POLITIQUE-LIBERIA: Taylor cherche une réélection, malgré une oppositioncroissante

MONROVIA, 30 jan (IPS) – Défiant l'opposition croissante à son leadership, le président du Libéria, Charles Taylor, qui est frappé de restrictions de voyage par les Nations Unies et les Etats-Unis, cherche un second mandat de quatre ans cette année. Pour gagner cette élection, Taylor a juré de faire valoir la clause de résidence de la constitution libérienne, disqualifiant les candidats qui n'ont pas résidé dans ce pays déchiré par la guerre pendant 10 ans.

Tous les candidats sérieux ont fui le pays lorsque Taylor a pris le pouvoir en 1997.

Le Libéria, fondé par un groupe d'esclaves affranchis en 1847, organise les élections générales le 14 octobre.

Mais les politologues se demandent si la clause de résidence frappera quelqu'un étant donné qu'aucun candidat potentiel n'est resté hors du pays pendant 10 années consécutives.

"Pour empêcher n'importe qui de se présenter à l'élection, vous devez pouvoir montrer que M. X a quitté le Libéria de lui-même, qu'il n'a pas voulu revenir, qu'il avait une vie insouciante à l'étranger, et que tout d'un coup, il apprend que l'année de l'élection arrive. Alors, il revient très vite sur la scène pour dire qu'il veut conduire la nation alors que nous étions ici, souffrant et mangeant du manioc", affirme Marcus Jones, un professeur de droit. Des groupes de droits civils et des diplomates occidentaux ont qualifié l'exercice électoral d'inadéquat.

L'ambassade américaine à Monrovia estime que les conditions nécessaires pour une élection n'existent pas pour permettre des scrutins libres et équitables. Les Etats-Unis veulent que le gouvernement demande l'assistance de l'ONU. "Les Nations Unies ont une excellente capacité et une expérience pour jouer un rôle clé dans la prochaine élection générale", déclare John W. Blaney, l'ambassadeur américain au Libéria. Selon Blaney, "le gouvernement américain est préoccupé par la perspective d'imposer des limites strictes aux candidats désireux de se présenter à la présidentielle". Certains politiciens exilés, qui ont fui le pays en 1997, commencent par rentrer au bercail.

Un autre débat politique controversé est la population libérienne. Le pays n'a pas fait de recensement de sa population depuis 20 ans à cause de la guerre continue qui a déplacé des milliers de personnes et tué plus de 160.000 autres. Des villes et des villages ont été également détruits – dans l'une des guerres les plus sanglantes d'Afrique, qui a son origine dans une lutte pour le pouvoir et la richesse.

Le recensement d'avant-guerre de 1984 fixait le nombre de Libériens à 2,5 millions. L'absence de données récentes sur les mécanismes de répartition de la population du pays a amené des responsables du parti au pouvoir à dire que le Libéria compte maintenant 5 millions d'habitants. Ces chiffres non prouvés ont suscité des grimaces de désapprobation.

"Comment sommes-nous devenus cinq millions alors que nous faisions une guerre, que des centaines de milliers de personnes sont mortes et que nous nous combattons toujours, en nous entretuant et que beaucoup de gens ont quitté le pays?", demande Jones, qui est également le président de l'Ordre national des avocats du Libéria.

"Donc", insiste-il, "le recensement est une obligation si le Libéria veut avoir une élection crédible".

L'élection devrait trouver une solution à la querelle politique qui dure depuis longtemps, et qui poursuit le Libéria depuis des décennies. Cette querelle a entraîné une guerre, déclenchée par l'ancien seigneur de guerre Charles Taylor contre le régime du dictateur assassiné Samuel Doe. Les guérilleros de Taylor, formés par la Libye, ont envahi le Libéria depuis la Côte d'Ivoire voisine en décembre 1989.

La guerre avait au départ divisé le pays, avec Taylor qui dirigeait une administration au centre du Liberia par opposition à la création sous-régionale d'un gouvernement intérimaire dans la capitale Monrovia.

La division de facto du pays en différentes administrations, avec des zones économiques séparées et deux monnaies locales séparées ayant des taux de change variables, a aggravé un problème déjà difficile et complexe, avec des pénuries de devises étrangères et la fermeture de certaines banques.

Pour satisfaire tous les candidats potentiels, la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO), forte de 15 membres, qui a négocié la paix au Liberia, a conçu un système de représentation proportionnelle contraire à l'ancien code électoral introduit à l'indépendance en 1847, et qui amenait tout le pays sous un district électoral unique. Treize partis politiques s'étaient présentés à l'élection de 1997 qui était perçue comme la seule alternative pour mettre fin à la guerre. Le NPP de Taylor a remporté le scrutin avec une grande marge. Aujourd'hui, quatre ans après l'élection, la condition qui avait nécessité l'élection de 1997 persiste toujours. Un nouveau groupe rebelle combat le gouvernement dans le nord et l'insécurité augmente partout dans le pays, rendant impossibles le recensement et l'éducation civique dans cette vaste nation. La Commission électorale espère compter sur la crédibilité du processus d'inscription des électeurs sur les listes pour les élections d'octobre, affirme son président, Paul Guah. Guah a plaidé auprès de la communauté internationale pour qu'elle apporte des fonds pour l'élection. Sur un budget proposé de 11 millions de dollars US pour les élections, le gouvernement de Taylor, qui manque cruellement d'argent, a donné 8,3 millions de dollars US. Les programmes de développement du pays, toujours sans eau courante et sans électricité, sont à un point mort puisque l'aide internationale au gouvernement – également sous embargo d'armes et des sanctions économiques – est tirée par les cheveux à cause de ses performances en matière de droits de plus en plus médiocres.

Taylor et les responsables de son gouvernement sont frappés de restrictions de voyage par les Nations Unies et des Etats-Unis pour leur engagement présumé dans le trafic d'armes et la contrebande de diamant avec des rebelles en Sierra Léone voisine, alimentant la guerre dans ce pays.