DAKAR, 9 juil (IPS) – Le séjour de cinq heures de Georges W. Bush au Sénégal a consacré une large place à la question libérienne, même si ses entretiens portaient officiellement sur la lutte contre le SIDA, le terrorisme et le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD).
Devant huit chefs d'Etat ouest-africains, membres de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (CEDEAO), réunis, mardi à Dakar, le président des Etats-Unis a réitéré son désir de chasser du pouvoir le président libérien, Charles Taylor. Selon une source proche de la rencontre, relayée par les médias sénégalais, les Etats-Unis, par la voix de leur président, se sont engagés à apporter à la CEDEAO leur assistance pour la mise en place d'une force d'intervention au Libéria, forte de 6.000 hommes et dont le budget serait estimé à 100 millions US de dollars pour les six premiers mois.
Au cours d'un entretien avec la presse, à la fin de la réunion, le président du Ghana, John Kufuor, également président en exercice de la CEDEAO, s'est déclaré "satisfait" des conclusions de cette rencontre informelle avec Bush.
"Les Etats-Unis ont décidé de soutenir la CEDEAO pour le rétablissement de la paix au Libéria. Ils vont nous apporter leur assistance pour la mise en place d'une force d'intervention. Les Etats-Unis vont participer aux efforts des pays de la CEDEAO pour rétablir la paix au Libéria", a déclaré Bush, selon Kufuor cité mercredi par les quotidiens sénégalais.
Des Etats tels que l'Afrique du Sud, le Maroc, ou l'Ethiopie, non membres de la CEDEAO, seraient même prêts à contribuer à cette force d'intervention au Libéria, un pays en proie à une nouvelle et longue guerre civile.
Outre le président sénégalais, Abdoualye Wade, les participants à la réunion avec Bush étaient les présidents Kufuor du Ghana, Mathieu Kérékou du Bénin, Ahmad Tejan Kabbah de Sierra Léone, Amadou Toumani Touré du Mali, Pedro Pires du Cap Vert, Mamadou Tandja du Niger et Yaya Jammeh de Gambie.
Entamé mardi, au Sénégal, le périple africain du président Bush a tout l'air d'une opération de pacification à travers les pays qui seront visités lors de cette tournée prévue pour s'achever le 12 juillet, à travers l'Afrique du Sud, le Botswana, l'Ouganda et le Nigeria. Le choix des pays africains, inscrits sur le calendrier de voyage de Bush, obéit en effet aux nouveaux objectifs de la politique africaine des Etats-Unis, visant à mieux marquer leur présence militaire dans la résolution des foyers de tension qui gangrènent le continent.
A travers cette foi proclamée pour l'instauration d'un monde de paix, de prospérité et de liberté, prônée par le président Bush, les Etats-Unis cherchent ainsi à nouer de solides liens de coopération avec ces "pays têtes de pont" de la nouvelle politique américaine à l'égard de l'Afrique. L'Afrique est devenue une donnée essentielle dans la lutte anti-terroriste engagée farouchement par les Etats-Unis. A ce propos, un quotidien privé sénégalais, relayant une information du journal américain le 'New York Times', a révélé, à la veille de l'arrivée de Bush à Dakar, que Washington voudrait ouvrir une base militaire au Sénégal. Cette décision serait motivée par la volonté des Etats-Unis d'établir d'autres bases militaires dans certains pays africains, dans le cadre de sa lutte contre le terrorisme.
Les nouveaux besoins sécuritaires des Etats-Unis, exprimés à leurs partenaires africains, même s'ils sont difficilement acceptables, sont entérinés avec empressement par la plupart des dirigeants approchés individuellement par l'administration américaine, séduits par les opportunités d'affaires qu'ils peuvent tirer de leur nouveau partenariat avec Washington. Mais, Les retombées financières et économiques que le Sénégal peut tirer du bref séjour du président américain, n'ont pas refroidi les ardeurs protestataires de plusieurs organisations de la société civile sénégalaise, outrées par la politique extérieure de Washington. Ainsi, le Conseil des organisations non-gouvernementales d'appui au développement (CONGAD) a dénoncé "l'unilatéralisme de l'administration Bush, dont les troupes occupent l'Irak". Le CONGAD s'est insurgé également contre la décision prise par le gouvernement sénégalais de soustraire ou d'exempter des citoyens américains des poursuites que la Cour pénale internationale (CPI) pourrait engager contre eux.
De même, les partisans du Comité d'initiative des intellectuels sénégalais (CIIS), un mouvement dirigé par le sociologue Malick Ndiaye, ont manifesté la veille de l'arrivée de Bush à Dakar pour protester contre l'occupation de l'Irak par la coalition américano-britannique.
Le CIIS a exigé également de Bush qu'il présente des "excuses pour la traite négrière", lors de la visite de la célèbre maison des esclaves sur l'île de Gorée, au large de Dakar. Des leaders politiques ont aussi mêlé leurs voix aux protestations des membres de la société civile. Ainsi, le Rassemblement des travailleurs africains du Sénégal (RTAS-S) a qualifié de "honte" le voyage de Bush au Sénégal. Le RTAS-S a également mis en garde le gouvernement de Wade contre la signature, au nom du peuple sénégalais, de tout accord qui "cautionnerait (une) terreur programmée de l'administration américaine et une impunité à ses terroristes".

