COTONOU, 29 mai (IPS) – Les femmes occupent, depuis quelques années, une place importante dans les portefeuilles des institutions de micro-finance au Bénin ou "finance de proximité". Elles détiennent environ 80 pour cent de leurs opérations dans les grandes villes de ce pays d'Afrique de l'ouest.
Selon des statistiques officielles, les femmes constituent environ 46 pour cent des 802.000 bénéficiaires des prestations des quelque 1.190 "initiatives de micro-finance" recensées au Bénin en 2003. Environ 57 milliards de francs CFA (environ 100 millions de dollars US) de crédits ont été octroyés par la micro-finance et 31 milliards FCFA (environ 54,3 millions de dollars US) d'épargnes mobilisées cette année. Le montant des crédits octroyés varie entre 5.000 FCFA et 80 millions de FCFA (entre 8,8 et 140.350 dollars US). Toutes les catégories de femmes semblent y trouver leur compte : de la vendeuse de beignets au coin de la rue à la commerçante du marché international de Dantokpa, à Cotonou, la capitale économique du Bénin, sans oublier la tenancière de maquis ou de buvette. La micro-finance touche pratiquement tous les secteurs de l'activité économique, notamment le commerce, l'artisanat, l'agriculture et l'équipement.
Anne Djossou, 28 ans, vendeuse de riz préparé au bord d'une avenue de Cotonou et cliente des institutions de micro-finance, témoigne : "J'avais obtenu un crédit de 10.000 FCFA (environ 17,5 dollars US) il y a deux ans.
Mais aujourd'hui, grâce à Dieu, j'ai multiplié mon capital presque par dix". Flore Ahouansou, veuve de 42 ans et commerçante de divers produits manufacturés, se réjouit également de l'appui financier reçu : "Au décès de mon mari en 1999, j'avais un capital que je pouvais évaluer à 100.000 FCFA (environ 175 dollars US). Avec le concours de mon partenaire qui m'a octroyé au départ 50.000 FCFA (environ 88 dollars US), je parviens aujourd'hui à nourrir convenablement mes trois enfants". L'engouement des femmes pour ce type de crédit réside essentiellement dans la nature des services jugés plus adaptés à leur condition socio-économique défavorable. Qualifiée de "services d'épargne et de crédit de proximité", la micro-finance se distingue par sa souplesse, selon Mathieu Soglonou, directeur de l'Association des praticiens de la micro-finance du Bénin, dénommée Consortium Alafia. "La particularité des crédits octroyés par nos institutions réside à la fois dans leur montant, dans les conditions de leur remboursement et de leur suivi", explique Soglonou.
Devant les difficultés de leur clientèle à offrir des garanties classiques exigées par les banques traditionnelles, nombre d'institutions optent de plus en plus pour la "caution solidaire" qui oblige les demandeurs de crédits à se mettre en groupe en s'engageant collectivement et individuellement pour le remboursement.
Selon Soglonou, "Les femmes clientes de nos institutions sont plus solvables que les hommes". L'Association pour l'entraide des femmes (ASSEF), qui est une structure spécialisée dans les prestations en faveur des femmes, afficherait un taux de remboursement de 95 à 100 pour cent. En raison des nombreuses sollicitations dont la micro-finance est l'objet, nombre d'associations ou d'organisations non gouvernementales ont créé, en marge de leurs activités statutaires, un volet consacré à la finance de proximité. Mais, toutes ne respectent pas les règles en vigueur dans le secteur. Pour l'instant, il n'existe aucune étude sur l'impact des activités de ces institutions sur les couches démunies qu'elles prétendent servir. Mais, les acteurs du secteur sont unanimes à soutenir que le niveau de pauvreté au Bénin serait insoutenable si la micro-finance n'avait pas été créée ou si elle disparaissait un jour. "La micro-finance à elle seule ne peut réduire la pauvreté au Bénin.. Pour y parvenir, il faut un ensemble de facteurs, en l'occurrence un environnement qui s'y prête", souligne Soglonou. "Une condition qui n'est pas encore réunie. La pauvreté est un phénomène multidimensionnel", ajoute-t-il.
En dépit de son essor, la micro-finance au Bénin présente deux faiblesses essentielles. D'une part, elle est tributaire des subventions d'institutions internationales et l'on craint que le secteur ne s'effondre si cette source financière tarissait un jour, notamment dans l'hypothèse où les bailleurs de fonds changeraient de priorités. Plusieurs institutions internationales accordent des subventions à la micro-finance : le Catholic Relief Services (CRS), l'Organisation néerlandaise de développement (SNV), la Banque mondiale, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).
D'autre part, on accuse les praticiens du secteur de "s'enrichir sur le dos des pauvres en pratiquant des taux d'intérêts très élevés". Leurs taux d'intérêts varient entre 3 pour cent et 36,4 pour cent alors que le plafond exigé par la réglementation en vigueur est de 29,1pour cent. Selon des opérateurs du secteur, "cette situation est la conséquence des taux auxquels ces institutions achètent l'argent".
"Nous sommes victimes de la mondialisation. Les capitaux circulent de par le monde et ceux qui les détiennent ne les investissent que là où ils sont bien rémunérés", explique le directeur de Consortium Alafia. "Même avec les taux que nous pratiquons, nous ne sommes pas encore compétitifs", regrette Soglonou. Le Bénin est un pays pauvre de 6,752 millions d'habitants dont plus de la moitié vit sous le seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar par jour.

