ENVIRONNEMENT: Le Gabon attend la contrepartie des partenaires du Nord pourla protection de la nature

LIBREVILLE, 26 déc. (IPS) – Le Gabon, qui a créé récemment 12 parcs nationaux représentant 26.800 km2, soit 10 pour cent de la superficie totale du pays, attend la contrepartie de ses partenaires du Nord pour appuyer son engagement en faveur de la protection de l'environnement.

C'est un vaste projet pour lequel le Gabon a mis à disposition les 12 parcs nationaux en attente d'investisseurs pour les mettre en valeur, et auquel le gouvernement américain a promis d'apporter un soutien financier de 53 millions de dollars.

"Nous sommes d'accord sur la protection de l'environnement, mais nous n'avons jusque-là rien obtenu en contrepartie", s'exclame le chef de l'Etat gabonais, Omar Bongo, qui a rappelé les engagements pris par la communauté internationale dès le premier sommet de la Terre de Rio de Janeiro, en 1992. La forêt gabonaise recouvre 85 pour cent du territoire national et le Gabon est situé au cœur du bassin du Congo, deuxième "poumon vert" de la planète après le bassin forestier de l'Amazonie. Un projet associé à un vaste partenariat pour la protection de la forêt du bassin du Congo, avait été lancé lors du Sommet de la terre à Johannesburg, en Afrique du Sud, en septembre, par le secrétaire d'Etat américain Colin Powell.

Cette initiative associe six pays d'Afrique centrale – Gabon, Congo, Cameroun, République démocratique du Congo (RDC), Guinée équatoriale et République centrafricaine (RCA) – dans lesquels se situe la majeure partie de cet immense patrimoine forestier de quelque 145 millions d'hectares.

"Les Etats-Unis ont promis d'apporter 53 millions de dollars sur quatre ans à un partenariat pour la protection du patrimoine forestier du bassin du Congo", souligne le professeur Juste Boussienguet, coordonnateur du Plan national d'action pour l'environnement (PNAE) et co-auteur d'un ouvrage sur le Gabon, intitulé "Les trois piliers de la durabilité", paru aux éditions L'Harmattan. En septembre, le secrétaire d'Etat américain avait participé, à Libreville, dans la capitale gabonaise, à des réunions avec des organisations non gouvernementales (ONG) nationales et internationales de défense de l'environnement, ainsi qu'avec des représentants des Etats-Unis et du Gabon. "Le Gabon possède une multitude de sites naturels peu exploités qu'il convient de conserver et l'écotourisme est une forme d'activité de développement durable qui répond aux exigences environnementales mondiales d'aujourd'hui", avait indiqué Powell. Le ministre gabonais de l'Économie forestière, des Eaux, de la Pêche, chargé de la Protection de l'Environnement, Emile Doumba, avait mis en avant les efforts déployés par le gouvernement "en faveur d'un engagement politique conciliant conservation et développement durable et qui met l'accent sur l'amélioration de la gestion des ressources forestières".

Doumba a fait état de l'existence, dans le pays, d'une batterie de mesures juridiques et législatives pour garantir le succès de cette politique qui passe, entre autres, par l'aménagement durable des forêts, l'industrialisation des produits, le reboisement, la participation des populations, des ONG et des opérateurs économiques à la gestion de ces forêts. A la question de savoir quel intérêt ces parcs nationaux peuvent représenter pour le pays, Doumba a répondu que "ces zones seront ouvertes aux touristes, ce qui en fera des sources d'investissements, des entrées importantes de devises et créera des emplois". Mais avant d'en arriver là, il faut susciter ces investissements et promouvoir aussi la nouvelle politique de l'écotourisme pour laquelle le pays et les ONG ont exprimé une demande. Une délégation du Congrès américain, conduite par Sonny Callaghan, a visité en septembre les principaux parcs nationaux du Gabon pour apporter une assistance technique aux autorités locales dans le développement d'un réseau de parcs nationaux. "Nous allons rassembler les moyens de promouvoir les sites touristiques gabonais qui sont fabuleux", avait déclaré Callaghan sur un site qu'il a visité dans le sud du pays.

A six mois du bouclage (juin 2003) de la première phase du Programme régional de gestion environnementale (PRGIE), les experts en environnement de la sous-région d'Afrique centrale ont tenu, à Libreville, le 9ème atelier sur l'information environnementale. C'était l'occasion de lancer officiellement le processus d'élaboration du rapport sur l'Avenir de l'environnement en Afrique (AEO), le 19 décembre.

Le 9ème atelier annuel du PRGIE s'est déroulé du 18 au 20 décembre et a réuni des experts du Congo, de la RDC, du Cameroun, de la RCA, de la Guinée Equatoriale et du Gabon.

Le président de l'ONG Aventures sans frontière (ASF), Guy-Philippe Sounguet, a déclaré que "le Gabon doit améliorer ses performances sociales par l'efficacité écologique et pour qu'un plan pour optimiser la mise en valeur des ressources naturelles transforme la protection de l'environnement en opportunité".

Abordant l'urbanisation du Gabon, Roland Pourtier, professeur à l'Université Paris 1, en France, rappelle que "le Gabon se trouve aussi confronté à un défi qui concerne la gestion au quotidien de l'environnement proche. De ce point de vue, le Gabon se distingue des autres pays africains par un taux d'urbanisation exceptionnellement élevé et la concentration de 40 pour cent de ses habitants dans la capitale…". Le Gabon est peuplé de 1,2 million d'habitants dont 70 pour cent vivent en zone urbaine et principalement à Libreville (environ 600.000 habitants). "Or l'urbanisation concentre tous les risques sur des espaces restreints.

Non maîtrisée, la déferlante de la croissance urbaine a entraîné l'occupation incontrôlée du sol : habitat dit 'spontané', construction dans les zones en principe non aedificandi (qui ne peut être bâti en latin) telles que les pentes fortes ou les fonds de vallons inondables…", explique Pourtier.

Dix ans après Rio, la protection de la forêt du bassin du Congo est lancée depuis le Sommet de Johannesburg par le secrétaire d'Etat américain Powell, le président congolais Denis Sassou Nguesso et le commissaire européen pour la coopération Poul Nielson. Pour Conrad Aveling, coordonnateur du programme régional de Conservation et d'utilisation rationnelle des écosystèmes forestiers en Afrique centrale (ECOFAC-Libreville), "la conservation de l'environnement et le développement sont complémentaires". Le projet ECOFAC est géré par l'Union européenne.

Loin du modèle traditionnel africain de développement souvent basé sur l'exploitation industrielle sauvage des richesses naturelles, et son lot de dégâts sur l'environnement, la nouvelle démarche du Gabon va dans le sens inverse : conserver son patrimoine naturel pour encourager le monde entier à venir le découvrir, affirment les autorités.