GENEVE, 18 juin (IPS) – La moitié de la population dans les Pays les moins avancés (PMA) vit dans l'extrême pauvreté, bien que la situation soit plus grave en Afrique qu'en Asie, indique la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), dans un rapport rendu public mardi.
Entre 1995 et 1999, 81 pour cent de la population dans les PMA – pour lesquels la CNUCED avait des informations disponibles – vivait avec moins de deux dollars par jour, selon le rapport annuel sur les 49 nations qui font partie du groupe.
Dans la période étudiée, 495 millions de personnes vivaient avec moins de deux dollars par jour. Sur ce total, 307 millions, ou la moitié de la population totale des 49 pays, vivaient dans l'extrême pauvreté, en d'autres termes, survivaient avec l'équivalent de moins d'un dollar par jour.
La proportion de personnes vivant dans la pauvreté dans les PMA asiatiques que la CNUCED a étudiés est tombée de 36 pour cent en 1965-1969 à 23 pour cent dans la période 1995-1999.
L'histoire de la réduction de la pauvreté dans les nations asiatiques est tout à l'opposé de ce qui se passe actuellement dans les PMA d'Afrique, a indiqué le secrétaire général de la CNUCED, Rubens Ricupero.
Ricupero a souligné que l'incidence et l'intensité de la pauvreté ont pris une force extraordinaire dans les PMA d'Afrique.
Dans la seconde moitié des années 90, parmi les pays les moins avancés d'Afrique pour lesquels les données étaient disponibles, la population, qui vivait avec moins de deux dollars par jour, représentait 87 pour cent du total.
Dans cette même période, 65 pour cent de la population dans ces pays vivait avec moins d'un dollar.
Selon le rapport de la CNUCED, en général, la pauvreté extrême est en hausse dans les PMA. Dans la période 1965-1969, 48 pour cent de la population subsistait avec l'équivalent de moins d'un dollar par jour. La proportion est passée à 50 pour cent entre 1995-1999.
L'étude révèle que dans les PMA, il existe une relation étroite entre l'incidence de l'extrême pauvreté et la dépendance à l'égard des exportations de matières premières.
Soixante-neuf pour cent de la population des PMA exportant des produits de base non liés à l'énergie vivait avec moins d'un dollar entre 1997-1999.
Dans les PMA qui exportent des minéraux, la proportion dépassait 80 pour cent.
Pendant ce temps, la population ayant un revenu de moins d'un dollar par jour était moins élevée dans les PMA exportant les services, à 43 pour cent.
Les Nations Unies ont réuni tous les 49 PMA sur la base de leurs faibles produits intérieurs bruts par tête d'habitant, de leurs ressources humaines faibles et d'une grande vulnérabilité économique.
Le rapport de la CNUCED expose la nature "omniprésente et persistante" de la pauvreté dans les pays les plus pauvres, estimant que ces nations sont prises dans un cercle vicieux, un "piège de pauvreté internationale".
Selon l'étude présentée par Ricupero, la forme actuelle de la mondialisation "resserre le piège de la pauvreté" au lieu de l'alléger.
Le rapport décrit la mondialisation comme le flux croissant de biens et de services de part et d'autre des frontières nationales et l'émergence d'une série complémentaire de structures organiques pour le gérer.
La CNUCED soutient que le commerce international et les relations financières renforcent le cercle vicieux de la pauvreté. Ceci est beaucoup plus évident dans les PMA dont la principale source de revenus à l'exportation est constituée de matières premières.
A cet égard, la baisse et l'instabilité des prix des matières premières, la dette étrangère non viable et un système d'aide et de paiement du service de la dette piloté par les donateurs, contribuent à cette situation.
L'organisation onusienne recommande la création d'opportunités pour "une réduction rapide de l'extrême pauvreté dans les PMA à travers une croissance économique soutenue".
Les dernières estimations de la pauvreté indiquent que son incidence est réduite d'une façon régulière et prévisible au point que la consommation par tête d'habitant augmente.
Elles montrent également que la présence de l'extrême pauvreté peut être amoindrie beaucoup plus rapidement qu'on ne le pensait auparavant. Les prédictions actuelles concernant les possibilités d'une future réduction de la pauvreté sont trop pessimistes, estime la CNUCED.
Dans le cas d'un pays où la consommation moyenne par tête d'habitant est de 400 dollars par an, sur la base de la valeur de 1985, on prédisait que près de 65 pour cent de la population vivrait avec moins d'un dollar par jour.
Toutefois, si la consommation est doublée et passe à une moyenne de 800 dollars par personne par an, on peut prédire que moins de 20 pour cent de la population vivrait avec moins d'un dollar par jour, soutient l'agence spécialisée des Nations Unies.
Le rapport de la CNUCED recommande la création d'un environnement international plus favorable afin de réduire la pauvreté. Ceci signifierait l'intensification de l'aide et de l'allègement de la dette, la réforme de la politique internationale sur les matières premières, et l'établissement de nouvelles politiques qui prennent en compte la relation entre la "marginalisation socio-économique des pays les plus pauvres et la polarisation croissante de l'économie mondiale".

