JOHANNESBURG, 31 jan (IPS) – Un autre scandale de corruption, impliquant des donations de sociétés aux partis politiques en Afrique du Sud, a conduit aux appels renouvelés pour la réglementation du financement privé des partis.
Le Nouveau parti national (NNP), qui est dans un gouvernement de coalition avec le parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC), a suspendu le vice-ministre sud-africain du Développement social, David Malatsi, du parti, le 24 janvier.
Ils ont également lancé un appel au président sud-africain, Thabo Mbeki, pour qu'il le démette de son poste ministériel.
En un mot, Malatsi est accusé d'avoir approuvé la construction d'un terrain de golfe de plusieurs millions de rands dans une zone sensible sur le plan environnemental, en échange d'un don de 300.000 R (33.334 de dollars US) au NNP de la part de l'entreprise en expansion.
Au moment de l'accord, en avril 2002, Malatsi était membre du Comité exécutif dans la province du Cap occidental, en charge de l'environnement et de la planification.
L'affaire a été déférée au bureau du procureur de la République, qui envisage d'étendre son enquête pour voir si le leader du NNP et le Premier ministre de la province sud-africaine du Cap occidental, Marthinus van Schalkwyk, étaient au courant de la donation. Van Schalkwyk a dit qu'il ne ferait pas de commentaires sur la question puisqu'une enquête est en cours.
Malatsi a défié l'appel de son parti lui demandant de quitter son poste et a nié avoir commis un quelconque méfait. Il soutient que les allégations sont "sans fondement".
La nomination et la révocation des ministres du cabinet national relève de la seule prérogative du président sud-africain. Mbeki devrait rencontrer Malatsi dès que possible pour entendre sa version des faits et prendra alors une décision, a déclaré un porte-parole du président.
Ceci n'est que le dernier d'une série de scandales, impliquant des dons provenant de sociétés et d'individus qui ont empoisonné la vie des partis politiques sud-africains, l'année dernière.
L'année dernière, l'opposition officielle, l'Alliance démocratique, devait faire face aux allégations selon lesquelles elle avait reçu des dons d'un fugitif allemand, Jurgen Harksen, en échange d'un soutien de certains de leurs responsables à ses efforts pour éviter qu'il soit extradé d'Afrique du Sud.
Harksen, qui était recherché pour fraudes en Allemagne, a été finalement extradé pour répondre aux accusations dans son pays natal après une bataille juridique de plusieurs années.
Et, le vice-président sud-africain, Jacob Zuma, a été récemment attaqué dans des articles de la presse locale alléguant qu'il faisait l'objet d'une enquête pour avoir tenté d'obtenir un pot-de-vin d'une firme vendant des armes à l'Afrique du Sud. Zuma a réfuté ses accusations.
Selon l'Institut pour la démocratie en Afrique du Sud (IDASA), le dernier scandale souligne la nécessité d'une régulation du financement privé aux partis politiques, dans le pays. L'analyste de la gouvernance à l'IDASA, Judith February, affirme : "Le secret encourage ce genre de comportement corrompu. Les dons privés aux partis politiques doivent être réglementés. La divulgation complète doit devenir la norme. La transparence protègera le processus politique d'une contamination supplémentaire".
Selon elle, même si l'Afrique du Sud a une série de lois anti-corruption impressionnantes — dont le projet de loi sur la prévention de la corruption qui sera bientôt votée par le parlement — il n'y a aucune loi pour réglementer le financement privé des partis politiques. Cela rend non seulement les partis politiques et leurs bureaux vulnérables à la corruption, mais plus important encore, il permet aux riches dans la société d'exercer une influence excessive sur le processus politique, souligne February.
La tendance mondiale a été de réglementer le financement privé aux partis politiques à travers une législation et cela peut aider à éviter à un autre parti politique de devenir encore la proie de la réception de dons secrets, affirme-t-elle. Les partis politiques sud-africains se sont montrés peu disposés à aborder la question de financement privé des formations politiques. Les principaux partis ont refusé de prendre les devants, affirmant qu'ils n'ouvriront leurs livres de compte qu'une fois que d'autres partis auraient fait de même.
Traditionnellement, les sociétés sud-africaines ont été également peu disposées à révéler les noms des partis qu'elles ont financés, même si quelques entreprises ont été forcées de révéler les donations qu'elles ont faites, après une demande faite par des organisations non gouvernementales de fournir des détails conformément à la Loi sud-africaine d'accès à l'information.
Le gouvernement sud-africain apporte également certains financements à des partis politiques, sur la base du niveau de leur soutien au sein de la population.
Toutefois, les sources de la plus grande partie du financement pour la plupart des partis politiques sud-africains ne sont toujours pas dévoilées, jusqu'ici.

