MBABANE, 25 août (IPS) – Si l'Afrique veut avancer sur le plan économique et social, un dialogue sincère doit remplacer le conflit armé, les grèves et la politique sale, ont reconnu des délégués au sommet des chefs d'Etat, qui s'est tenu au Swaziland la semaine dernière.
"Discutons, discutons, discutons au lieu de nous battre, de nous battre, de nous battre", a suggéré le président mozambicain Joachim Chissano.
Chissano a été rejoint par le président du Botswana Festus Mogae, les présidents du Soudan et de Malaisie, l'hôte du sommet le roi Mswati du Swaziland, et le président zimbabwéen Robert Mugabe, dont les critiques locaux disent qu'il doit être plus ouvert pour dialoguer avec les opposants.
Global 2003, annoncé comme le Sommet de dialogue des chefs d'Etat du Commonwealth britannique sur le partenariat SMART, a regroupé 400 délégués et responsables de gouvernement pour un événement de trois jours. Le groupe était isolé du monde extérieur au moment où il débattait des voies et moyens de trouver, dans les secteurs publics et privé, des solutions aux défis nationaux et internationaux. Le SMART signifie le Trust pour des objectifs simples, mesurables axés sur l'action et le respect.
Des critiques se sont plaints du coût du sommet – plus de 10 millions de dollars US – pour le gouvernement swazi seul, qui a des besoins financiers pressants, et tournent en dérision le sommet qu'ils qualifient de "parlotte".
"Il pourrait paraître naïf de penser que quelque chose d'important allait sortir d'une salle pleine de gens parlant les uns aux autres. Au bout du compte, on n'est parvenu à aucun traité ou même accord. Il n'y a eu aucun accord signé par tout le monde. Mais quelques solutions ont été trouvées à travers les réflexions", a indiqué le délégué Thab'sile Motau d'Afrique du Sud.
"Ceci avait rapport à l'établissement des réseaux. Nous avons rencontré des gens dans les secteurs public et privé qui partageaient nos problèmes, et avaient de l'expertise que nous pourrions exploiter", a estimé un autre délégué, Sandra Babalobi du Nigeria.
Mais qu'est-ce qui a été accompli, au-delà de l'échange des cartes de visite, pour justifier la participation des chefs d'Etat, les dépenses du sommet, et l'attention des médias? Des délégués ont déclaré que malgré l'absence d'un accord de clôture du sommet, il faut signaler que les points soulevés pour le procès-verbal ont influencé des recommandations.
Un coup d'œil aux résolutions donne un bref aperçu de la pensée africaine sur certaines questions contemporaines.
L'Afrique n'était pas intervenue dans la récente guerre conduite par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne en Irak; le conflit a soulevé des inquiétudes durant le sommet sur le rôle de l'Amérique en tant que gendarme du monde. "Aucun pays ne peut, à lui seul, résoudre les questions la sécurité mondiale", ont convenu les délégués, débattant de la question du "Renforcement de la sécurité coopérative mondiale".
"Ayons confiance en nos propres valeurs, et soyons réalistes par rapport à nos propres forces, mais les pays en développement doivent agir collectivement. L'autorité morale et la légitimité de toute action de politique étrangère devraient provenir d'un ordre multilatéral international convenu", a retenu le groupe.
Des délégués ont suggéré un changement philosophique dans les préoccupations sécuritaires africaines, passant de l'intérêt pour la résolution des guerres vers un accent préventif sur la prévention des conflits.
"Nous devons prévoir les troubles qui se préparent à l'horizon, et les gérer avant qu'ils n'éclatent sous forme de crise. Généralement, les signes avertisseurs sont là", selon Musa Matsebula, un délégué swazi.
Actuellement, des conflits font rage au Soudan, au Liberia, en Côte d'ivoire, en Somalie, en République démocratique du Congo et en Guinée..
Une grande partie de l'attention du sommet a été focalisée sur le progrès économique des pays en développement. Bien que tous les chefs d'Etat appartenant au Commonwealth britannique aient été invités à y prendre part, seuls ceux des pays en développement sont arrivés. L'accent a été mis sur les besoins particuliers des pauvres du monde.
"Le système géopolitique impopulaire se reflète dans l'architecture déformée du système économique international qui ne sert pas les intérêts des pays en développement", a fait remarquer un rapport publié par des délégués débattant du sujet "Rendre opérationnel l'engagement économique pour les pays en développement".
La résolution ne dit pas auprès de qui le "système géopolitique" actuel, qui n'était pas défini, était impopulaire, mais les délégués n'ont pas caché leur opinion selon laquelle les pays en développement sont désavantagés dans le commerce mondial.
"Il est nécessaire que les pays en développement recherchent des options collectives afin de s'attaquer à ce déséquilibre", souligne un communiqué.
Des approches collectives pour le progrès régional existent déjà dans le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), que le sommet a salué comme un important projet africain pour mobiliser des ressources destinées à des projets spécifiques.
Le NEPAD, un plan de relance du développement de l'Afrique, recherche 64 milliards de dollars US auprès des investisseurs et donateurs chaque année.
Des initiatives de développement spatial comme ceux existant entre le Mozambique, l'Afrique du Sud et le Swaziland pour développer des biens régionaux communs, comme les fleuves et les chaînes de montagnes, se sont révélées être un succès, et devraient être encouragées à travers toute l'Afrique, ont proposé les participants au sommet.
"Pour compléter les grands projets d'infrastructure/communication/énergie comme ceux qu'on voit dans les initiatives de développement spatial, des gouvernements, des agences de développement et le secteur privé devraient encourager les 'micro-projets' qui disposent souvent de très peu de ressources, mais répondent à d'importants besoins spécifiques", a déclaré Musa Fakudze, secrétaire principal du ministère des Finances du Swaziland.
Alors que certaines des suggestions de développement soulevées étaient vagues, n'offrant aucun plan de mise en œuvre ou descriptions précises pour guider les décideurs politiques, d'autres propositions ont été énumérées en détail.
"Pour promouvoir le développement des établissements institutionnels locaux d'épargne, les fonds de retraite, d'assurance et les mutuelles (société d'investissement à capital variable – SICAF) doivent être encouragés et étendus aux petits investisseurs. Ces produits du marché financier, lorsqu'ils sont largement achetés devraient accroître les niveaux de l'épargne locale, qui devrait à son tour contribuer considérablement aux investissements qui s'élèvent à 30 pour cent du produit intérieur brut (PIB), apportant ainsi un capital à moyen et à long terme pour le développement", a suggéré un économiste.
Clement Thindwa, un délégué malawite, à indiqué à IPS : "Nous voulons promouvoir les micro-entreprises, ces petites entreprises familiales comme les élevages de volaille et les vergers, pas seulement pour réduire le chômage et créer une nouvelle classe de sociétés, mais parce que ces types d'entreprises conviennent tellement à la culture et aux valeurs africaines".
"Le développement en Afrique doit venir de la base, avons-nous appris", a-t-il ajouté. L'objectif du sommet, selon Thindwa, était de rassembler des gens ayant des idées, qu'ils aient des titres, des CV impressionnants, des statuts élevés ou non. "Il y a beaucoup à dire pour l'établissement de réseaux, et les nouvelles idées partagées à travers plusieurs pays. Sur les questions internationales, nous avons également démontré qu'il y avait une voix africaine unifiée qui doit être entendue", a-t-il ajouté.

