ENVIRONNEMENT-SENEGAL: La dégradation de l'environnement joue sur la pauvreté

DAKAR, 5 août (IPS) – Chaque année, l'ensemble des forêts sénégalaises perdent 50.000 hectares de leur superficie, selon les estimations de la Direction nationale de l'environnement et des établissements classés (DEEC).

Cette déforestation résulte de la combinaison de plusieurs facteurs dont les périodes de sécheresse répétitives depuis la fin des années 60.

Aux facteurs climatiques, s'ajoutent les fortes pressions humaines exercées sur les forêts sénégalaises, comme presque partout ailleurs dans la zone du Sahel.

Parmi les fléaux provoqués par l'homme, figurent les feux de brousse qui, selon la Direction des eaux et forêts du Sénégal, ravagent chaque année 150.000 à 200.000 hectares de terres. "C'est un facteur qui favorise la dégradation des sols en ce sens qu'il détruit le tapis herbacé", soutient Mansour Ndiaye, un agent des Eaux et forêts.

Ces feux sont le plus souvent provoqués par des paysans défrichant leurs champs, des chercheurs de miel, mais aussi par des bergers. Mais l'une des causes essentielles de la déforestation reste la production de charbon de bois, de bois de chauffe et de bois d'œuvre. Selon les statistiques de la DEEC, les exploitants forestiers en prélèvent chaque année 80.000 à 100.000 tonnes de bois destinés à satisfaire ces trois catégories de bois recherchés pour des besoins économiques et sociaux des citoyens.

Pour diminuer cette pression, le ministère de la Jeunesse, de l'Environnement et de l'Hygiène publique envisage de revoir à la baisse les quotas attribués aux milliers exploitants regroupés au sein d'associations dénommées Groupements d'intérêts économiques (GIE).

C'était pour lutter contre la déforestation que l'Etat sénégalais avait lancé, au début des années 80, une politique de promotion des énergies alternatives au bois. Elle consistait à encourager les populations à utiliser le gaz butane dont les prix étaient subventionnés et les fourneaux améliorés, vendus à un prix modique, et moins consommateurs de charbon de bois que les fourneaux traditionnels. Mais pour des raisons budgétaires, l'Etat a renoncé, en 1999, à subventionner le prix du gaz devenu du coup beaucoup moins cher que le charbon de bois. "Les efforts de l'Etat ne servaient à rien parce que les populations s'accrochaient à leurs habitudes traditionnelles. Elles portent toujours leur préférence au charbon de bois pour la cuisson de leurs repas", regrette Moutapha Ndiaye, conseiller technique au ministère de l'Energie et des Mines.

"La réalité, c'est que la suppression de cette subvention a été exigée par la Banque mondiale. Comme il s'agit de protéger l'environnement, cette subvention valait la peine", indique Bounama Dièye, membre de l'Association sénégalaise des amis de la nature (ASAN).

Au siège de l'Association des jeunes pour l'éducation et le développement (AJED), organisation non gouvernementale (ONG) qui soutient des micro-réalisations visant à améliorer les conditions de vie des populations tout en cherchant à préserver leur environnement, les responsables soutiennent que la préservation des ressources naturelles passera forcément par la lutte contre la pauvreté. "Nous ne pourrons pas protéger notre environnement naturel si nous n'arrivons pas à combattre la pauvreté. Heureusement que nos Etats commencent à comprendre cette corrélation", souligne un responsable de l'AJED, Mamadou Lô.

Dans la lutte contre la déforestation, le ministère de l'Environnement ambitionne de faire planter, pendant l'hivernage (de juillet à octobre), environ 5 millions de plans d'arbres sur une superficie de 30.000 hectares répartie à travers le pays. Cette opération, qui sera supervisée par la Direction des eaux et forêts, sera exécutée par les volontaires du Service civique national, les mouvements associatifs locaux et les organisations d'exploitants forestiers.

Les problèmes environnementaux ne sont pas sans conséquence sur l'agriculture, secteur qui occupe près de 70 pour cent de la main-d'œuvre nationale. L'effet combiné de la déforestation et de l'érosion des sols a entraîné un rétrécissement des surfaces cultivables, provoquant une baisse progressive de la production agricole, céréalière notamment.

"L'insécurité alimentaire n'est rein d'autre qu'une conséquence de la dégradation de notre environnement naturel. La déforestation est, en partie, à l'origine de la rareté des pluies dont dépend entièrement notre agriculture", souligne un ingénieur agronome sénégalais, Mansour Ndour. Il accuse les gouvernements qui, se sont succédé au Sénégal depuis l'indépendance du pays en 1960, d'avoir négligé les questions environnementales. "Ils n'ont pas vite perçu la corrélation entre l'environnement et le développement durable. Ils ont laissé les gens faire ce qu'ils voulaient avec les forêts", déplore-t-il.

Le réchauffement annoncé de la terre, qui pourrait se traduire au Sénégal par des hausses de température variant de 1 degré C à 2,5 degrés C, selon une étude de la Direction de l'environnement et des établissements classés (DEEC) du Sénégal, assombrit l'avenir de l'agriculture sénégalaise, notamment dans le delta du Saloum situé dans la partie centre-ouest du pays. Selon une récente étude de la DEEC, des inondations feront disparaître, en 2100, la moitié de cette vaste zone du delta qui fait 3.210 km2. "Du côté du domaine continental, 85 km2 de terre seront inondés, essentiellement des zones de savane arborée où se pratique la culture du mil, de l'arachide et du sorgho", ajoute l'étude. "A cause de la dégradation de la biodiversité, beaucoup d'espèces ont quitté nos parcs nationaux. Cela a provoqué une baisse du nombre des touristes dont la venue avait des retombées pour les populations autour des sites touristiques", regrette le directeur des Parcs nationaux du Sénégal, Demba Mamadou Bâ. "Il est illusoire de penser que nous pouvons protéger nos ressources naturelles dans un environnement de pauvreté. Si nous voulons assurer la pérennité de ces ressources, nous devons d'abord éradiquer la pauvreté", ajoute-t-il. Un avis que partage Boubacar Diop, président du Conseil des ONG d'appui au développement au Sénégal (CONGAD), organisation qui regroupe 150 ONG du Nord et du Sud intervenant au Sénégal et en Afrique de l'ouest. "La pauvreté et la dégradation de l'environnement sont intimement liées. A mon avis, la protection de l'environnement passe nécessairement par la lutte contre la pauvreté. Les ONG sont conscientes de cela et veulent amener les décideurs politiques à en tenir compte et à changer de méthode d'approche dans la lutte contre la dégradation de l'environnement", souligne Diop. Le président Abdoulaye Wade, qui a visité samedi une réserve animalière à Bandia (50 km au sud-est de Dakar), a appelé les Sénégalais à protéger l'environnement. "Nous devons nous mobiliser pour préserver et valoriser nos ressources naturelles. Il y a encore quelques années, la nature était clémente dans le pays où vivaient beaucoup d'espèces animales. Pour recréer cet environnement, nous devons inscrire toutes nos actions dans le sens de protéger la nature. Si cette nature disparaît, nous allons disparaître avec elle".