POLITIQUE-SIERRA LEONE: Le chef de la junte en fuite demande une protectionbritannique ou onusienne

FREETOWN, 24 jan (IPS) – Un membre de l'opposition du parlement sierra léonais, Johnny Paul Koroma, ancien chef du Conseil révolutionnaire des forces armées (AFRC), qui s'était emparé du pouvoir dans un coup d'Etat militaire en 1997, est recherché actuellement par la police après avoir échappé à une arrestation samedi dernier.

"Notre priorité maintenant est d'appréhender M. Koroma qui est le premier suspect dans des activités subversives découvertes pendant le week-end", a fait remarquer Fudie Daboh, chef du département criminel de la police, dans un entretien avec IPS, mardi.

Daboh, un commissaire de police formé en Grande-Bretagne, a déclaré que le législateur fugitif a abandonné sa résidence, située à l'ouest de Freetown, la capitale sierra léonaise, après une descente effectuée par la police qui travaillait sur une information selon laquelle des activités subversives s'y déroulaient, et impliquaient d'anciens combattants du défunt AFRC.

"Nous croyons que M. Koroma se cache quelque part en ville et nous lui conseillons vivement de se rendre et d'aider la police dans les enquêtes", a souligné Daboh.

Selon la police, deux fusils d'assaut et divers treillis militaires de combat ont été découverts dans la résidence de Koroma et 16 personnes ont, jusqu'ici, été arrêtées.

L'inspecteur adjoint de la police par intérim, le général Brima Acha Kamara, a indiqué lors d'un débat radiodiffusé dans la capitale, au cours du week-end, que parmi les personnes en détention préventive, il existe des ex-combattants dont les activités clandestines pourraient faire partie d'une "plus vaste conspiration pour déstabiliser la sécurité de l'Etat".

Tout ceci fait suite à une attaque contre une base militaire dans l'est de la ville il y a environ une semaine par des hommes armés inconnus. Au nombre des personnes arrêtées alors, figuraient deux militaires sierra léonais en service.

Au départ, la police avait lié l'attaque à "une tentative de vol", mais a changé d'hypothèse après qu'on a soupçonné des ex-combattants de fomenter des troubles à travers des activités clandestines.

Koroma, qui s'était présenté à l'élection présidentielle en mai 2002 contre l'actuel président Ahmad Tejan Kabba, l'avait perdue, mais avait recueilli suffisamment de voix pour entrer au parlement avec un deuxième siège qui est allé à un autre membre de son parti, le Parti pour la paix et la libération (PLP).

Cette tournure inattendue dans la situation sécuritaire a soulevé des craintes sur l'avenir du fragile processus de paix dans ce pays d'Afrique de l'ouest.

La Sierra Léone a connu une guerre civile brutale qui a duré dix ans, à partir de 1991. Des milliers de personnes ont été tuées, mutilées et soumises à toutes formes d'atrocités.

Une Cour spéciale soutenue par les Nations Unies est sur la voie "pour juger des individus qu'on croit porter la plus grande responsabilité dans des crimes de guerre", a souligné David Crane, le procureur américain de la cour.

Selon des spéculations très répandues, Koroma serait un candidat possible pour la cour, étant donné les atrocités abjectes que sa junte a déclenchées sur la population pendant neuf mois en 1999.

Koroma a nié avoir un quelconque lien avec le complot manqué pour déstabiliser l'Etat et a affirmé dans une interview à la 'British Broadcasting Corporation' (BBC) lundi : "Ils (le parti au pouvoir) veulent à tout prix m'éliminer parce qu'ils me considèrent comme une menace politique".

L'ancien chef de la junte a ajouté que le fait d'avoir raflé toutes les voix des forces de sécurité aurait pu irriter les politiciens.

L'homme de la rue réagit vivement aux événements en cours. "C'est quoi toutes ces bêtises?", demande Margaret Kamara, une ménagère de Freetown.

"Avons-nous réellement la paix? Je le demande parce que je vois cette évolution comme une menace au processus de paix".

Musa Kamara était même plus circonspect : "Les autorités devraient traiter toute cette affaire avec beaucoup plus de prudence. M. Johnny Paul Koroma, lui-aussi, doit sortir de sa cachette et aider la police dans ses enquêtes..

Nous sommes las de la guerre".

Un calme précaire plane clairement sur cette ville dévastée par la guerre, où des gens essaient de recoller les morceaux de leurs vies brisées. Des barrages routiers, qui avaient été enlevés depuis longtemps, ont refait surface dans certaines parties de la ville et des patrouilles de sécurité ainsi que des recherches se sont intensifiées.

Un responsable de la Mission des Nations Unies en Sierra Léone, connue sous le nom de MINUSIL, a dit à IPS mardi que la mission était disposée et préparée à recevoir Koroma s'il se livrait volontairement à ses hommes.

"Nous garantirons sa sécurité et nous nous assurerons qu'il est bien traité", a déclaré le responsable. Koroma a exclu l'idée de se livrer à la police ou à tout agent gouvernemental. Il insiste sur l'intervention de l'ancienne puissance coloniale du pays, la Grande-Bretagne, ou de la mission de l'ONU. "Ce sont eux que je crois être neutres", a déclaré Koroma. En attendant que Koroma soit appréhendé ou se constitue prisonnier, les Sierra Léonais vivront dans la crainte d'une possible reprise des hostilités.