ENVIRONNEMENT-BENIN: Les pluies polluent l'eau depuits consommée encore à Cotonou

COTONOU, 5 mai (IPS) – Avec les premières pluies tombées cette année à la mi-avril et suivies d'inondations, les autorités sanitaires du Bénin redoutent déjà la recrudescence de certaines maladies liées à l'eau à Cotonou, la capitale économique du pays.

Pendant les saisons des pluies, l'eau de puits, qui entre encore dans la consommation de nombre de ménages dans cette grande ville de près de 670.000 habitants, devient dangereuse au cours de cette période.

Une étude récente réalisée par le ministère béninois de l'Environnement, en collaboration avec la Coopération allemande GTZ, indique que la quasi-totalité des puits de Cotonou est polluée. Leurs eaux ‘'contiennent des vecteurs des entérites bactériennes, des maladies parasitaires et virales".

Selon l'étude, cette pollution est due d'abord à la faible profondeur de la nappe phréatique dans cette ville côtière et sablonneuse. Ensuite, les sols ont une composition qui réduit leur capacité d'auto-épuration. Selon les spécialistes, la nappe phréatique est particulièrement infectée par des ordures ménagères enfouies dans les sols et par les matières fécales déposées partout. Dans cette ville, un tiers de la population défèque encore dans la nature faute d'assainissement à grande échelle. Une autre enquête, réalisée en 1999 dans la ville par la Direction de l'hygiène et de l'assainissement de base (DHAB), en collaboration avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS), révèle que 14 pour cent des habitants vivant dans les quartiers pauvres, utilisent exclusivement l'eau de puits pour tous les usages domestiques. Ces habitants ne seraient pas desservis par l'unique entreprise d'Etat, la Société béninoise d'électricité et d'eau (SBEE). En 1998, l'Institut national des statistiques estimait à quelque 200.000 personnes, les habitants de Cotonou non desservis par le réseau de distribution d'eau potable de la SBEE.

Selon la DHAB, seulement 5 pour cent des populations de Cotonou utilise exclusivement de l'eau potable.

Cette eau intervient généralement aussi bien pour les besoins domestiques que pour la boisson et la cuisson des aliments. En effet, dans presque toutes les maisons des grandes villes béninoises, il existe un puits.

‘'Les populations agissent par ignorance et par souci d'économie", souligne Moussoulimi Gounou, directeur intérimaire des eaux à la SBEE. ‘'C'est surtout un problème de développement et de pauvreté". Selon des statistiques officielles, un Béninois sur trois vit en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar par jour.

Selon Gounou qui est également chef du département des études et du contrôle de la SBEE, la société couvrirait environ 56 pour cent des besoins en eau potable exprimés dans huit villes du pays. ‘'Dans nos villes, tout le monde a accès à l'eau potable. A défaut d'avoir un branchement personnel (de la SBEE), l'on peut toujours s'approvisionner auprès d'un voisin qui en vend", affirme-t-il. Ici, l'eau se vend en détail dans des bassines de 20 à 50 litres.

En 2000, les statistiques de la SBEE faisaient état de 87.050 abonnés contre 80.608 en 1999, soit un accroissement annuel de 8 pour cent. Cotonou détient la plus grande proportion avec environ 50 pour cent des abonnés et une moyenne de 15 personnes par robinet.

Cependant, la DHAB estime que ces données doivent être nuancées pour correspondre à la réalité car le transport de l'eau potable sur une certaine distance et son stockage créent des conditions de sa contamination. Selon un anthropologue qui a participé à plusieurs travaux sur l'eau au Bénin, seulement 30 à 32 pour cent des populations des villes du pays ont effectivement accès à l'eau potable.

Bernard Dossou Dossa, président de l'association béninoise de défense des consommateurs, ‘Que choisir Bénin', constate que l'eau potable continue d'être un luxe pour une frange non négligeable des populations du Bénin. ‘'Il y a d'une part, ceux qui sollicitent en vain le branchement au réseau de la SBEE et d'autre part, ceux qui n'en ont pas les moyens", indique-t-il. Dossa souligne que l'accès à l'eau potable doit être une priorité pour tout gouvernement au Bénin, affirmant que ‘'le gonflement des dépenses de santé est imputable à la consommation de l'eau souillée". Les responsables de la SBEE invoquent, pour justifier l'insuffisance de la couverture des villes par le réseau de la société, un retard dans le lotissement de certaines localités. ‘'Nous attendons d'abord l'ouverture des voies, car l'équipement affecté à ce genre d'opération coûte cher. Sans oublier le temps nécessaire pour étudier techniquement le dossier et rechercher, au besoin, le financement", précise Gounou.

Certains trouvent dans la décentralisation, en cours dans le pays depuis décembre 2002, une solution progressive au problème de l'eau potable. La loi sur la réforme territoriale prévoit de remettre, aux nouvelles communes et collectivités autonomes, la responsabilité de l'approvisionnement en eau potable et de l'assainissement. Pour d'autres, par contre, cette réforme doit être complètée par la privatisation de la SBEE, une ‘'mesure jugée désormais incontournable", selon eux, en raison des pressions des institutions de Bretton Woods pour les politiques d'austérité financière.

‘'Dans une telle hypothèse, il faudra mettre en place, dans la nouvelle société, une structure spéciale de régulation des prix où serait représentée la société civile afin d'éviter l'augmentation incontrôlée du prix de l'eau", recommande Dossa.

En attendant les résultats de la mise en oeuvre effective de ces différentes mesures, la DHAB développe, depuis quelques années, une technique de traitement des puits par ‘'pots diffuseurs". Destinée prioritairement aux localités défavorisées non desservies par le réseau de distribution d'eau potable, cette technique, qui n'est qu'un ‘'palliatif", n'est pas encore vulgarisée, faute de financement.