KIGALI, 2 juin (IPS) – Les dirigeants du Mouvement démocratique républicain (MDR), parti d'opposition au Rwanda, rejettent les accusations "d'extrémisme, de divisionnisme et d'exclusion", affirmant que leur parti est victime de manœuvres destinées à les écarter de la course au pouvoir.
"Nous ne sommes pas des extrémistes, nous n'avons jamais prôné la politique d'exclusion, et j'espère qu'on nous donnera l'occasion de faire éclater la vérité sur cette affaire", clame Célestin Kabanda, chef de fil des accusés et ex-secrétaire d'Etat rwandais à l'Economie. Le 16 mai, dix jours avant le référendum constitutionnel, le gouvernement rwandais a lancé le processus de dissolution du MDR, présenté comme le principal parti hutu et rival potentiel du Front patriotique rwandais (FPR), parti au pouvoir du président Paul Kagame, pour les prochaines élections présidentielles prévues cette année.
Cette dissolution fait suite à une recommandation du parlement rwandais, votée le 14 mai, après audition du rapport d'une commission parlementaire d'enquête, mise sur pied en décembre 2002, et qui établissait que les dissensions, observées depuis deux ans au sein du MDR, étaient de nature idéologique. Selon le rapport, ce parti était dominé par sa faction extrémiste, fidèle à l'idéologie de son ancêtre, le MDR 'Parmehutu' qui avait conduit, en 1959, la révolution hutu, chassant du pouvoir la monarchie tutsi de l'époque et instaurant un régime basé sur l'exclusion des tutsi. Cette idéologie aurait été à l'origine du génocide de 1994, affirme le rapport. Le MDR actuel, issu de l'avènement du multipartisme au Rwanda en 1991, est accusé notamment de raviver cette idéologie de l'exclusion et de constituer un "danger pour l'unité et la réconciliation" des Rwandais. Sa dissolution doit s'accompagner de poursuites judiciaires contre 50 personnalités citées dans le rapport, accusées de véhiculer "l'idéologie divisionniste".
Même les modérés du MDR approuvent la mesure de dissolution. A leur tête, le Premier ministre actuel, Bernard Makuza, qui a déclaré récemment à Kigali, la capitale rwandaise, qu'après la dissolution de son parti, la vie politique continuera pour les membres du MDR, soit au sein d'autres partis, soit comme indépendants, soit dans de nouvelles formations politiques dont la nouvelle constitution autorise la création.
Les membres du MDR, accusés d'extrémisme, ne sont pas d'accord avec la décision de dissolution de leur parti. Ils rejettent les accusations des autorités, dénonçant les manœuvres qui visent à écarter des concurrents redoutables pour le FPR au pouvoir. Ils reprochent au FPR d'user régulièrement de cet argument pour "faire le vide autour de lui et s'assurer une victoire facile aux prochaines présidentielles". Les membres du MDR rappellent le sort du Parti démocratique pour le renouveau (PDR Ubuyanja) de l'ancien président, Pasteur Bizimungu, en prison depuis une année, qui attend d'être jugé pour atteinte à la sûreté de l'Etat. Le PDR 'Ubuyanja' avait été immédiatement interdit dès sa création en mai 2001, accusé, lui aussi, de "véhiculer l'idéologie du divisionnisme". L'organisation non gouvernementale de défense des droits de l'Homme, 'Human Right Watch', basée aux Etats-Unis, a relevé ces allégations dans un rapport rendu public début-mai, et condamné ouvertement le pouvoir de Kigali.
Le gouvernement rwandais a réagi à ce rapport : Le MDR "est victime de sa crispation sur une idéologie" qui est de nature à replonger le Rwanda dans les drames qu'il a connus depuis 1959, et sa dissolution paraît la seule option au regard de l'échec des efforts menés depuis 1998 pour l'amener à réformer sa ligne politique, explique Christophe Bazivamo, vice-président du FPR et ministre porte-parole du gouvernement.
"Face à la force politico-militaire du FPR, le MDR ne peut espérer parvenir au pouvoir qu'en agitant la carte de la majorité ethnique", indique, pour sa part, le journaliste Ferdinand Murara, exprimant une opinion partagée par nombre d'observateurs rwandais. Comme Valerie Nyirigira, membre du Collectif des femmes, 'Profemme Twese Hamwe', qui ajoute : "Le FPR de son côté a horreur qu'on évoque l'ethnie, autant à cause du génocide qu'à cause de l'image qui lui colle à la peau, à tort ou à raison, d'être le parti de la minorité tutsi".
Entre-temps, la nouvelle constitution, adoptée à 93 pour cent au référendum du 26 mai, marque la fin de neuf années de transition politique – après le génocide – dont l'étape la plus attendue cette année est l'élection du président de la République. La "démocratie consensuelle" semble être la ligne directrice de cette constitution : Partage du pouvoir entre un président élu pour un mandat de sept ans renouvelable une seule fois, et un Premier ministre obligatoirement issu d'un autre parti que celui du président. La constitution proclame également le multipartisme, mais les partis agréés verront leurs activités limitées au niveau de la province, afin que les populations, sur les collines, soient à l'abri des querelles politiciennes..
Les partis devront aussi se regrouper au sein d'un forum pour se concerter sur les grandes questions touchant la vie nationale. Il est prévu, en outre, un parlement bicaméral, avec une Assemblée nationale de 80 députés élus pour cinq ans et un sénat de 36 membres élus pour huit ans.
La constitution consacre l'égalité de tous les citoyens dans un Etat de droit, ainsi que la promotion des groupes sociaux marginalisés, comme les membres de la troisième composante ethnique du Rwanda, les Twa – 25.000 personnes – et les handicapés. Une discrimination positive est reconnue en faveur des femmes auxquelles 30 pour cent des postes politiques et administratifs seront désormais réservés. Mais toutes les femmes ne l'approuvent pas. "Cette disposition constitutionnelle est de nature à conforter l'idée qu'il nous faudra toujours compter sur un traitement de faveur; qu'on nous laisse nous disputer ces postes avec les hommes", revendique Concilie Mukamwambali, professeur dans un collège de Kigali.

