DEVELOPPEMENT-RD CONGO: La BAD financera les pêcheries des lacs Edouard etAlbert

KINSHASA, 31 jan (IPS) – L'Initiative du bassin du Nil (IBN), un organisme intergouvernemental regroupant tous les Etats riverains du fleuve Nil, a décidé de relancer les pêcheries des lacs Edouard et Albert, communs à l'Ouganda et à la République démocratique du Congo (RDC).

La relance se fera par l'intermédiaire d'un projet intégrateur qui sera financé par la Banque africaine de développement (BAD) à hauteur de 15 millions de dollars US. L'IBN, dont le siège se trouve à Entebbbe, en Ouganda, a initié le projet dans le cadre de son programme de développement en faveur des populations riveraines du bassin du Nil, appelé "Programme de vision commune". Une mission exploratoire de la BAD, conduite par Ken Johm, vient de séjourner à Kinshasa du 26 au 30 janvier pour rencontrer des officiels et opérateurs de pêche pour des contacts préliminaires. Cette mission visait à déterminer les termes de référence pour la phase préparatoire du projet. "Notre approche n'est plus celle des grands organismes de financement qui conçoivent et terminent toutes les études du projet dans des bureaux climatisés de Paris, New York ou Washington sans avoir mis les pieds sur les sites destinés à l'implantation des projets", a déclaré Johm, en recevant, à Kinshasa, les organisations non gouvernementales (ONG) opérant dans le secteur de la pêche sur les lacs Albert et Edouard. "Nous privilégions plutôt une approche plus participative avec les communautés de base que vous êtes", a-t-il dit. La délégation de la BAD n'est pas à sa première mission du genre en Ouganda et en RDC. En décembre, elle avait réuni, à Entebbe, les opérateurs de pêche ougandais. A la même occasion, elle avait effectué une visite de terrain sur les deux lacs, côté ougandais, et discuté avec les pêcheurs sur la manière d'améliorer leurs conditions de travail pour une plus grande productivité. Après l'Ouganda, elle était venue à Kinshasa, en compagnie d'opérateurs ougandais dans le but de rencontrer les autorités congolaises et se renseigner sur les conditions de sécurité autour des deux lacs, du côté de la RDC. "Nous sommes à présent édifiés qu'en dépit de la conjoncture politique délicate, les sites de pêches sont accessibles et nous pourrons, au cours d'une prochaine visite, descendre personnellement sur le terrain", a indiqué, pour sa part, Samba Bocary Tounkara, expert de la BAD en matière de pêche. Les experts de la BAD ont écouté certaines ONG leur décrire l'état des lieux des deux lacs, tous les deux se trouvant malheureusement en territoires sous contrôle de la rébellion congolaise. "Outre les problèmes quotidiens d'insécurité dus à la guerre, les pêcheurs se plaignent de l'obsolescence ou de l'absence des équipements de pêche", a déclaré Dieudonné Kakura, originaire de Bunia, une ville de l'Ituri (nord-est de la RDC), et expert en matière de pêche au Centre national des ONG de développement (CNONGD) à Kinshasa. "Les voies d'accès au lac Albert sont impraticables car non entretenues depuis près de six années de guerre continue. La pêche, qui était déjà au stade semi-industriel, est redevenue artisanale et la production, de subsistance, en l'absence de débouchés pour les produits de pêche", a-t-il expliqué. Kakura a également relevé l'anarchie qui règne sur les sites de pêche, en l'absence de toute législation sur la pêche et de tout contrôle. "Les pêcheurs ne respectent même plus les zones de frayères (lieux de ponte des poissons)", a-t-il regretté, ajoutant que cela "a un impact négatif sur la productivité et la qualité des poissons".

Le lac Albert, dans la province orientale, tout comme le lac Edouard dans le Nord-Kivu, ont toujours été les grands pourvoyeurs de poissons au Congo.

D'après les statistiques disponibles, la productivité a diminué de près de 40 pour cent depuis 1996, date de la première guerre, en RDC, qui a renversé le président Mobutu à Kinshasa, la capitale congolaise, et amené au pouvoir Laurent Désiré Kabila. Le lac Edouard, qui se situe en plein Parc national de Virunga, est soumis, en plus des nombreux consommateurs congolais, à une pression quotidienne de populations réfugiées du Rwanda depuis la guerre et le génocide rwandais de 1994. "Le lac Edouard avait déjà atteint son seul de surexploitation avant tous ces événements malheureux", a indiqué Amédée Kirarahumu, pour le compte des ONG opérant autour de ce lac. "De 16.000 tonnes, en 1986, la production est retombée à 13.000 tonnes en 1990 et à 8.000 tonnes en 1992. Or, en plus des deux provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, le lac Edouard nourrit également les populations du Rwanda, soit près de 6 millions de personnes", a-t-il ajouté.

Aujourd'hui, les deux provinces congolaises sont obligées d'importer du poisson de Mwanza, sur le lac Victoria. Jean Futa, ministre congolais de l'Economie, qui a reçu la délégation de la BAD, s'est félicité de l'intérêt que la banque africaine portait de nouveau à la RDC après dix ans d'absence de coopération. "Avec les relations qui s'améliorent entre l'Ouganda et la RDC, il y a de sérieuses chances que le projet se réalise. Le gouvernement congolais va s'y atteler, mais, à notre humble avis et à première vue, l'enveloppe prévue pour le projet n'est pas suffisante pour remettre les deux lacs à niveau. Il faudra peut-être penser à la réévaluer", a estimé Futa.