DAKAR, 20 mai (IPS) – Les plantes médicinales, qui couvrent plus de 80 pour cent des besoins des populations du Sénégal en soins de santé, sont aujourd'hui menacées de disparition, selon des naturalistes.
Conscientes de ce danger, les écoles secondaires sénégalaises se mobilisent pour empêcher le désastre, en tablant sur le changement des comportements.
En milieu rural, la menace de disparition de certaines plantes, ou arbres, utilisés depuis la nuit des temps par les populations comme remèdes pour certaines maladies, est due à la sécheresse qui sévit toujours dans certaines zones du Sénégal, la détérioration de la qualité des sols et à l'exploitation abusive des plantes par l'homme, selon les naturalistes. "C'est le cas du baobab dont les villageois utilisent les fruits pour soigner la diarrhée, les feuilles pour agrémenter le couscous de mil, les branches pour nourrir le bétail et le bois pour se chauffer", indique Boubacar Cissé Fall, chargé de programme auprès de l'équipe Plantes médicinales de l'organisation non gouvernementale (ONG) Enda Tiers Monde.
En milieu urbain, c'est surtout le suremploi des plantes médicinales par les populations qui ne peuvent pas accéder aux médicaments très chers des pharmacies modernes. Parmi ces plantes, figurent l'acacia Italica utilisé comme laxatif et le fagara Xanthyloîdef, appelé communément fagara, prisé par les malades souffrant de drépanocytose.
S'ajoute à cela, selon Fall, l'effet nuisible des "récolteurs" – une nouvelle profession – qui vont en brousse pour récolter, sans mesure, les plantes médicinales pour ensuite les revendre aux herboristes.
Selon les chercheurs qui ont travaillé sur ce phénomène, la solution, à long terme, passerait par les écoles. "Il s'agit de créer, au sein des écoles, des jardins botaniques qui ont l'avantage de rassembler des espèces rares et en voie de disparition", estime Sidi Diallo, professeur des sciences de la vie et de la terre dans un établissement secondaire de Mbour, une ville côtière située à environ 90 kilomètres au sud de Dakar, la capitale sénégalaise. "Notre jardin rassemble une centaine d'espèces menacées", indique Diallo.
"Les élèves sont les principaux acteurs de ce projet : culture, gestion et protection des plantes du jardin".
Selon Badji Abba, directeur du collège de Mbour, "Notre objectif est d'ouvrir les yeux de la communauté sur la menace qui pèse sur les plantes médicinales, en passant par les enfants des écoles. Il est bon d'installer ce réflexe dès le jeune âge".
"Après avoir passé beaucoup de temps dans le jardin botanique de notre école, j'ai appris à mieux traiter les plantes et à avoir plus de respect pour la nature", confie Ndiaté Kane, 16 ans, élève dans le collège. Cette expérience entreprise, depuis environ quatre ans, par cet établissement, avec l'appui d'Enda Tiers Monde, l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), a fait tache d'huile dans d'autres écoles des différentes régions du Sénégal.
A Fatick, une localité située à 155 km au sud-est de Dakar, l'école Moustapha Beydi s'occupe notamment de la réhabilitation de quelques espèces d'arbres menacés de disparition, parmi lesquelles, le cade. "C'est une espèce très exigeante en eau et à cause des changements climatiques, nous avons constaté qu'elle disparaissait progressivement. Depuis quelque temps, nous avons commencé à réfléchir à un plan de sauvetage de cette espèce avec nos élèves", explique Abdou Karim Ndiaye, enseignant de cette école. Tout comme le baobab, le cade a des effets thérapeutiques puisque l'huile extraite de son bois est très utilisée en dermatologie. Cette espèce aide aussi à régénérer le sol et à maintenir un certain équilibre environnemental et humain. "Depuis que la disparition de cette espèce a pris de l'ampleur, les sols sont devenus pauvres et les rendements faibles.
Aujourd'hui, les campagnes sont désertes car tout le monde, les jeunes notamment, est parti en ville pour chercher du travail", révèle-t-il.
"On pousse les enfants à s'intéresser à l'environnement et à mieux s'impliquer dans sa protection à travers des cours théoriques et des chantiers sur le terrain pour qu'ils se familiarisent avec les espèces", explique Siment Tchou, un autre enseignant de l'école. "Nous avons créé, dans ce sens, une pépinière et nous collaborons avec le Centre de médecine traditionnelle de Fatick pour l'initiation des élèves à la culture des plantes médicinales", ajoute-t-il.
Dans le Delta du Saloum, situé à 120 km au sud de Dakar, les îles sont sérieusement menacées par l'avancée de la mer. "On perd chaque année 50 centimètres de terre", s'inquiète Rahim Ba, animateur auprès de l'ONG Jardins d'Afrique. "Les responsables sont le réchauffement planétaire et les populations qui s'attaquent aux cocotiers sans reboiser", dénonce-t-il. Les cocotiers sont si prisés par les hôtels qu'ils achètent la pièce à 30.000 francs CFA (environ 53 dollars US). Cet arbre, dont la noix est très utilisée par les populations locales dans le traitement de certaines maladies, dispose de quelque 5.000 racines qui peuvent fixer efficacement le sol.
Pour remédier à ce problème, cette ONG a créé un Centre de ressources pour l'environnement, qui travaille en étroite collaboration avec les écoles primaires du Saloum sur les problèmes liés à leur environnement. Ba dispense des cours sur la gestion des plantes et de l'environnement dans ces écoles. "Demain, les élèves seront les gérants de ces îles", souligne Ba venu à Mbour pour participer à la journée de Partage sur les plantes médicinales et la protection de l'environnement, qui a réuni récemment une quarantaine d'écoles provenant de différentes régions du Sénégal. "Impliquer les enfants dans le processus de la protection des plantes et de l'environnement dégradé, est un challenge important qui constitue un canal intéressant pour atteindre une cible adulte", affirme Fall.

