NAIROBI, 30 sep (IPS) – L'atmosphère était à la joie au moment où un groupe de femmes somaliennes s'est mis à chanter et à danser pour couronner la décision d'Asha Abdi d'exprimer son intérêt pour la présidence, la plus haute fonction dans le pays.
Asha, qui est une déléguée aux discussions de paix somaliennes en cours et qui se déroulent à Nairobi, au Kenya, affirme qu'elle attend avec impatience d'unir son pays, qui a été entraîné dans une guerre civile sanglante depuis 1991.
"La Somalie est comme un verre brisé. Je veux recoller les pièces et ramener l'unité à notre nation. J'ai ce que cela demande; j'ai le soutien des femmes, des jeunes et des hommes pareillement", a déclaré, confiante, Asha à IPS.
"La Somalie a besoin de changement. Nous avons fini par en avoir assez des dirigeants hommes qui n'ont rien fait d'autre que de susciter des guerres.
Ils se battent pour le pouvoir alors que le peuple meurt de pauvreté et de famine", a-t-elle indiqué.
Depuis la chute du régime du président Siad Barre en 1991, 23 factions appartenant aux quatre clans puissants se disputent entre elles les territoires. Sous la pression de la famine et de l'instabilité politique, elles lancent des campagnes militaires pour acquérir davantage de territoires et accroître leur butin.
Estimant qu'elles en avaient eu assez, les femmes semblent maintenant plus que jamais décidées à changer le paysage politique de leur pays. Elles s'aventurent à entrer dans un domaine qui a été perçu comme la chasse gardée des hommes pendant des siècles.
Trois femmes, dont Asha, se sont inscrites comme candidates à la présidentielle, la première fois dans l'histoire moderne dans ce pays de la Corne de l'Afrique. En tout et pour tout, 53 candidats convoitent la plus haute fonction en Somalie.
Aux pourparlers de paix, les femmes sont en train de demander au moins une représentation de 25 pour cent à tous les postes de prise de décision, au lieu des 12 pour cent indiqués, clairement dans la nouvelle charte. La charte, adoptée le 15 septembre, sera un document de base dans la formation d'un gouvernement central à Mogadiscio, la capitale de la Somalie.
Dans une déclaration adressée à l'envoyé spécial aux pourparlers, Bethuel Kiplagat, les femmes affirment : "Nous proposons que 25 pour cent de chaque poste au gouvernement, qui est le strict minimum, soient réservés pour les femmes somaliennes déléguées dans la structure gouvernementale proposée".
"Conscientes que des facteurs historiques et sociaux limitent la participation des femmes aux fonctions officielles, nous désirons négocier pour obtenir ce pourcentage, jusqu'à ce que nous atteignions le niveau d'opportunités et de représentation égales pour faciliter notre intégration dans les fonctions officielles", ajoute la déclaration.
Les femmes ont également critiqué le déséquilibre de genre aux pourparlers; sur les 366 délégués, 4,1 pour cent seulement sont des femmes.
"Les femmes constituent la majorité de la population dans mon pays, pourtant, nous sommes faiblement représentées", regrette Asha. Sur les 9,7 millions d'habitants, 65 pour cent sont des femmes, selon différentes statistiques.
Les femmes ont joué un rôle clé dans les processus de réconciliation même avant les présents processus de paix engagés au Kenya en octobre dernier.
"Les femmes ont été impliquées dans la lutte pour la libération de la Somalie. Nous avons travaillé si durement, nous occupant de nos familles et prêchant des messages anti-guerre. Nous avons connu le traumatisme lié à la guerre tel que le déplacement, le viol entre autres malheurs. Il est temps que soyons reconnues", a déclaré récemment, à IPS, Fatuma Abdullahi, chef de la délégation des femmes.
Ayant marre du chaos dans leur pays, certains exilés somaliens soutiennent les femmes. "Nous avons vu comment les hommes ont utilisé abusivement le pouvoir, maintenant nous allons nous rassembler derrière les femmes pour un changement. Nous sommes sûrs que notre pays accèdera à un autre niveau, si nous avons une femme présidente", remarque Hassan Haj, un réfugié somalien à Nairobi.
"Les femmes sont sensibles aux besoins des populations somaliennes puisqu'elles portent le poids de la guerre", ajoute-t-il.
Selon des sources proches des pourparlers, les élections présidentielles doivent être organisées dans les jours qui suivent l'élection des membres du parlement par les 366 délégués.
Les pourparlers se déroulent sous les auspices de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) qui comprend le Kenya, l'Ouganda, l'Ethiopie, l'Erythrée, le Soudan, Djibouti et la Somalie.

