POLITIQUE-RD CONGO: La MONUC plaide non coupable dans la situation de l'Ituri

KINSHASA, 17 mai (IPS) – Les événements tragiques, qui secouent le district de l'Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), relancent le débat sur le véritable rôle de la Mission d'observation des Nations Unies au Congo (MONUC) dans la recherche d'une solution à la crise congolaise.

La reprise récente des hostilités, entre milices tribales hema et lendu, dans la ville de Bunia, capitale du district de l'Ituri, a nécessité un déploiement d'un contingent de troupes de l'ONU sur les lieux. Cependant, les affrontements n'ont pas cessé. Ils ont, au contraire, redoublé de violence avec, comme conséquence, la mort de centaines de personnes, civiles pour la plupart.

Ecœurés, les Congolais se demandent à quoi auront exactement servi les 700 casques bleus uruguayéens de l'ONU envoyés d'urgence à Bunia. Le président sud-africain, Thabo Mbeki, en sa qualité de président en exercice de l'Union africaine (UA), a même sommé la mission onusienne de clarifier sa position, sinon de quitter la RDC si elle ne sert à rien. Face à toutes ces critiques et à tous ces questionnements, Amos Namanga Ngongi, le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en RDC, a tenu à disculper la MONUC en éclairant l'opinion publique. "En se déployant ici au Congo, en 1999, la MONUC avait comme unique mandat d'accompagner le processus de paix selon les accords de Lusaka dont les partenaires étaient bien définis. Il fallait d'abord faire respecter le cessez-le-feu, assurer un désengagement des troupes sur la ligne de front, désarmer, démobiliser et rapatrier les groupes et veiller au retrait de toutes les troupes étrangères", a-t-il rappelé. "Le problème de l'Ituri sort de ce cadre et, à la limite, ne devrait pas concerner la MONUC s'il faut considérer le côté juridique", s'est défendu le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies, au cours d'une conférence de presse diffusée en direct à travers les radios et tout le Congo, le 14 mai. Pour le chef de la MONUC, la crise de l'Ituri, sans en minimiser la gravité, est une guerre dans une guerre strictement congolo-congolaise.

"Il est vrai qu'on n'a pas pu arrêter les combats à Bunia", reconnaît-il, "mais on ne peut pas nier que la MONUC a sauvé la vie à près de 15.000 personnes qui lui ont demandé protection".

Non seulement les combats avaient repris dans la ville de Bunia, mais encore ils se déroulaient autour du quartier général de la MONUC. Les journalistes ont voulu savoir, dans ce cas, ce que faisaient des troupes en armes de l'ONU dans une ville où des communautés ethniques s'entretuaient avec l'objectif de s'exterminer. Pour le général Moutanga Diallo, le chef d'état-major des troupes de l'ONU, les casques bleus gardent l'aéroport afin de le maintenir hors de la portée de l'une ou l'autre des milices en conflit, et d'assurer la sécurité des navettes humanitaires entre Kinshasa, la capitale de la RDC, et Bunia. "Nous accuser d'immobilisme", a-t-il déclaré, "c'est nous demander de prendre part aux combats. Contrez qui et à l'avantage de qui? Par contre, nous parlons aux différents chefs de guerre pour les dissuader d'envoyer les jeunes de leurs communautés s'entretuer. Cela, personne ne voit, personne ne le signale", ajoute Diallo.

Beaucoup de Congolais interrogés par IPS après la conférence de presse, disent comprendre alors la situation de la MONUC. Leur colère s'adresse maintenant au siège de l'ONU à New York : "Si la MONUC ne peut pas modifier son mandat, il ne reste plus qu'au secrétaire général de l'ONU à revoir ce mandat", estime Crispin Selemani, un fonctionnaire. Pour Eddy Isango, journaliste, "la population connaît mal la mission de la MONUC et dans tous les cas, même si elle la connaissait, elle ne l'accepterait pas. Je trouve que le Conseil de sécurité met trop de gants quand il s'agit d'envoyer des troupes au Congo. On l'a vu, fin 1994, à l'arrivée massive des réfugiées rwandais dans l'est de la RDC. L'ONU avait tellement tergiversé. On a dû recourir à une solution locale avec des soldats de la Division spéciale présidentielle de Mobutu, la fameuse DSP". Selon plusieurs responsables en RDC, une solution congolaise, qui s'ajouterait à la force internationale, n'est plus à exclure. Elle est même déjà envisagée, à en croire Olivier Kamitatu, secrétaire général du Mouvement de libération du Congo (MLC), le parti de Jean-Pierre Bemba : "Nous considérons qu'il ne faut pas laisser la tâche de sécuriser l'Ituri exclusivement à la force internationale. Il appartient au président Kabila de rassembler, autour de lui, les forces dont dispose la nation. Celles du gouvernement actuel, du RCD et du MLC, en attendant que l'état-major intégré soit mis en place". Kamitatu a salué la proposition française d'envoyer un contingent militaire dans l'Ituri pendant qu'à Kigali, les autorités rwandaises et à Goma, celles du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), la trouvent dangereuse. Le RCD et l'Union des patriotes congolais (UPC), qui sont tous deux des alliés du Rwanda en RDC, s'opposent à une intervention de troupes françaises dans l'Ituri. Ils déclarent n'avoir pas oublié que c'est une précédente intervention militaire française en 1994 au Rwanda, dénommée "Opération Turquoise", qui avait permis aux génocidaires rwandais présumés de s'enfuir vers le Congo.