DEVELOPPEMENT-CONGO: Une nouvelle centrale à gaz comble le déficit enénergie électrique à Pointe-Noire

BRAZZAVILLE, 24 déc. (IPS) – Depuis plusieurs années, les coupures d'électricité intempestives, les délestages des quartiers entiers ou encore les baisses de tension font partie du vécu quotidien des habitants de Pointe-Noire, la capitale économique du Congo-Brazzaville.

Dans certains quartiers, il est devenu quasi-impossible de mettre en marche des appareils électroménagers, même avec l'utilisation d'un élévateur de tension. Selon le ministre congolais des Mines, de l'Energie et de l'Hydraulique, Phillipe Mvouo, c'est la "conséquence de la vétusté du réseau électrique urbain, du nombre très insuffisant de postes de transformation dans les quartiers et de la dépendance en énergie électrique à l'égard de la République démocratique du Congo (RDC) voisine".

Pour combler ce déficit en électricité, le Congo-Brazzaville vient de mettre en service, il y a quelques jours, sa première centrale électrique à gaz, située au terminal pétrolier de Ndjeno, à 13 kilomètres de la ville portuaire. Pointe-Noire consomme en moyenne par jour entre 35 et 40 mégawatts.

D'une capacité de 25 mégawatts, la centrale produira de l'électricité à partir du gaz issu de l'exploitation pétrolière du gisement de Kitina qui appartient à la compagnie Agip-Congo, filiale de la société italienne Ena.

Sa capacité augmentera en fonction de la disponibilité de gaz. Sans préciser les chiffres, certains experts estiment que les réserves de gaz à Kitina sont très faibles. Ce qui, dans l'immédiat, conduira les autorités congolaises à rechercher d'autres sources de gaz pour garantir le fonctionnement continu de la centrale, selon des sources officielles.

La centrale à gaz a été conjointement financée pour près de 30 millions de dollars US par Agip-Congo, le groupe américain Chevron-Texaco et la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC). C'est à la SNPC, qui représente les intérêts de l'Etat congolais, qu'a été confiée la gestion de la centrale. La centrale est reliée au réseau de la Société nationale d'électricité (SNE). La vétusté du réseau de distribution de la SNE risque de constituer un handicap à l'approvisionnement régulier de Pointe-Noire en énergie électrique, fait observer le président directeur général la SNPC, Jean Bruno Itoua. Or Pointe-Noire est le principal économique et industriel du Congo.

"Il nous faudra trouver obligatoirement des sources d'approvisionnement en gaz. Les réserves disponibles sont de 600 mégawatts", affirme Itoua. Grâce à cette centrale, le Congo va disposer de plus de 100 mégawatts contre 89 mégawatts installés depuis l'indépendance. La production maximale est estimée à 200 mégawatts.

Economiquement, cet ouvrage permettra aux entreprises installées dans la capitale économique de développer leurs affaires parce qu'une alimentation plus régulière en électricité est un facteur d'accroissement du rendement, souligne un technicien de la SNPC.

"Nous savons que tout sera fait, mais nous croyons que la mise en service de la centrale permettra de réduire les problèmes d'électricité à Pointe-Noire", se réjouit Jacqueline Potignon, responsable d'un hôtel de la place.

La centrale à gaz est le premier acte d'un processus qui conduira à un "boulevard énergétique" devant relier les régions sud et nord du Congo.

"Cette réalisation est un maillon du boulevard énergétique en construction.

Ce boulevard consistera en la construction de nouvelles centrales électriques aussi bien dans le sud que dans le nord du Congo pour relier l'ensemble des 342.000 km2 de superficie" du pays, selon le ministre de l'Energie. Un des projets ambitieux est le barrage hydroélectrique d'Imboulou sur la rivière Léfini, encore en étude. Une fois construit, ce barrage permettra d'approvisionner en électricité une grande partie des régions du nord et celles du centre du pays ainsi que la capitale, Brazzaville. Ce barrage devrait coûter près de 200 millions de dollars US.

Dans le cadre de cette interconnexion électrique, le gouvernement envisage la réhabilitation des installations du barrage de Moukoukoulou, dans la région de la Bouenza (sud-ouest du pays) qui avaient été endommagées pendant les guerres civiles de 1997-1998. L'électricité produite par ce barrage — d'une puissance de plus de 70 mégawatts — alimente Pointe-Noire et une grande partie des centres urbains du sud du Congo.

Sa défectuosité, provoquée par des destructions dont les miliciens cocoyes de l'ancien président Pascal Lissouba sont responsables, perturbe fortement la capitale économique. D'où des coupures intempestives aggravées par la vétusté du réseau de distribution électrique.

Les autorités ont déjà réhabilité partiellement la centrale hydroélectrique du Djoué dont la production est de 14 mégawatts, et qui approvisionne une partie de Brazzaville. Mais cette production s'est révélée insuffisante. Le Congo est alors obligé d'importer de l'électricité produite par le barrage hydroélectrique d'Inga, dans la province du Bas-Congo (sud-ouest de la RDC) afin de couvrir l'essentiel de ses besoins en énergie électrique..

Cette importation de l'électricité d'Inga coûte cher. Le Congo doit à la Société nationale d'électricité (SNEL) de la RDC près de 20 milliards de francs CFA (environ 30,769 millions de dollars US). Les arrangements trouvés entre les deux pays — fourniture par le Congo des pylônes d'eucalyptus à la RDC — n'ont pas suffi à réduire ce lourd endettement. Une telle dépendance ne peut garantir un développement national durable, même si elle s'inscrit dans le cadre d'une coopération et de l'intégration des pays de la Communauté économique des Etats d'Afrique centrale (CEEAC), estime un analyste anonyme à Brazzaville.