MAPUTO, 6 nov. (IPS) – Ana Martinho, 15 ans, est l'aînée d'une famille de six enfants. Sa mère est morte en mars, après une longue maladie.
"Ma mère a été pendant longtemps malade, mais nous ne savions pas de quoi elle souffrait jusqu'au moment où son amie a contacté Reencontro (une organisation non gouvernementale aidant les orphelins et les personnes vivant avec le VIH/SIDA). Alors, des responsables de Reencontro sont venus dans notre maison et ont amené ma mère à l'hôpital. Parce que nous étions également malades, ils nous ont amenés à l'hôpital, mais maman était si malade qu'elle ne pouvait pas guérir et est finalement morte en mars", se souvient Martinho.
Elève en 6ème année à l'Ecole primaire Eduardo Mondlane à Laulane, hors de Maputo, Martinho dit qu'ils n'ont pas de proches parents pour s'occuper d'eux. Leur père, vendeur dans le marché local, est mort en décembre 1999.
Et, puisque leur mère était malade et qu'ils étaient, eux-mêmes jeunes, il n'y avait personne dans la famille pour reprendre ce commerce.
"Je pensais même abandonner les classes pour chercher un emploi", affirme-t-elle. Mais cela ne s'est pas produit, puisque Reencontro avait offert de s'occuper d'eux.
"Ils nous donnent de la nourriture et des vêtements. Ils paient également nos contributions scolaires", poursuit Martinho.
Un autre orphelin ayant reçu de l'aide de Reencontro est Mariana Ostene, 17 ans, elle aussi élève à l'Ecole primaire de Eduardo Mondlane. Ostene, l'aînée d'une famille de trois enfants, a une histoire semblable à celle de Martinho.
"Premièrement, mon père est mort, suivi de ma mère", confie-t-elle.
Après le décès de leur mère, les enfants Ostene ont été laissés à leur cousine. La cousine, qui devait s'occuper également de sa propre famille, partageait les maigres repas avec eux et payaient les frais de leur scolarité. Mais parfois, les orphelins restaient affamés pendant des jours parce que leur cousine, qui n'avait aucun emploi, dépendait de son mari.
Un jour, après le retour des Ostene de l'école, le chef du quartier est arrivé, accompagné de deux femmes. "Il m'a dit que les femmes voulaient entendre notre histoire avant de pouvoir nous aider", affirme-t-elle.
C'était le début d'une nouvelle vie pour les enfants Ostene. Les femmes, envoyées par Reencontro, ont promis de donner aux orphelins de la nourriture, de leur acheter des médicaments et des vêtements.
Selon Mariana, sa vie a changé depuis que Reencontro a commencé par s'occuper d'eux. Pour Gomes Vilankulo, un chef de quartier à Inhagoya, une banlieue de Maputo, Reencontro est arrivée au bon moment. Il y a une augmentation du nombre d'enfants ayant perdu leurs parents et n'ayant aucun proche parent pour s'occuper d'eux.
Dans le passé, les orphelins dépendaient de leurs voisins, qui leur donnaient à tour de rôle de la nourriture, un geste, qui, selon Vilankulo, ne n'était pas efficace. "Lorsque Reencontro nous a invités à identifier les enfants nécessiteux, nous avons été choqués de voir que plusieurs ménages étaient dirigés par des mineurs. C'était triste de voir des enfants s'occuper les uns des autres", souligne Vilankulo.
"Ce qui nous a le plus choqués, c'était que des enfants abandonnaient les classes pour aller mendier dans les rues afin de garantir un repas pour des frères et sœurs plus jeunes", se rappelle-t-il.
Reencontro, qui a été créée il y a plusieurs années, a commencé avec un petit nombre d'enfants du faubourg où elle était située, Laulane. Mais très tôt, ses activités se sont étendues à d'autres zones et à l'heure actuelle, il y a un total de 535 enfants qui reçoivent de l'aide à Maputo seule.
Selon la présidente de Reencontro, Doroteia Mbalane, le groupe s'occupe également de 500 orphelins du SIDA dans la province de Gaza, où elle vient d'ouvrir un bureau.
Elle ajoute que l'aide qu'elle apporte aux enfants n'est qu'une partie des activités du groupe. "Nous avons commencé nos activités en donnant des soins à domicile aux personnes vivant avec le SIDA à Maputo", explique Mbalane. "Maintenant, nous nous occupons également des orphelins. Nous payons leurs frais de scolarité et nous leur offrons une assistance médicale gratuite afin que les orphelins jouissent de la totalité de leurs droits en tant qu'enfants".
Des statistiques officielles montrent que 13 pour cent de la population du Mozambique – 17 millions d'habitants – est infecté par le VIH, pendant que 700 autres personnes sont infectées chaque jour.
Le nombre d'enfants âgés de moins de 15 ans, ayant perdu leur mère ou père ou les deux parents pour cause du SIDA au cours du premier trimestre de 2002, était estimé à environ 430.000. Et, ce chiffre pourrait dépasser un million d'ici à 2010, selon les prévisions.
D'autres estimations de l'ONUSIDA/Organisation mondiale de la santé (OMS) montrent que 630.000, parmi les femmes âgées de 15 à 49 ans, vivent avec le VIH/SIDA, tandis que le nombre d'enfants âgés de zéro à 15 ans et vivant avec la maladie est d'environ 80.000. Ces chiffres font du Mozambique l'un des pays les plus durement touchés par la pandémie en Afrique.
Au début de cette année, le gouvernement mozambicain a annoncé un plan destiné à apporter une contribution annuelle d'environ cinq millions de dollars US au fonds VIH/SIDA, nouvellement créé.
Le Mozambique a développé un plan pour réduire la transmission et l'impact de la maladie sur le pays. Le plan met l'accent sur la nécessité d'intensifier les campagnes de sensibilisation pour éduquer les jeunes, les plus touchés par la pandémie.
Le gouvernement accorde également la priorité aux conseils, au test volontaire et à la formation des filles et des femmes pour les outiller en matière de négociation de rapports sexuels.

