DROITS-RD CONGO: Le rapatriement forcé d'opposants rwandais sur Kigaliprovoque une mutinerie à Kamina

KINSHASA, 8 nov. (IPS) – Des éléments de troupe des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), cantonnés sur la base militaire de Kamina, province du Katanga, en République démocratique du Congo (RDC), ont attaqué un dépôt d'armes, tuant sept militaires congolais, au cours d'une mutinerie le 1er novembre.

L'information a été confirmée par Irung Awan, ministre délégué à la Défense nationale de la RDC, qui est toutefois resté muet sur le bilan des victimes dans le camp des mutins. Il a annoncé, par contre, la mort d'un colonel rwandais, Sylvain Ndanda, chef des opérations du FDLR. Ces militaires hutu rwandais sont politiquement opposés au régime en place à Kigali, mais seraient prêts, sous réserve de garanties suffisantes de sécurité, à regagner le Rwanda sous la protection de la Mission d'observation des Nations Unies au Congo (MONUC). Ils sont cantonnés, depuis l'année dernière, sur la base de Kamina, conformément aux accords de Lusaka, en attendant d'être rapatriés éventuellement sur le Rwanda.

L'incident du 1er novembre survient au lendemain du rapatriement forcé, sur Kigali, à partir de Kinshasa, d'une dizaine de Rwandais, membres de la direction politique du FDLR alors qu'ils attendaient de trouver une autre terre d'asile. Le 31 octobre, des militaires congolais seraient venus chercher ce groupe de Rwandais qui se trouvaient dans une sorte de no man's land, au beach Ngobila de Kinshasa, sur le fleuve Congo. Et ils les auraient confiés à "Third Party Verification Mission" (TPVM), la tierce partie du processus de paix au Congo comprenant des militaires sud-africains et des éléments de la MONUC, pour les conduire vers leur nouvelle terre d'asile, l'Afrique du Sud normalement. Curieusement, le groupe d'opposants rwandais a été débarqué à Kigali.

Le rapatriement de ce groupe d'opposants rwandais à Kigali a provoqué une controverse à Kinshasa, la capitale de la RDC, entre les différentes parties au processus de paix au Congo conformément aux accords signés à Luanda, le 14 août, entre le FDLR, le gouvernement congolais, le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), la MONUC et le gouvernement sud-africain. Alexis Symiyimana, porte-parole du FDLR, a aussitôt accusé le gouvernement congolais de trahison : "Le gouvernement congolais ne devait pas nous payer de cette façon pour le service que nous lui avons rendu. Pour des intérêts obscurs que nous ne comprenons pas, il nous a littéralement sacrifiés".

Le gouvernement congolais s'est déclaré, pour sa part, non concerné dans la mesure où la tierce partie s'était portée garante pour leur trouver un autre pays d'asile. "Nous avons été très clairs à ce sujet. Depuis la signature des accords de Luanda, le FDLR a été déclaré non grata et ses membres priés de se trouver un autre pays d'asile. Dans la mesure où le gouvernement sud-africain nous a rassurés qu'il pouvait se charger du dossier, ce n'était plus notre problème", a indiqué Vital Kamerhe, commissaire général du gouvernement chargé du processus de paix. Le HCR s'est dit étonné que les choses se soient précipitées à ce point, car la situation était sous contrôle et qu'il n'était pas nécessaire de s'alarmer : "Nous suivions la situation de près et nous attelions à trouver une solution quand nous avons appris que ces réfugiés avaient été rapatriés sur Kigali".

Contactée à ce sujet, la MONUC a déclaré que le cas de ces personnes n'entrait pas dans le cadre de sa mission : "Ces gens dont il est question ne sont pas des militaires. Nous n'avons donc pas à les désarmer pour les rapatrier", a réagi Hamadoun Touré, porte-parole de la MONUC. Il n'empêche qu'il existe un lien entre ce groupe politique du FDLR et les hommes de troupe cantonnés à Kamina. La preuve en a été donnée par la mutinerie qu'a provoquée leur rapatriement au Rwanda. L'incident de Kamina survient au moment où le processus de paix en RDC entame sa dernière ligne droite. Le 30 octobre, le président Paul Kagame du Rwanda et Joseph Kabila de la RDC se sont retrouvés à Pretoria, en Afrique du Sud, pour faire l'évaluation de l'accord qu'ils avaient signé, le 30 juillet, dans la même ville. Les deux hommes, qui s'accusent mutuellement de violer l'accord, ont décidé de reconduire, pour 90 jours supplémentaires, le délai de sa mise en œuvre.