches, qui conditionnent cependant leur aide à des critères de stabilité politique, de bonne gouvernance et de démocratie.

L'Organisation démocratique syndicale des travailleurs africains a vu le jour il y a dix ans. Elle regroupe 30 confédérations de syndicats issus des pays africains. Son siège est à Lomé, au Togo, et elle est la représentation africaine de la Confédération mondiale du travail (CMT) basée à Bruxelles, en Belgique.