POLITIQUE-MALAWI: La campagne électorale promet d'être désagréable et brutale

BLANTYRE, 18 juil (IPS) – Des promesses d'une campagne désagréable et brutale se profilent pour les élections générales présidentielles et législatives de 2004 au Malawi comme cela s'est manifesté à Blantyre, la ville commerciale, la semaine dernière.

Les "Jeunes démocrates" militants du Front démocratique uni (UDF) au pouvoir étaient encore à l'œuvre, cette fois-ci directement sous le regard des officiels supérieurs du parti quelques minutes avant l'arrivée du président Bakili Muluzi à une mini-convention du parti.

Les jeunes démocrates, connus comme anti-démocratiques, ont frappé un journaliste du quotidien local et lui ont volé ses deux caméras un téléphone cellulaire. Ils ont bousculé le photo-journaliste Daniel Nyirenda et l'ont roulé dans la boue pendant que les officiels du parti regardaient.

La scène désagréable a montré ce que la plupart des gens pourraient avoir à craindre d'une élection générale potentiellement dangereuse à venir dans un pays nouvellement démocratisé. Le Malawi est devenu démocratique pour la première fois en 1994 après 30 ans de dictature de parti unique.

Bien que le pays ait connu un parcours paisible pendant des décennies comparativement à la région, ces populations avaient souffert en silence de l'intimidation, des menaces et de certains enlèvements et assassinats rapportés durant la dictature du parti unique, perpétrés par les "Ligues de la jeunesse" vêtues de chemises rouges, qui avaient terrorisé plusieurs vies innocentes.

Que ces élections présidentielles et législatives du Malawi à venir en mai 2004 soient libres et transparentes restent à prouver et le parti au pouvoir a échoué notoirement quand ses jeunes démocrates de triste réputation ont frappé un journaliste local et ont renvoyé une horde d'autres journalistes détalant à toutes jambes pour sauver leur vie au cours d'une convention apparemment innocente. Les jeunes démocrates militants étaient tachetés et portaient des couteaux panga, certains d'entre eux les brandissaient à l'entrée des portails avant de s'en servir. Ce n'est pas la première fois que ces voyous ont infligé leur injustice aux citoyens innocents qui ne se doutaient de rien. Un membre du parlement a récemment frappé un autre reporter local devant la police et l'officiel du parti au cours d'une session parlementaire à Lilongwe.

Les services de renseignements du gouvernement ont mené des actes criminels désagréables similaires au cours d'évènements publics présidentiels. Des embuscades et attaques contre des partis politiques d'opposition ont été rapportées. Le Malawi est maintenant classé troisième en matière de violation de la liberté de la presse, après le Zimbabwe et la Zambie parmi les 14 nations de Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC). Maintenant, des questions se posent de savoir si les condamnations, par le président Muluzi du parti au pouvoir, de la violence politique parrainée, ont un sens. Dans un cas classique, il (Muluzi) a placé l'ancien entraîneur national du football, actuellement directeur de la jeunesse, Henry Moyo, en tête d'une marche pour mettre fin à la violence de "ses jeunes démocrates" afin que les gens remarquent la différence entre "jeunes démocrates et ligues de la jeunesse" dans une démocratie multipartite.

Pendant des années, les églises et les ONG de défense des droits de l'Homme ont exigé le démantèlement des jeunes démocrates comme ils continuent d'embarrasser et peut-être de coûter au parti des suffrages vitaux. On dit également qu'ils auraient été derrière une recrudescence de vols à mains armées et de violence politique qui sont restés impunis.

Lors d'un rassemblement impromptu par des journalistes du Malawi à Blantyre, le week-end passé, pour réexaminer l'état de la liberté de la presse dans le pays, ils se sont résolus à demander audience au président Muluzi avant les élections de l'année prochaine.

"Les éditeurs étaient d'accord pour demander audience au président Bakili Muluzi au sujet du problème dans l'intérêt de préserver la liberté d'expression difficilement acquise au Malawi", a déclaré Innocent Chitosi, porte-parole de la section de Malawi de l'Institut des médias de l'Afrique australe (MISA).

Les commentateurs estiment maintenant qu'il n'y a aucune différence nette entre les ligues de la jeunesse de l'ancien Parti du congrès de Malawi (MCP) au pouvoir autrefois et les jeunes démocrates de l'UDF dont les activités et motivations sont en fait les mêmes : qui consistent à faire peur à la population. La bastonnade brutale d'un journaliste n'est pas une surprise du moment que le souvenir de leur parcours a souvent embarrassé le parti au pouvoir bien qu'il (parti au pouvoir) rejette avec persistance la responsabilité de parrainer la violence politique.

Le porte-parole du parti, Ken Lipenga, est souvent mis dans une situation embarrassante lors de l'explication. "Je n'ai aucun doute qu'il y ait certains dans le parti avec un agenda différent de celui de la majorité et du président, et il est fort possible qu'ils soient derrière la violence", selon Lipenga cité dans un journal local.

Même la présidence ne pouvait pas y remédier, mais a publié une déclaration indiquant : "Le président Muluzi a dit qu'il a personnellement donné des instructions pour que des journalistes soient autorisés à accéder à la salle de conférence pour couvrir la mini-convention parce qu'il n'y avait vraiment rien à cacher. Le président Muluzi a dit que comme le pays se préparait pour les élections générales de l'année prochaine, il assurerait la protection des journalistes car leur rôle dans l'éducation civique est vital", rapporte la déclaration.

Le parti UDF au pouvoir tenait, pour la première fois en plus d'une décennie, une mini-convention pour adopter sa charte controversée. Ce n'est peut-être pas surprenant que toutes les principales positions du parti au sein de l'UDF soient fixées comme opposées aux élections dans une démocratie.

La charte du parti cherche à faire du président Muluzi un président à vie après des tentatives de s'accrocher au pouvoir plus longtemps que le mandat prescrit comme que le président a misérablement échoué. La tentative du président Muluzi de continuer à diriger le Malawi à vie a rencontré une opposition bruyante.

La police y a pris part en malmenant l'opposition par l'interdiction des manifestations et, dans certains cas extrêmes, par des tirs ayant conduit à la mort de deux personnes dont un étudiant de l'université. Plus grave encore, une Commission des droits de l'Homme (HRC), nommée en toute indépendance, a rapporté que les températures politiques montaient en prélude aux élections de 2004, indiquant des doutes sur l'éventualité que le processus soit libre et transparent.