DROITS: Un nouveau mur de la honte s'avère être un revers dans la luttecontre le SIDA

NAIROBI, 26 sep (IPS) – "J'ai perdu mon travail lorsque mon patron a fini par connaître mon statut séropositif. Mes enfants ont été chassés de l'école et mes parents ont cessé de me rendre visite", déclare Evelyne Apondi, dont le mari a succombé à la maladie, il y a deux ans.

"Comme si cela n'était pas assez, j'ai été exclue de mon église, à cause de la honte associée au VIH/SIDA", affirme-t-elle.

Les remarques d'Apondi ont mis en évidence les souffrances causées par la honte liée au VIH et questionnent le rôle des institutions religieuses dans la réduction de la discrimination, qui a été perçue comme l'un des principaux obstacles dans la lutte contre le VIH/SIDA.

Des activistes du SIDA indiquent que les chefs religieux sont mieux placés pour combattre la pandémie de même que pour diffuser des messages destinés à supprimer la discrimination contre ceux qui vivent avec la maladie, à cause de leur interaction quotidienne avec les communautés. Mais les chefs religieux, affirment les activistes du SIDA, ne sont pas parvenus à atténuer les souffrances des personnes vivant avec le VIH/SIDA.

On leur a reproché d'avoir contribué à l'encouragement de la honte en condamnant et en qualifiant ceux qui vivent avec la maladie de "pécheurs".

A une conférence par satellite, intitulée "Le rôle des leaders religieux dans la réduction de la honte et de la discrimination liées au VIH/SIDA", des représentants des communautés chrétiennes et musulmanes ont reconnu que les chefs, qui condamnaient ceux qui sont infectés, agissaient de façon inappropriée.

La conférence a été organisée en marge de la 13ème Conférence internationale sur le SIDA en Afrique (CISMA), qui se tient à Nairobi, au Kenya, cette semaine.

Des leaders religieux estiment qu'il est nécessaire de former des théologiens afin de les doter d'outils nécessaires pour combattre la honte.

"Les théologiens ont besoin de recyclage en vue d'être capables de gérer les questions de honte et de discrimination", souligne Musa Dube, un théologien consultant et membre de l'Initiative VIH/SIDA du Conseil mondial des églises œcuméniques.

Puisque le VIH/SIDA est interconnecté avec la sexualité humaine, des rapports ont souvent indiqué que la meilleure façon de combattre la stigmatisation est de parler ouvertement de la sexualité. Ceci était soutenu par Sheikh El Hadj Yusuf Murigi, du Conseil suprême musulman du Kenya. "Rompre le silence sur la sexualité pour permettre des discussions franches sur le VIH/SIDA et tout ce qui y est lié", suggère-t-il.

Des activistes du SIDA ont soutenu que sans des politiques pour s'attaquer à la question de la honte, la lutte contre la maladie ne portera aucun fruit.

Le coordonnateur du Réseau africain des leaders religieux vivant avec le VIH/SIDA, basé en Afrique du Sud, le Révérend Jape Heath, a parlé de la difficulté à laquelle il fait face, en particulier au sein de la direction de l'église, une fois qu'il a annoncé son statut séropositif. Il a demandé une législation pour protéger les personnes vivant avec la maladie.

"Les institutions religieuses doivent mettre en place des politiques et des mesures pour protéger les personnes vivant avec le VIH/SIDA", a-t-il dit. Un Rapport ONUSIDA 2003 sur l'évolution de la réponse globale à l'épidémie du VIH/SIDA indique que les pays ayant des cadres législatifs – qui protègent les personnes séropositives et autres groupes vulnérables – ont effectivement maîtrisé le VIH et les maladies sexuellement transmissibles.

En Afrique subsaharienne, seuls 40 pour cent des pays disposent de mesures pour protéger les droits des groupes vulnérables.

Le 21 septembre, le directeur du soutien régional de l'ONUSIDA, Michel Sidibé, a demandé aux pays africains d'élaborer un projet de loi anti-stigmatisation. "Un tel projet de loi est une condition préalable nécessaire pour atteindre le progrès souhaité dans la lutte contre le SIDA", a-t-il dit à IPS, dans une interview exclusive.

Il a ajouté que 50 pour cent des pays en Afrique n'ont pas de législation pour lutter contre la honte et la discrimination. "Si nous n'avons pas de politiques pour aborder ces questions, comment allons-nous éliminer le SIDA?", s'est-il demandé.

"Il y a quelques années, le défi était de briser le cycle du silence.

Aujourd'hui, il y a un nouveau mur de la honte et de la stigmatisation qui s'avère être un revers dans la lutte contre la maladie", a-t-il ajouté.

En réponse à l'appel de Sidibé, le gouvernement kényan a approuvé un projet de loi qui vise, entre autres, à criminaliser la discrimination contre les personnes vivant avec le VIH/SIDA.

Le projet de loi sur la prévention et le contrôle du VIH/SIDA, 2003, approuvé le 23 septembre, vise à rendre illégal le fait qu'un employeur renvoie son employé, ou refuse un emploi à une personne, à cause de son statut séropositif.

Le projet de loi, qui reste encore à être publié par le Bureau du procureur général avant d'être envoyé sur la table du parlement pour des débats, abordera la question de la divulgation, par des médecins, du statut des employés à leurs employeurs sans le consentement des premiers.

Le projet de loi devrait réduire le taux de prévalence du pays en matière de VIH/SIDA, qui est actuellement de 10,2 pour cent, l'un des plus élevés en Afrique subsaharienne.

L'ONUSIDA indique qu'environ 29 millions des 40 millions de personnes vivant avec la maladie dans le monde entier, sont en Afrique subsaharienne.

Environ 55 pour cent des personnes infectées sont des femmes.