LAGOS, 6 mai (IPS) – Contrairement aux élections de l'Assemblée nationale et du Sénat ainsi qu'à celles des gouverneurs et du président tenues les 12 et 19 avril respectivement, le scrutin du samedi 3 mai, pour élire les représentants aux différents parlements des Etats, a été marqué par une faible participation des électeurs.
Des responsables de la Commission électorale nationale indépendante (INEC), qui supervise les élections, des agents de sécurité et le matériel électoral sont arrivés dans la plupart des bureaux de vote à sept heures du matin et c'est seulement une heure après l'heure prévue pour le démarrage des opérations de vote que les électeurs ont commencé par venir au compte-goutte.
Deux heures après le début du scrutin, 91 personnes seulement avaient voté dans l'un des bureaux de vote.
Selon un responsable de l'INEC, "à ce moment, au cours des deux dernières élections, plus de 200 électeurs avaient voté. Je pense que les gens ne sont pas intéressés par l'élection d'aujourd'hui". Dans un autre centre, seuls 79 électeurs avaient exercé leur droit de vote après deux heures de scrutin.
Malgré les fortes pluies pendant les deux dernières élections, les Nigérians étaient sortis en grand nombre pour voter. Mais avec un temps dégagé le samedi 3 mai, plusieurs électeurs potentiels sont restés chez eux, la plupart rivés à leurs postes téléviseurs, comme par surprise, la société distributrice d'électricité, la 'National Electric Power Authority' (NEPA), n'avait pas coupé le courant.
Les jeunes ont transformé les rues en terrain de football, installant leurs poteaux de but avec des pneus usagés. Les femmes n'étaient pas exclues des matchs de football organisés à la hâte dans les rues puisque IPS a constaté que quelques filles jouaient également au football, les pieds nus, sur les rues pavées.
Les véhicules étaient également hors des rues, à part les ambulances, les camionnettes de patrouille de la police et des véhicules appartenant aux responsables de l'INEC et aux journalistes. Tandis que quelques mobylettes, communément connus sous le nom de Okada, faisaient la navette avec certains agents de parti. Le gouvernement avait interdit l'utilisation de voiture de huit heures du matin à 18 heures pour les besoins de l'élection.
"Nous avions dû commencer par aller dans la maison des électeurs pour leur demander de sortir voter, contrairement à la dernière élection où ils étaient tous en rangs avant huit heures pour accomplir leur devoir électoral. Les gens semblaient ne pas être intéressés par cette élection qui, selon eux, n'est pas importante. Mais elle est aussi importante que l'élection du gouverneur national et des gouverneurs des Etats puisque les législateurs d'un Etat sont responsables du vote de lois qui touchent les populations au sein de l'Etat", affirme Ajibola Fajobi, un représentant de l'Alliance pour la démocratie (AD) dans l'un des centres.
Fajobi estime que la mobilisation, qui avait précédé les deux dernières Elections, était pratiquement absente dans les élections des Assemblées des Etats.
"Nos campagnes n'ont pas été aussi vigoureuses que celles d'avant les élections des membres du Sénat, de la Chambre des représentants ainsi que les élections des gouverneurs des Etats et du président".
Selon lui, l'AD s'est lancée dans un programme de porte à porte pour appeler les électeurs à voter parce que le parti voulait s'assurer qu'il allait également remporter la majorité au parlement d'Etat afin que le gouverneur réélu, Bola Tinubu, n'ait pas de problèmes pour travailler avec la branche législative.
Sur les six Etats contrôlés par l'AD dans le sud-ouest du Nigeria, seul l'Etat de Lagos n'a pas été pris par le parti au pouvoir, Peoples Democratic Party (PDP) dans les élections de l'Assemblée nationale ainsi que les élections du gouverneur et du président, tenues en avril. Toutefois, le combat entre le gouverneur sortant Tinubu et le candidat du PDP Funsho Williams était si serré que Williams parle de fraudes et envisage d'aller devant le tribunal chargé du contentieux électoral pour un recours. Tinubu a obtenu 911.613 voix contre 740.506 pour Williams.
