JOHANNESBURG, 28 jan (IPS) – Des pays africains se préparent à déployer des troupes au Burundi en vue de faire respecter un accord de paix entre des mouvements rebelles et le gouvernement -juste au cas où les efforts diplomatiques accrus pour mettre fin à la guerre civile échoueraient.
Les troupes de maintien de la paix pourraient se déployer dès la semaine prochaine, selon la médiation sud-africaine.
L'Afrique du Sud, le Mozambique et l'Ethiopie ont commencé par se rencontrer pour discuter du déploiement des forces de maintien de la paix au Burundi, où la mise en œuvre d'un accord négocié au plan international, est en train d'être retardée parce qu'au moins un des mouvements rebelles refuse de signer un pacte de paix avec le gouvernement de transition du Burundi. Conformément à l'accord de paix, signé l'année dernière, les mouvements rebelles et le gouvernement burundais d'alors ont formé un gouvernement de transition, qui dirigera le pays jusqu'au moment où des élections démocratiques pourront être organisées. Un seul des quatre principaux groupes armés rebelles, le Palipehutu-FNL, a refusé de signer le cessez-le-feu et a continué de lancer des attaques armées contre des installations militaires et autres du gouvernement de transition du Burundi. Le vice-président sud-africain, Jacob Zuma, qui est facilitateur dans les pourparlers de paix, rencontrait des représentants du gouvernement de transition du Burundi et des mouvements rebelles qui ont signé l'accord de paix, la semaine dernière. Selon des responsables sud-africains, les pourparlers visent : la finalisation des arrangements pour le retour des combattants et des chefs des rebelles au Burundi; la participation des anciens mouvements armés aux institutions étatiques et parlementaires de transition; le désarmement et la démobilisation des forces rebelles ainsi que la construction d'un nouvel appareil sécuritaire inclusif dans le pays.
Les discussions ont déjà produit certains succès, avec les responsables du mouvement rebelle Palipehutu-Forces pour la libération nationale (Palipehutu-FNL) et le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD) — qui étaient tous deux en exil — et ont annoncé qu'ils envisageaient de retourner au Burundi dans deux semaines. Les deux leaders — Jean Bosco Ndayikengurukiye du CNDD-FDD et Alain Mugabarabona du Palipehutu-FNL — affirment qu'ils ont bouclé des discussions sur les points de rassemblements pour leurs combattants au Burundi et que leurs équipes techniques finalisent actuellement le reste des détails pour mettre en œuvre de l'accord de cessez-le-feu.
Mais, le cessez-le-feu est en train d'être entravé par le refus du Palipehutu-FNL, qui est dirigé par Agathon Rwasa, de le signer et les attaques continues de son mouvement contre le gouvernement de transition du Burundi. Certains des mouvements rebelles partagent le même nom, mais ont des leaders différents. Comme on pouvait peut-être s'y attendre, le gouvernement de transition du Burundi affirme que ses forces ne peuvent pas toujours faire la différence entre les mouvements rebelles — ce qui a entraîné des affrontements continus entre ces forces armées qui ont officiellement signé le cessez-le-feu. Les mouvements rebelles ont rejeté l'excuse du gouvernement de transition pour ce qu'ils qualifient de violations injustifiées du cessez-le-feu. Malgré le cessez-le-feu, il y a eu des affrontements continus entre les mouvements rebelles et le gouvernement de transition, au Burundi.
Pour augmenter la pression sur les groupes armés hors du cessez-le-feu et prévenir des conflits inutiles entre le gouvernement burundais et les mouvements rebelles, des efforts sont en cours visant à déployer une force africaine de paix dans le pays.
Selon le ministre sud-africain de la Défense, Mosiuoa Lekota, la mission africaine aurait dû être une opération onusienne de maintien de paix. "Tout laisse croire et espérer que cela devra être une opération des Nations Unies, et que c'est de là que devra venir le financement", affirme-t-il. Il s'exprimait après une réunion avec des responsables d'Ethiopie et du Mozambique, en Afrique du Sud, mardi dernier.
La réunion s'est focalisée sur le mandat de la force africaine et sur quelques-uns des problèmes techniques et pratiques d'une mission de paix conjointe. Jakkie Cilliers de l'Institut sud-africain pour les études sécuritaires (ISS) a fait remarquer que la grande partie des troupes viendra probablement d'Ethiopie. L'Afrique du Sud a déjà 700 hommes au Burundi — qui protègent les membres du gouvernement de transition — et n'a plus assez de soldats à sa disposition pouvant être déployés pour une mission de maintien de paix, dans un bref délai.
Le Mozambique n'a pas, non plus, plus d'une compagnie de troupes qu'il peut déployer au Burundi. L'Ethiopie, d'autre part, a une grande armée qui a été récemment impliquée dans un conflit avec l'Erythrée — et est, par conséquent, prête à intervenir. Il y a des indices selon lesquels l'effectif de la force de paix pourrait s'élever à trois bataillons. La guerre civile du Burundi s'est intensifiée en 1993 après l'assassinat du président élu Melchior Ndadaye et a fait quelque 300.000 morts. Les causes du conflit sont multiples, mais incluent des tensions entre les différents groupes ethniques du pays.

