POLITIQUE: Nouvelle Union pour s'attaquer aux problèmes de l'Afrique

JOHANNESBURG, 10 juil (IPS) – En prélude au lancement officiel de l'Union africaine (UA), les ministres et responsables de gouvernement du continent tiennent à montrer que la nouvelle union pourra s'attaquer à – et régler – les problèmes de l'Afrique.

La semaine dernière, Madagascar n'a pas été autorisé à adhérer à l'Union africaine. L'Organisation de l'unité africaine (OUA) – qui est remplacée par la nouvelle union – a décidé que l'élection contestée à Madagascar, en décembre 2001, n'a pas conduit à un gouvernement légalement constitué pour ce pays insulaire de l'Océan Indien.

L'OUA a indiqué que le siège de Madagascar à l'Union africaine resterait vacant jusqu'à ce qu'un gouvernement légitime soit élu dans ce pays.

"La récente décision de l'Organe central de l'OUA, relative à Madagascar, est une indication claire d'une nouvelle façon de faire les choses, et l'engagement de l'Afrique à la bonne gouvernance", a déclaré le vice-président sud-africain, Jacob Zuma.

Il s'exprimait à l'ouverture de la réunion du Conseil des ministres de l'OUA dans la ville portuaire sud-africaine de Durban, le 4 juillet.

La non-ingérence dans les affaires des Etats membres était un principe fondamental de l'OUA – et laissait l'organisation impuissante à agir lorsque certains chefs d'Etat africains plongeaient leurs pays dans des guerres civiles. L'Union africaine a largement reçu un mandat pour intervenir dans les affaires des Etats membres lorsqu'il y a des menaces à la sécurité et à la stabilité, entre autres.

Zuma a fait remarquer qu'il y a "des poches de conflit dans certaines parties du continent, auxquelles l'UA est adaptée pour s'attaquer fermement et résolument pour le bien du continent et de nous tous".

Les conflits au Soudan, au Libéria, en République démocratique du Congo et à Madagascar étaient au premier plan de l'ordre du jour de la réunion du Conseil des ministres de jeudi dernier. Même si aucune nouvelle percée spectaculaire n'est attendue, on s'attend à ce que la réunion annonce que l'UA adoptera une position plus ferme en traitant avec les parties en guerre.

Zuma a également indiqué que les processus de paix sont déjà en cours en RDC, en Angola et au Burundi — bien que certains experts africains soient prompts à avertir que les négociations dans ces pays sont très fragiles.

"Les mécanismes de l'UA pour la revue des pairs et la résolution des conflits montrent un engagement à la démocratisation, à la bonne gouvernance, à la paix et à la sécurité comme étant dans l'intérêt des Africains, indépendamment des relations avec les pays industrialisés", a ajouté Zuma.

Prenant la parole à la même réunion, le secrétaire exécutif de la Commission économique pour l'Afrique, Kinsley Amoako, a estimé que même si certaines organisations ont critiqué la réponse du Groupe des huit (G-8) au Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), les Africains ne doivent pas être déçus.

"Plusieurs au sein de la presse et des organisations non gouvernementales pensaient que le G-8 n'offrait que des cacahouètes. Nous ne devrions pas être déçus ou découragés. Le NEPAD, ce n'est pas la fabrication d'une coupe plus grande pour mendier", a-t-il commenté.

Le G-8 (qui comprend le Japon, le Canada, la Grande-Bretagne, l'Italie, les Etats-Unis, la France, l'Allemagne et la Russie) a annoncé certains fonds d'aide supplémentaires pour des programmes de développement en Afrique, mais n'ont pas ouvert leurs marchés aux produits venant du continent ou annoncé des initiatives de nouvelles et substantielles réductions de dette. De meilleurs accords commerciaux et la réduction de la dette sont généralement perçus comme étant essentiels pour la relance du développement économique en Afrique.

Le ministre du Commerce et de l'Industrie de l'Afrique du Sud, Alec Erwin, était également optimiste par rapport aux résultats de la réunion avec le G-8 au Canada en juin.

"Concrètement parlant, si vous deviez apporter cela dans la région – entre trois ou quatre milliards de dollars – et l'injecter, pendant les trois ou quatre prochaines années, dans des projets de développement, l'impact serait stupéfiant. Nous ne sommes pas alors à court d'argent, il s'agit de s'assurer vraiment que l'aide augmente le ratio d'endettement dans d'autres ressources du secteur privé", a expliqué Erwin.

Il parlait après un Sommet d'hommes d'ffaires africains qui a pris fin à Durban, le 3 juillet.

L'Afrique du Sud et d'autres Etats africains en vue font pression pour que l'Union africaine adopte le NEPAD comme son programme de développement social et économique du continent. Plusieurs pays ont des réserves par rapport au NEPAD, parce que leurs performances entachées en matière de droits de l'Homme et de gouvernance pourraient les exclure du programme.

Les pays du NEPAD doivent s'engager à la bonne démocratie, ainsi qu'à la construction d'une stabilité économique et politique en échange de meilleurs accords d'aide et de commerce des économies avancées.

Pendant ce temps, le président sud-africain Thabo Mbeki, a continué sa campagne réussie pour élargir le soutien populaire pour le NEPAD. Il a déjà obtenu l'approbation circonspecte des organisations non gouvernementales et communautaires ainsi que les syndicats africains pour le programme.

Le 4 juillet, il a convaincu le Conseil des églises sud-africaines de donner leur bénédiction au NEPAD. Les églises sud-africaines et les organisations de la société civile s'étaient opposées au programme en raison du fait qu'il peut amener le gouvernement à supprimer les dépenses sociales, pour assurer la stabilité économique.