Selon des analystes politiques à Lagos, sur cette base, il est devenu nécessaire pour l'AD de faire tout ce qu'elle pouvait, y compris le porte à porte pour demander aux électeurs de sortir voter avant la fin du scrutin à 15 heures, pour obtenir la majorité des sièges dans l'élection du 3 mai, afin d'éviter d'être mis en accusation devant le Congrès, au cas où le PDP jouirait d'une majorité de sièges.
L'AD avait allégué jeudi qu'il y avait un plan fomenté par les chefs du PDP dans l'Etat pour ajouter Lagos à la liste des Etats remportés par eux, pour compléter leur conquête dans la zone géopolitique du sud-ouest.
Plusieurs gouverneurs élus savourent actuellement leur succès avec prudence, étant donné que leur victoire ne peut être scellée que lorsque leurs partis obtiendront la majorité des voix dans les élections des Assemblées des Etats.
Les analystes sont préoccupés par la faible participation qu'ils ont qualifié de mauvaise pour la démocratie.
Lai Osho, politologue et professeur, met la faible affluence sur le manque de campagne et le fait que les directions des partis croient que depuis qu'ils ont gagné, ou qu'ils n'ont pas gagné, dans les précédentes élections, le mécanisme va probablement continuer cette fois-ci.
"Au cours de la semaine passée, il n'y a eu aucune campagne. Tout le monde au niveau du parti croit qu'une fois que les Nigérians sont sortis voter pour les partis et non pour des individus, la tendance allait continuer, et ils se relâchés. Les électeurs croient également que les législateurs n'ont rien fait pour eux pendant les quatre dernières années, pourquoi devons-nous sortir voter pour eux encore ou élire d'autres?", a affirmé Lai. Il a indiqué qu'en dehors de la faible mobilisation pour les élections de l'assemblée d'Etat, les Nigérians ont, au cours des quatre dernières annés, focalisé leur attention sur l'Assemblée nationale, le président et les gouverneurs. "C'est mauvais parce que tous les niveaux sont importants, les députés sont beaucoup plus importants que les gouverneurs parce qu'ils votent les lois qui affectent les citoyens".
Remi Bukola, une ménagère, a attribué la faible participation au grand nombre de partis politiques.
"Les gens ne sortent pas pour voter parce qu'il y a tellement de partis et nous ne les connaissons pas.
Nous ne connaissons pas aussi les candidats qui nous sont présentés. Pourquoi perdons-nous alors notre temps en allant voter pour quelqu'un que nous ne connaissons pas?", a-t-elle demandé à IPS.
Mais certains analystes croient que le changement dans le mécanisme de scrutin dans lequel les élections commencent avec les postes les plus bas pour aller progressivement vers le plus important, qui est l'élection présidentielle, a déteint un peu sur la faible participation dans les bureaux de vote, samedi dernier.
"Si nous avons commencé avec les élections du gouvernement local et que nous sommes passés aux assemblées d'Etat, aux fonctions de gouverneur, à l'Assemblée nationale et à l'élection présidentielle, comme c'était le cas auparavant, les gens auraient été intéressés jusqu'au dernier jour", a indiqué un analyste.
Il a demandé : "Pensez-vous que si aujourd'hui devait être l'élection présidentielle, les gens n'allaient pas sortir?" Non, ils seraient sortis, quel que sois le temps qu'il fait en raison de l'importance, mais ils croient que les élections ont été perdues ou gagnées, le vote dans les élections du parlement d'Etat ne changera rien".
Selon lui, le changement dans le mécanisme électoral, qui a commencé avec la présidentielle pour descendre au gouvernement local, était un arrangement délibéré de l'Assemblée nationale sortante, conduite par le PDP, pour s'assurer que le parti au pouvoir remporte les élections d'importance d'abord, et que d'autres élections suivent le même mécanisme.
IPS a constaté que le scrutin avait pris fin dans la plupart des bureaux visités à Lagos avant midi, certains trois heures avant l'heure officielle de clôture du vote, tandis que des agents électoraux, des agents de sécurité et des représentants des partis étaient assis oisifs, attentant le décompte des voix.

