ENVIRONNEMENT-CONGO: Une association donne l'alerte face au braconnage destortues de mer

BRAZZAVILLE, 21 jan. (IPS) – Les tortues de mer font l'objet d'un grand braconnage sur le littoral du Congo-Brazzaville et l'année 2002 a été si dramatique pour ces animaux marins qu'une association donne l'alerte.

Inquiète de l'ampleur prise par le fléau, l'Association congolaise de l'éducation pour l'environnement et la nature (ACEN), interpelle les pouvoirs publics sur la nécessité de prendre des textes juridiques pour insérer les tortues de mer dans la liste des espèces animales intégralement protégées au Congo.

"En dépit des atouts non moins importants que représentent les tortues marines, cette espèce est massacrée par les habitants du littoral pour des besoins alimentaires et économiques", déplore Alexis Mayet, président de l'ACEN qui est une organisation non gouvernementale (ONG).

Une étude réalisée par l'ACEN de décembre 2000 à février 2001 fait état d'un recensement de 63 nids de tortues de mer, effectué sur six kilomètres dans le parc de Conkouati qui est une réserve de faune. Mais tous ont été détruits, selon l'ONG. Selon l'ACEN, la présence de l'équipe de recherche a fait baisser le taux de prédation de 100 pour cent à 28 pour cent. Le braconnage de ces animaux marins se caractérise par la collecte des œufs et l'abattage des tortues. "Il s'agit d'un abattage massif où ces animaux sont massacrés pour leur chair. Les œufs récoltés sont destinés à la vente dans les marchés de Pointe-Noire, la capitale économique du Congo", affirme le conseiller à l'environnement au ministère des Mines et de l'Environnement, Germain Kombo, qui ne précise pas le nombre de tortues tuées chaque année. Depuis l'année 2000, l'Institut français de recherche pour le développement (IRD) exécute un projet de suivi de la nidification des tortues de mer sur le littoral congolais. Le projet couvre la saison des pontes la période de 2000 à 2002 et vise à fournir les éléments d'appréciation nécessaires pour la conservation et la gestion de ces espèces.

Le suivi de la nidification concerne essentiellement trois zones réputées comme des lieux de pontes. Il s'agit du nord et du sud de Pointe-Noire vers la frontière avec l'enclave angolaise de Cabinda et de la baie de cette ville.

Au sud de la capitale économique, l'équipe de chercheurs, conduite par Lucien Malouéki, biologiste océanographe, a observé de nombreuses traces de nids braconnés et des carapaces de tortues tuées sur les lieux de ponte.

"Dans cette partie du littoral, il est difficile de veiller à la protection de ces espèces. Il serait souhaitable d'envisager des séries de campagnes de sensibilisation auprès des habitants de la sous-préfecture de Tchiama Nzassi et des pêcheurs artisans", suggère Malouéki.

Sur les plages de Pointe-Noire, les tortues de mer sont débarquées par les pêcheurs artisans qui les capturent accidentellement dans leurs filets, vivantes ou mortes. Ces cas fortuits sont malheureusement fréquents au cours des périodes de ponte qui vont d'octobre à janvier.

"On a pu compter de septembre à décembre 2001, à la plage dite 'Base Agip' et sur 260 grandes pirogues motorisées, 40 tortues luths et 15 tortues olivâtres débarquées par des pêcheurs. Parmi ces tortues luths, il y en a six marquées au Gabon par Aventure sans frontières, une ONG spécialisée", ajoute Malouéki.

"Les tortues sont des animaux migrateurs qui ne reviennent pas là où elles ont été massacrées", explique Kombo qui révèle que la tortue luth est l'espèce la plus braconnée au Congo.

La vente des œufs de tortues de mer est une activité qui rapporte. Sur le marché, quatre œufs sont vendus à 1.000 francs CFA (environ 1,6 dollar US) le kilogramme. Les femelles pondent tous les deux ans uniquement sur les plages tropicales. Chaque femelle peut avoir un à treize nids de ponte par saison, avec dans chacun 30 à 130 œufs fertiles.

Dans le parc de Conkouati, trois camps d'observation ont été construits sur les plages, sur une distance de 29,5 km. Les observations permettent de constater 99 pour cent de montées de femelles. La transplantation des œufs, avec le suivi permanent de la période d'incubation, a donné de bons résultats à l'éclosion. D'autres camps seront mis en place lors de la saison de ponte de 2002-2003, ainsi qu'un réseau d'informations fiables sur plusieurs points de la côte, dans une zone comprise entre la rivière Noumbi à Conkouati et le village Mboyamongo à la frontière avec le Cabinda.

Le Congo-Brazzaville a ratifié deux conventions internationales sur la protection des espèces migratoires dont les tortues de mer. La première adoptée à Bonn, en Allemagne, doit faire l'objet d'une action concertée de tous les pays où passent ces tortues. Dans la deuxième convention, celle de Washington, relative au commerce international des espèces de faune et de flore menacées d'extinction, les tortues sont également prises en compte. De même, la chasse, l'abattage et le commerce de ces espèces sont interdits.

Ces bêtes aquatiques peuvent attirer des touristes au Congo, selon Mayet de l'ACEN, qui affirme que la tortue est une espèce médiatique à cause de sa rareté. Il souligne également que ces espèces peuvent favoriser le développement des localités environnantes. D'où la nécessité d'encourager les populations locales à protéger les tortues de mer, et de les orienter vers des activités agropastorales. Le biologiste océanographe annonce, à cet égard, qu'un partenariat avec les pêcheurs locaux, pour une approche participative à la conservation des tortues de mer, vient d'être lancé au sud de Pointe-Noire, à la frontière avec le Cabinda.