SANTE: Une nouvelle vague de SIDA balaie l'Afrique, dévastant des familles

NAIROBI, 23 sep (IPS) – Ils sont maintenant comme des bébés, déclare Prudence Mabele, parlant des personnes vivant avec le SIDA dont elle s'occupe en tant que volontaire en Afrique du Sud. "Certains portent des couches; je dois les laver et les nourrir".

"S'occuper de quelqu'un signifie l'amener à l'hôpital et passer parfois toute la journée avec lui ou elle. Ensuite, il y a des soins à la maison", dit-elle.

Et il y a également les soins qui vont au-delà du travail physique. "Cela concerne le fait d'offrir la force et l'espoir. Nous ne devrions pas sous-estimer l'importance des soins avec l'espoir", affirme la jeune femme qui est une image de bonne santé dans une tenue Xhosa moderne bien qu'elle soit séropositive depuis 14 ans.

Maintenant, elle offre volontairement son temps en tant que "soigneuse" – le terme qui décrit les volontaires (et dans certains cas) les travailleurs (payés) qui sont sur la ligne de front de l'épidémie qui a atteint ce que l'agence des Nations Unies, l'ONUSIDA, appelle une "nouvelle vague" dans la pandémie.

"La vague de SIDA balaie actuellement l'Afrique australe et orientale, dévastant des familles et des communautés", affirme le rapport de l'ONUSIDA intitulé "Accélérer l'action contre le SIDA en Afrique", et publié lundi au début de la 13ème Conférence internationale sur le SIDA en Afrique, à Nairobi.

Organisées chaque année, ces conférences continentales suivent à la trace les caractéristiques de la pandémie et rassemblent des délégués des pays pour partager leur expérience et leur connaissance. La bonne nouvelle est que les taux d'infection du SIDA en Afrique de l'est se stabilisent bien que l'Afrique australe soit toujours durement touchée. L'ONUSIDA décrit les différentes phases du SIDA comme des "vagues".

"Le VIH est la première vague de l'épidémie, entrant de façon silencieuse et pratiquement sans se faire remarquer. L'attaque du SIDA, la seconde vague, suit mortellement derrière, ses effets n'étant plus possibles à ignorer", indique le rapport.

Ceci est l'épicentre sur lequel travaille Mabele. En plus d'être artiste, elle est également une activiste qui lutte pour le traitement par des médicaments anti-rétroviraux et attribue sa propre santé au fait qu'elle prend des médicaments qui sauvent la vie.

L'accès au traitement par des médicaments est apparu à la conférence de cette année comme une importante pression puisqu'il prolonge la vie de ceux qui vivent avec le VIH/SIDA. Le raisonnement n'est pas seulement émotionnel, mais est également une méthode pour s'assurer que les conséquences sur les économies africaines et les réseaux sociaux pour cause du SIDA sont réduites.

A la fin 2002, Mabele n'était que l'une des quelque 50.000 personnes en Afrique subsaharienne sous traitement médical – environ un pour cent de ceux qui en ont besoin. "L'humanité devrait avoir honte qu'il soit refusé à la vaste majorité qui en a besoin, les instruments et la connaissance pour faire face au SIDA. La communauté internationale a la capacité – alors la question est : manquons-nous de moralité?", demande Michel Sedibé, directeur du soutien national et régional de l'ONUSIDA.

La réponse à cette question est "apparemment non", si les augmentations de financement révélées à la conférence sont utilisées comme un baromètre.

Les financements des agences multilatérales et des gouvernements nationaux pour lutter contre le VIH/SIDA ont plus que doublé et sont passés à 950 millions de dollars US depuis 2000. C'est une bonne nouvelle parce l'accroissement financier suggère une nouvelle volonté politique, mais on est encore loin de ce qui est nécessaire – 2 milliards de dollars US à la fin de 2002; et 6 milliards de dollars US d'ici à 2005.

L'ONUSIDA souligne qu'il y a encore des écarts entre les promesses de financement et le décaissement et entre la politique et la mise en œuvre par les gouvernements. La nouvelle vague de VIH/SIDA, estime Sedibe, "requiert que les gouvernements, les donateurs, et autres réussissent immédiatement à passer des promesses de financement au décaissement intensifié de sommes d'argent afin que les programmes de traitement, de soins et de prévention soient mis en œuvre et fassent une différence réelle sur le terrain".

En plus de l'argent, un autre facteur se révèle être un facteur de construction ou de rupture pour combattre le VIH/SIDA : la volonté politique. C'est le principal facteur de succès derrière les taux d'infection en baisse au Sénégal, en Ouganda et au Botswana, indique Sedibe. Aussi bien le Sénégal que l'Ouganda ont réussi à ramener leurs taux d'infection en dessous de 10 pour cent de la population, tandis que la stratégie du Botswana offre des indices aux 16 pays africains ayant de forts taux d'infection.

Le Botswana, qui a le taux d'infection le plus élevé au monde, a également l'un des plus efficaces programmes de traitement et de réponse multi-sectorielle à la pandémie, est un modèle.

Les stratégies multilatérales sont vitales parce qu'elles ne voient pas la pandémie comme un problème médical seulement, mais accordent également une attention aux facteurs sociaux et de bien-être. Cela signifie également une réponse qui ne voit pas le SIDA comme un problème du gouvernement seul, mais mobilise les églises, la jeunesse, les syndicats et des volontaires comme Mabele.