ENERGIE-MALI: Une entreprise expérimente des fours solaires

BAMAKO, 3 fév (IPS) – Lancé en avril 2002 par une entreprise, le four solaire 'Guaklé' est en train de changer la vie de ses utilisateurs, et son concept innovant permet, outre la cuisine, de préserver l'environnement, selon son inventeur.

Le four solaire 'Guaklé' (fourneau-soleil en langue locale bambara), a été conçu par un Français Christophe Berrit, technologue et spécialiste en énergie renouvelable. Pour réaliser ce rêve, il a monté une entreprise de droit malien, dénommée 'Système B – SARL', avec un associé et gestionnaire malien, Ladji Dembélé, et un capital de 26 millions de francs CFA (environ 41.935 dollars US).

Selon Berrit, à la base de ce projet, se trouvait une philosophie qui consiste à "domestiquer la technologie pour améliorer les conditions de vie des populations africaines avec des objets de récupération et à un moindre coût".

Le four 'Guaklé' est de type classique; il est fabriqué à base d'objets de récupération, notamment des plaques d'aluminium récupérées dans les imprimeries.

Il est constitué d'un caisson en bois garni de coton, d'un réceptacle en aluminium, de quatre panneaux en aluminium aussi, de boulons, vis et charnières.

Le premier prototype de ce four solaire a été monté le 18 avril 2002. Il coûte 31.000 FCFA (environ 50 dollars US) au comptant et 35.000 FCFA (environ 56 dollars US) à crédit, payable en sept mois à raison de 5.000 FCFA (environ 8 dollars US) la mensualité. A la mi-janvier, plus d'une centaine de fours ont été confectionnés, et 32 sont vendus et fonctionnent à plein temps dans des foyers.

Le four 'Guaklé' contribue, selon ses promoteurs, à améliorer les conditions de vie et la santé des familles maliennes. "Contrairement aux fourneaux exhalant des fumées nocives dues au charbon de bois et à l'agent de pétrole, du plastique ou de tout ce qui est inflammable, le four 'Guaklé', n'a aucun impact sur la santé", soutient Berrit.

Pour les utilisateurs, notamment les femmes, l'usage du four solaire a amené des changements positifs au niveau de leur ménage. Pour Fatoumata Dembélé Kanouté, ménagère à Bamako, l'avantage de l'utilisation de ce four se situe à deux niveaux : "Sur le plan sanitaire, il n'y a pas d'émanation de gaz ni de brûlures; elle permet aussi un gain de temps pour qu'on puisse s'occuper à d'autres activités", affirme-t-elle.

Une autre utilisatrice, Theret Diarra, situe l'avantage de ce four au plan financier : "Avant le four Guaklé, je dépensais en moyenne par mois 6.000 FCFA (environ 9,7 dollars US) en charbon et 2.000 FCFA (environ 3 dollars US) en bois de chauffe… Aujourd'hui, ce n'est plus le cas".

Sur le plan nutritionnel, un autre utilisateur, Moussa Touré, commerçant à Bamako, apprécie bien les mets préparés à partir du four : "Ils ont une saveur inégalable parce que pendant tout le temps de la cuisson, rien ne brûle, mais tout se concentre plutôt". Le four solaire 'Guaklé' peut préparer toutes sortes de plats. Le temps de cuisson varie en moyenne entre une heure trente et trois heures.

Le Mali est un pays continental vaste, d'une superficie de 1.241.238 kilomètres carrés. Le désert couvre environ 40 pour cent du territoire national. La principale source d'énergie reste le bois et son dérivé, le charbon.

Selon une récente étude du ministère de l'Environnement, le bois et le charbon satisfont entre 93 et 97 pour cent des besoins en énergie des populations rurales et urbaines. La consommation du bois de chauffe est néanmoins la plus importante. Toujours selon la même étude, 79 pour cent du bois coupé sont destinés à la cuisine.

"Face à la déforestation, à l'avancée du désert, notamment dans la partie septentrionale, où le bois est quasi-inexistant et demande, pour en trouver, de longues heures de marche, mais aussi dans le reste du pays, où la demande augmente tous les ans, le four 'Guaklé' est une opportunité à saisir", a déclaré Nankouma Keita, ministre malien chargé de l'Environnement.

Tout en soutenant cette initiative, Keita a également appelé à une nouvelle citoyenneté environnementale : "Si nous voulons un développement durable, avoir une meilleure vie, il urge d'instaurer une citoyenneté environnementale", a-t-il ajouté.

Dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, les associations de femmes ont suggéré aux promoteurs du four solaire l'idée de sa vulgarisation. Mais tel n'est pas le cas, même si les initiateurs ont l'ambition de le commercialiser dans tout le pays, notamment dans le nord. Pour le moment, le four solaire n'est malheureusement commercialisé qu'au niveau du seul district de Bamako, la capitale malienne.

Le Mali fait partie des pays les plus pauvres en Afrique, avec une population estimée à 10,472 millions d'habitants, dont 69 pour cent vivent sous le seuil de pauvreté.