LAGOS, 30 mai (IPS) – Le président Olusegun Obasanjo a prêté serment pour un second mandat au cours d'une cérémonie qui s'est déroulée à Abuja, la capitale du Nigeria, jeudi. Le président de la Cour suprême, Muhamed Lawal Uwais, qui a dirigé la cérémonie, avait également reçu le serment d'Obasanjo pour son premier mandat, le 29 mai 1999. Au moment où Obasanjo prêtait le serment d'allégeance, des chants de "Otise o, Baba ti se o, Oun to mba wa leru Baba ti se o" (Dieu a fait ce que nous pensions être impossible), emplissaient l'atmosphère. Dans son discours d'investiture, le président Obasanjo a remercié tous les amis du Nigeria, notamment les 15 dirigeants africains, dont le président Thabo Mbeki d'Afrique du Sud et Robert Mugabe du Zimbabwe d'avoir pris part à la cérémonie.
Il a également remercié le vice-Premier ministre de la Grande-Bretagne, John Prescott et les membres du Black Caucus du Congrès américain, de soutenir le Nigeria.
Des partis politiques de l'opposition, invoquant une fraude massive dans l'élection présidentielle d'avril, avaient menacé de perturber l'événement.
Leurs recours ont été rejetés par le gouvernement.
"Des sceptiques, basant leurs prédictions sur des antécédents électoraux, ont prédit le pire scénario possible pour nos élections. Mais grâce à Dieu, il s'est avéré qu'ils s'étaient trompés", a déclaré Obasanjo.
"Le processus d'apprentissage pour eux n'a pas été facile", a-t-il ajouté.
De fortes pluies semblent avoir empêché les manifestants de descendre dans les rues jeudi.
"Dieu a exaucé nos prières pour une transition pacifique et réussie d'un régime civil à un autre. Lorsque nous avons commencé les élections le 12 avril, il y a eu de fortes pluies qui avaient empêché la violence. Les élections du président et des gouverneurs le 19 avril ont également connu des fortes pluies, malgré cela, les électeurs sont sortis nombreux voter et il n'y a eu aucun trouble", a affirmé Janet Ajibade, une infirmière à la retraite.
Ajibade, qui a un peu plus de 70 ans, a indiqué à IPS : "Aujourd'hui encore, (l'ancien dirigeant militaire Muhammadu) Buhari a appelé à une protestation de masse contre l'investiture du président Obansajo pour un second mandat. Mais chose étrange, une pluie torrentielle est encore tombée. Il a plu ici toute la journée et cela a empêché tout chaos, principalement à Lagos où certaines personnes projetaient de mener une action de masse".
Le Nigeria, une nation politiquement instable, a eu deux transitions infructueuses pour passer à un régime civil en 47 ans, avec des militaires renversant un gouvernement élu dans les deux cas. Depuis que cette ancienne colonie britannique est devenue indépendante en 1960, le Nigeria a eu 12 chefs de gouvernement, dont trois seulement ont été élus.
Le général Buhari, candidat du 'All Nigerian People's Party' (ANPP) pour la présidentielle, qui dirigeait une coalition de 15 partis politiques, a appelé à des manifestations massives contre le 'People's Democratic Party' (PDP), au pouvoir, pour avoir soi-disant truqué les élections d'avril.
Dans son discours, Obasanjo, qui a largement ignoré l'opposition, a affirmé que les activités de son gouvernement, dans le secteur du pétrole et du gaz, ont éclipsé les 30 dernières années sous le régime militaire. "Des tentatives répétées pour attirer l'investissement étranger se sont multipliées auprès de ceux qui envisagent d'investir au Nigeria", a-t-il souligné.
Le dirigeant nigérian a dit que son administration se lancerait, dans les quatre prochaines années, dans un investissement vigoureux sur les routes, la fourniture énergétique, la santé, l'éducation et l'agriculture.
"Nous sommes déterminés à améliorer la fourniture énergétique et à amener la production à 10.000 mégawatts d'ici à la fin de notre mandat. Davantage de ressources seront investies dans les hôpitaux pour enrayer les maladies évitables et la mort et relever l'espérance de vie des citoyens. La production agricole continuera à s'accroître pour assurer la sécurité alimentaire", a indiqué Obansajo.
Il a déclaré que les quatre dernières années ont vu le Nigeria, avec une population de 120 millions d'habitants, être accepté par la communauté internationale.
"Depuis lors, ces partenaires nous ont accueillis de nouveau dans le concert des nations où notre honneur a été totalement restauré et nous sommes parfaitement respectés maintenant puisque nous nous acquittons de nos obligations, en accord avec notre politique étrangère. Nous remercions ces investisseurs étrangers qui nous ont suivis, avec un investissement substantiel, dans notre avenir et ont rehaussé notre image auprès des nombreux autres qui doivent encore venir", a-t-il dit.
"Alors que nous cultivons de nouvelles amitiés et chérissons les anciennes, il y a une limite dans laquelle nous dépendions du monde extérieur pour les efforts d'allègement de la dette au cours des les quatre dernières années, qui ont rapporté peu", a-t-il averti.
La dette extérieure du Nigeria est estimée à plus de 30 milliards de dollars US.
Mercredi, le président ghanéen, John Kuffor, a présenté une communication à Abuja sur la "Démocratie et la perspective de développement pacifique et d'intégration nationale au Nigeria".
Il a déclaré : "Beaucoup trop de jeunes et de personnes intelligentes d'Afrique ont quitté et continuent de quitter le continent, chassés par les conditions frustrantes dans leurs pays et l'attrait de stabilité et de prospérité des pays plus avancés. Il est clair que des appels, aussi nombreux soient-ils, ne renverseront pas la tendance jusqu'à ce que l'Afrique puisse garantir la paix, la sécurité et des opportunités à ses citoyens".

