POLITIQUE: De violents combats font rage dans la ville congolaise de Bunia

NAIROBI, 16 mai (IPS) – Des combats entre des milices ethniques dans la ville de Bunia, dans l'est du Congo, continuent au moment où les dirigeants du monde tentent de réunir une force internationale de maintien de paix pour éviter un éventuel génocide.

Des combattants lendu utilisent des mortiers, l'artillerie et des armes légères, a rapporté Associated Press, pour essayer de reconquérir la ville tombée lundi aux mains de l'Union des patriotes congolais (UPC) dirigée par les Hema.

Des centaines de milliers de civils ont fui, voulant à tout prix échapper aux tueries ethniques aveugles perpétrées par des milices tribales rivales, a indiqué une responsable de l'ONU à Bunia.

Près de 10.000 personnes ont trouvé refuge dans et autour de l'immeuble de l'ONU à Bunia, a dit la responsable. Même là, elles ne sont pas en sécurité. Une femme cherchant asile dans l'enceinte a été tuée par une balle perdue mardi, a-t-elle affirmé.

Le pape Jean Paul II et Carla del Ponte, le procureur du Tribunal pénal des Nations Unies, ont averti que l'est de la République démocratique du Congo (RDC) pourrait être au bord d'un génocide, comme on l'a vu au Rwanda voisin en 1994.

Le pape a dit qu'il était "profondément troublé" par le meurtre de deux prêtres et d'autres personnes qui s'étaient réfugiées dans une église catholique, dans la ville.

Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, tente actuellement de constituer une force multinationale pour mettre fin à l'effusion de sang.

Il y a actuellement 600 soldats de l'ONU, principalement des Uruguayens, à Bunia, connus sous le nom de la MONUC (Mission d'observation des Nations Unies au Congo). Mais ils sont totalement surpassés en nombre par quelque 25.000 miliciens. Et leur mandat les limite à faire un peu plus que la distribution des vivres.

La France a accepté d'envoyer près de 700 hommes au Congo, s'ils font partie d'une équipe internationale ayant le mandat d'utiliser la force.

Beaucoup plus de pays doivent offrir leur aide pour rendre la force efficace.

"Elle doit être une brigade, au moins 3.000 hommes. Elle pourrait être une combinaison de forces françaises plus d'autres forces, des forces de la MONUC ou des forces sud-africaines, ou quiconque désire aller", affirme Fabienne Hara, directrice Afrique au Groupe international de crise, un groupe de plaidoyer basé à Bruxelles.

"Il n'y a aucune alternative", a-t-elle souligné.

La dernière série de combats a éclaté la semaine dernière, lorsque des forces ougandaises, qui occupaient Bunia, s'étaient retirées.

Bunia avait servi de champ de bataille pour une guerre par personne interposée entre d'autres forces dans la région.

L'Ouganda et le Rwanda soutiennent des milices rivales et des groupes rebelles dans l'est du Congo depuis 1998, pour leurs propres visées politiques. Soumis à une énorme pression internationale, ils se sont maintenant retirés – laissant derrière eux le chaos.

Les Nations Unies ont fait l'objet de nombreuses critiques pour n'avoir pas empêché une crise largement prévisible.

"Pendant longtemps, la MONUC et les ONG ont en fait signalé les problèmes.

Depuis plus d'une année maintenant, l'information sur la détérioration de la situation dans la province de l'Ituri, a été portée à la connaissance du Conseil de sécurité. Plusieurs plans ont été étudiés, mais aucun acte n'a été pris", déplore Hara.

"Le Conseil de sécurité n'a pris aucun acte, même avec tous les avertissements qui étaient là", souligne-t-elle.

C'est un problème courant en Afrique, où des troupes de maintien de paix sont nécessaires, d'urgence, pour soutenir les accords de paix fragiles, mais où des promesses d'envoi des forces de l'ONU ne sont pas honorées.

Il y a une crise similaire au Burundi voisin, qui attend depuis des mois l'arrivée des troupes onusiennes pour soutenir son processus de paix fragile.

A Bunia, les Nations Unies demandent instamment à l'Ouganda d'user de son influence pour calmer la situation.

Le conflit entre les Hema et les Lendu est en grande partie lié à la distribution des ressources et de la terre entre les deux communautés. Mais il a été alimenté par des puissances régionales qui ont amené des armes dans la province, pour en faire maintenant un conflit beaucoup plus intense, plus sanglant et plus prolongé.

D'autres croient que l'Ouganda et le Rwanda doivent faire l'objet de plus grandes pressions pour forcer leurs alliés congolais à arrêter les combats.

"J'aimerais voir exercer de sérieuses pressions sur le Rwanda et l'Ouganda. Ils doivent être tenus pour responsables. Le désordre dans l'est du Congo est largement leur faute, en grande partie leur responsabilité", affirme Hara.

"L'UPC qui vient juste de prendre le contrôle de Bunia est soutenue par les Rwandais. Elle affirme qu'ils ne sont pas là, mais ils sont là.

L'Ouganda vient juste de quitter, mais il a laissé beaucoup d'alliés et de délégués ainsi que beaucoup d'armes derrière lui", fait-elle remarquer.

Selon elle, des sanctions devraient être introduites si le Rwanda et l'Ouganda n'apportent pas leur soutien au processus de paix.

Le président congolais Joseph Kabila a rencontré ses homologues rwandais et ougandais en Tanzanie cette semaine. Un avion transportant des responsables de trois principales milices lendu et deux milices hema ainsi que le ministre congolais des Droits humains, s'est posé en Tanzanie mercredi pour rencontrer Kabila, a rapporté la 'British Broadcasting Corporation' (BBC).

Une attention doit être également accordée au soutien des efforts locaux de réconciliation.

Il y a un processus politique en cours à Bunia, la Commission de pacification de l'Ituri, qui a établi certaines institutions et nommé des autorités locales.

"Ce processus doit être continu et un minimum d'accord sur les règles d'engagement doit être arraché aux différentes parties", estime Hara.

Ces derniers mois, la RDC a fait des pas de géant en vue de mettre fin à sa guerre de quatre ans et demi.

Un gouvernement d'unité nationale de transition devrait être installé dans la capitale Kinshasa, au plus tard ce mois.

Mais les combats actuels mettent sérieusement en péril ce processus de paix.