DEVELOPPEMENT: Les ONG demeurent insatisfaites du projet pétrolier tchadien

N'DJAMENA, 22 août (IPS) – Les organisations non-gouvernementales (ONG) estiment que leurs revendications sur l'environnement, le social, la santé des populations de la zone pétrolière, les droits de l'Homme n'ont pas encore été pris en compte alors que le pétrole tchadien coule dans l'oléoduc depuis la mi-juillet.

De nombreuses ONG nationales et internationales se sont réunies à N'Djamena, la capitale du Tchad, du 7 au 9 août, pour accorder leur violon..

Elles venaient des Etats-Unis, de France, du Cameroun, du Sénégal et du Tchad. L'objectif principal de leur rencontre était de s'informer sur la Banque mondiale, ses procédures et sur ce qu'elle fait au Tchad par rapport à l'évolution du Projet de développement pétrolier. De façon générale, les différentes ONG ont exprimé un sentiment d'insatisfaction. Pour Renodji Djimrabaye, secrétaire exécutif du Réseau de suivi des activités pétrolières du Moyen Chari (RESAP/MC), "L'espace de dialogue n'est pas créé; la révision du Plan national d'intervention en cas de déversement des hydrocarbures (PNDIH) et du Plan de réinsertion des travailleurs n'est pas faite; le Permis Hydrocarbures n'est pas publié". Par ailleurs, selon Djimrabaye, "Le Comité technique national de suivi et de contrôle (CTNSC) n'est pas en mesure de faire une contre-expertise sur les procédés techniques d'exploitation; le Collège de contrôle et de surveillance des revenus pétroliers (CCSRP) n'est pas opérationnel; et la situation des autres bassins reste obscure". En conséquence, le RESAP/MC compte, dans les prochains jours, "renégocier le Permis Hydrocarbures et la convention pour les autres bassins pétroliers; organiser les études d'impacts et établir les plans spécifiques de gestion de l'environnement en mettant l'accent sur les consultations publiques".

Boukinébé Ngarka, président de la commission permanente du pétrole, s'inquiète notamment pour la gestion des revenus pétroliers : "Le fait que nous nous avancions réellement vers la réalité de l'exploitation du pétrole tchadien augmente notre inquiétude. Car il a été démontré par des études dans des pays européens comme dans des pays arabes que les revenus du pétrole aident au développement, mais en même temps permettent d'alimenter les caisses noires des chefs d'Etat. Donc, mon inquiétude se situe au niveau de la gestion des revenus pétroliers". "Malgré l'existence du collège de contrôle", déplore Ngarka, "il y a déjà des mécanismes qui ont été mis en place, réduisant les marges de manœuvre du collège de contrôle qui ne sera plus qu'un cadre de consultation. Ce qui veut dire que le dernier mot reviendra toujours au gouvernement". Cependant, ajoute-t-il, "nous allons continuer notre lutte en vue de permettre que les revenus pétroliers puissent contribuer effectivement à la réduction de la pauvreté au Tchad". Médard Oyal Tordeg, coordinateur du Centre d'information et de liaison des ONG (CILONG), déclare : "Il y a un manque cruel d'informations au niveau de la base; le non-respect de certaines clauses, surtout sur les compensations individuelles, communautaires et sur l'environnement; le manque de préparation préalable pour les populations de la zone pétrolière.

Le Comité technique national de suivi et de contrôle est incapable de fournir des renseignements fiables sur le projet". Selon Tordeg, "La population ignore le rôle exact du Collège de contrôle et de surveillance des revenus pétroliers, et comment se fera la répartition des cinq pour cent dont bénéficieront les populations de la zone pétrolière… Nous allons aider les institutions déjà créées à informer davantage la population sur les enjeux de l'exploitation; renégocier l'actuel Permis Hydrocarbures pour l'exploitation des autres bassins. Car l'expérience a montré que si cela continue, la situation des populations de la zone pétrolière ne va guère s'améliorer". Abondant dans le même sens, Niki Reisch, la coordinatrice du programme africain à la Bank Information Center de Washington souligne : "Ce qui m'a frappée en arrivant sur le site pétrolier de Doba, c'est qu'il y a un grand écart entre les installations du projet faites par le consortium et la situation des populations locales. C'est surtout le cas du village de Galaba. C'est pourquoi il n'est pas évident pour moi de dire que ce projet est un projet de développement".

"L'aspect développement dépend désormais de la gestion des revenus pétroliers et de la réussite du Plan de développement régional. Car jusque-là, il n'y a pas de bénéfice tangible ni visible au niveau des villages", affirme Reisch. Les autorités estiment, pour leur part, que le débat a beaucoup évolué.

Selon Paul Mbainodoum, coordonnateur adjoint de la Coordination nationale du projet pétrole (CNPP), "Les ONG qui sont sur le terrain et celles de N'Djaména n'avaient pas le même avis sur le projet au départ. Au lancement du projet, les premières s'étaient opposées alors que les ONG de N'Djamena étaient pour le projet. Actuellement, toutes sont obligées de s'accrocher de bon ou de mauvais gré". "Si les ONG se disent insatisfaites, c'est parce qu'elles croyaient que le projet allait leur permettre d'avoir des subventions pour faire face à leurs difficultés financières, tandis que ce n'est pas le cas", affirme Mbainodoum. Les ONG ont également évoqué, à plusieurs reprises, les problèmes liés à la gestion des revenus pétroliers. En attendant le 30 septembre prochain, date de la cérémonie de l'inauguration officielle de l'oléoduc du pétrole tchadien, le débat continue d'être alimenté par les ONG qui promettent d'intensifier leurs actions.