POLITIQUE-SOUDAN: Les pourparlers de paix reprennent au Kenya

NAIROBI, 27 jan (IPS) – Il a fallu des négociations habiles de la part des médiateurs pour ramener les deux parties à la table de négociations, mais les pourparlers de paix visant à mettre fin à 20 années de guerre civile au Soudan ont finalement redémarré mercredi dernier.

Les discussions entre le gouvernement du Soudan et les rebelles de l'Armée de libération des populations du sud Soudan (SPLA) étaient supposées commencer le mercredi précédent, mais le gouvernement a refusé d'y prendre part. Le gouvernement a dit que le programme – pour débattre des trois zones de litige – ne faisait pas partie du mandat des pourparlers.

Trois jours de discussions séparées, informelles sur les zones litigieuses ont été convenus à la hâte, avec les deux parties qui reviennent maintenant sur des sujets – de partage de pouvoir et des richesses — dont ils débattaient lorsque les pourparlers ont été interrompus en novembre.

Même si le problème a été temporairement mis en veilleuse, il ne va pas être écarté. La SPLA est déterminée à obtenir les trois zones – le sud du Nil Bleu, Abyei et les Monts Nuba – reconnus comme faisant partie du sud Soudan.

Selon les frontières tracées à l'indépendance en 1956, les trois zones font partie du nord.

"Nous pensons que les trois zones font partie intégrante de la SPLA. Tout accord de paix doit les inclure", affirme George Garang, l'un des porte-parole de la SPLA à Nairobi.

"Dès que nous aurons terminé avec le partage de pouvoir et des richesses, nous devrions discuter du problème de ces trois zones", insiste-t-il.

Pour sa part, le gouvernement est toujours décidé à exclure les trois zones des principaux accords de paix. Il minimise considérablement les discussions de trois jours qui s'étaient tenues finalement la semaine dernière.

"Un symposium n'est rien d'autre qu'une opportunité pour les deux parties d'explorer et d'écouter des experts venus de partout pour présenter leur expertise et la servir aux parties", affirme Mohamed Dirdeiry, un diplomate de haut rang à l'ambassade soudanaise à Nairobi.

"Il y a un accord déjà publié par les parties selon lequel les trois zones ne feront pas partie des discussions de l'IGAD", souligne-t-il.

Un forum a été mis en place pour débattre des zones disputées. "Nous sommes supposés discuter dès maintenant des modalités, du programme et des principes directeurs généraux pour ce forum", indique-t-il.

Même avec la mise à l'écart momentanée de la question controversée de la terre disputée, l'atmosphère des discussions a été quelque peu gâchée par des accusations d'hostilités mutuelles, en violation d'un accord de cessez-le-feu qui est supposé durer jusqu'en mars.

Selon la radio officielle de l'Etat soudanais, l'armée a repoussé une attaque rebelle dans l'Etat de l'Unité riche en pétrole.

La SPLA dément cela, soutenant que c'était le gouvernement qui était passé à l'offensive.

"Il semble toujours que, lorsque nous commençons à négocier avec le gouvernement du Soudan, ils attaquent toujours à la veille des négociations.

Nous ne sommes pas surpris qu'ils soient en train de faire la même chose encore", affirme Garang.

"Nous savons qu'ils ne sont pas intéressés par la paix. Nous savons qu'ils pensent que l'option militaire est préférable pour eux", allègue-t-il..

Le gouvernement a rejeté les allégations de Garang. Mais les deux parties croient fermement qu'ils ne vont pas laisser les combats se déroulant dans l'Etat de l'Unité affecter les pourparlers.

L'année dernière, le gouvernement s'est retiré des pourparlers en signe de protestation lorsque les rebelles se sont emparés de la principale ville de garnison de Kapoeta dans le sud. Mais Dirdeiry est sûr que cela n'arrivera pas cette fois-ci.

"Je pense que personne ne parle à l'heure actuelle d'une offensive totale similaire à celle de Kapoeta ou Torit (qui s'est produite au sud Soudan à la fin de l'année dernière)", dit-il.

"Ce qui arrive maintenant est une sorte d'escarmouches qui se déroulent dans l'ouest du Haut Nil. Je crois, au moins à ma connaissance, qu'elles ont commencé à se tasser au cours des deux ou trois derniers jours", estime Dirdeiry.

Un point positif à rappeler est que l'accord de cessez-le-feu a réduit considérablement le niveau des combats.

"Je pense que nous devons reconnaître que c'est la première fois, au cours des 20 dernières années, que nous avons mis en place un semblant de cessation d'hostilités.

"Parler des violations de cette cessation d'hostilités est en elle-même un phénomène sain parce qu'à l'heure actuelle, la guerre n'est pas générale au sud Soudan. C'est l'exception.

"Oui, il y a quelques violations. Nous avons déposé certaines plaintes contre la SPLA et je pense également qu'ils en ont fait de même. Mais il semble que la cessation des hostilités tient, dans tous les cas", ajoute Dirdeiry.

Les médiateurs, l'Autorité inter-gouvernementale régionale pour le développement (IGAD), ont également mis en place une chaîne de communication pour discuter des violations de cessez-le-feu présumées, qui s'est réunie plus tard mercredi.

Dirdeiry pense que ceci est très utile.

"Il y a un mécanisme pour être au moins informé des violations et essayer de faire ce que nous pouvons pour faire face à cette situation", dit-il.

Les discussions dureront pendant environ cinq semaines, avec une interruption pour le Hadj musulman le 5 février.