LOME, 13 fév (IPS) – La capitale du Togo, Lomé, fait face depuis quelques années à une grande insalubrité qui a poussé des jeunes à faire du porte à porte pour ramasser les ordures ménagères moyennant une rémunération..
"Nous travaillons pour rendre l'environnement propre et gagner, par la même occasion, de quoi manger", affirme Ben Akakpo, un ramasseur d'ordures ménagères, âgé d'une vingtaine d'années comme la plupart de ses camarades. Akakpo et les autres ramasseurs déclarent vouloir sauver ainsi de l'insalubrité la ville de Lomé dont les 900.000 habitants déversent chaque jour, dans la rue, environ 800 tonnes d'ordures ménagères. Ces immondices jonchent les abords des maisons d'habitation et les différentes rues.
La mairie de Lomé, dont les responsables refusent de se prononcer sur la question, semble être incapable de gérer ou de financer le ramassage des ordures. Une situation aggravée par la disparition, pour des raisons financières, de la société privée agréée par l'Etat, qui ramassait les ordures. "Lomé, qualifiée autrefois de belle ville, est devenue Lomé la poubelle", ironise Akakpo qui sillonne les quartiers de la capitale en compagnie de ses collègues pour ramasser les ordures. Ces jeunes sans emploi, regroupés en association ou au sein d'organisations non gouvernementales (ONG), travaillent avec des outils très rudimentaires, notamment des charrettes, des pelles, des coupe-coupe, des brouettes, des balais, etc.
Malgré les moyens de travail limités, les ramasseurs d'ordures essaient de répondre aux attentes des populations. "Ils font du bon boulot", affirme Afi Mensah, revendeuse à Lomé, impressionnée par le travail des ramasseurs.
Elle s'interroge par ailleurs sur ce que ces jeunes gagnent en faisant ce travail. Thibault Adjibodin, un journaliste qui a recours à leur service, se pose la même question : "Ils sont très braves, mais on sent qu'ils ne sont pas à l'aise et je me demande alors s'ils sont bien rémunérés".
Mais Les ramasseurs d'ordures ne se plaignent pas de leur traitement salarial.
"Je vis bien pour l'instant avec ce qu'on me paie", déclare Akakpo. Un autre ramasseur, Kodjo Zonvidé, est encore plus content, indiquant que ce travail lui a permis de sortir de ses difficultés habituelles.
La rémunération varie selon les associations ou ONG. La grille salariale de l'ONG "Service Afrique propre" varie entre 13.000 et 20.000 francs CFA (environ 21,6 à 33,3 dollars US). Elle oscille entre 15.000 et 25.000 FCFA (environ 25 à 41,6 dollars US) pour les agents de propreté de l'Association des jeunes pour l'entretien et la protection de l'environnement (AJEPE), impliquée aussi dans le ramassage des ordures.
"En plus de leur salaire, je leur ai loué une chambre", indique Kodjo Agboka, responsable de l'ONG Service Afrique propre.
Selon les responsables des ONG ou associations de ramassage d'ordures, il y a beaucoup d'entraves au succès de cette initiative. "Nous avons plein de difficultés", souligne Agboka. "On a des problèmes de charrette pour le ramassage, je n'ai qu'une seule charrette depuis deux ans. Il faut ajouter à cela le non-respect des engagements pris par les foyers", se plaint-il.
Les ramasseurs passent de maison en maison pour la pré-collecte des ordures moyennant une redevance de la part des habitants qui souscrivent auparavant un abonnement mensuel variant entre 500 et 1.000 FCFA (environ 83 cents à 1,6 dollar US) à payer à l'ONG ou à l'association. Les ordures de la pré-collecte sont ensuite déposées dans une décharge plus grande loin du centre-ville. "Nous passons devant chaque maison deux fois par semaine", indique Mawuto Gnawui qui travaille au sein de la Jeunesse dynamique du quartier (JDQ), une association spécialisée dans le ramassage des ordures. Les difficultés empêchent souvent les associations de répondre à tous les besoins et droits des ramasseurs d'ordures, notamment sur le plan sanitaire.
"Normalement, les ramasseurs ont droit à des tenues, des chaussures, des casquettes, des gants, des cache-nez, des médicaments et devraient être préalablement vaccinés, mais on n'arrive pas à couvrir tout cela à cause du manque de moyens", regrette Agboka.
IL existe actuellement dans la capitale plusieurs regroupements de jeunes qui s'adonnent à la pré-collecte des ordures. "A Lomé aujourd'hui, nous comptons plus d'une centaine d'associations qui font la pré-collecte", confirme Bélamissa Atikpo de l'AJEPE. Mais il regrette le manque de respect de la part de certains habitants de Lomé vis-à-vis des ramasseurs d'ordures. "Pourtant, ce ne sont pas des va-nu-pieds qui sont dans pré-collecte", explique Atikpo de l'AJEPE. "Dans notre équipe, nous avons cinq personnes qui ont la maîtrise dont trois en économie, deux en gestion; moi-même, j'ai fait les sciences physiques et la chimie et il y a d'autres personnes qui ont un niveau d'étude assez élevé", ajoute Atikpo qui espère le soutien de l'Etat togolais et des institutions internationales à leurs activités. Le Togo est un pays pauvre d'Afrique de l'ouest, peuplé d'environ 5 millions d'habitants dont plus de la moitié vit en dessous du seuil de pauvreté.

