NATIONS UNIES, 4 juin (IPS) – Plus de 50 millions d'enfants dans le monde entier sont privés du droit à une identité officielle, ce qui les rend vulnérables face aux trafiquants et aux violeurs d'enfants, a indiqué mardi le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).
On prive les enfants d'un nom et d'une identité reconnus parce qu'ils ne sont pas déclarés à la naissance, souligne l'UNICEF dans une étude de 32 pages publiée à New York.
"Un acte de naissance est l'un des plus importants bouts de papier qu'une personne puisse posséder", estime le directeur exécutif de l'UNICEF, Carol Bellamy. "Si nous ne l'obtenons pas dès le départ pour déclarer les bébés, cela devient après une bataille difficile".
En 2000, l'année la plus récente avec des statistiques disponibles, plus de 50 millions d'enfants n'ont pas été déclarés à la naissance. Ceci représentait près de 41 pour cent des naissances dans le monde entier, selon l'étude.
Dans 19 pays parmi lesquels le Rwanda, le Cambodge, le Niger, la Chine, l'Indonésie, la Turquie et le Nicaragua, entre 26 et 60 pour cent de tous les enfants âgés de moins de cinq ans n'ont pas été déclarés à la naissance.
L'étude particularise toutefois six pays – l'Ouganda, les Philippines, le Bangladesh, l'Inde, la Thaïlande, et l'Angola – comme des Etats qui mènent des campagnes fructueuses pour relever les niveaux de leurs déclarations de naissance.
Parmi les pays ayant les plus forts taux de déclarations de naissance, on peut citer l'Algérie, la Malaisie, l'Ile Maurice et l'Ouzbékistan. En Algérie, qui occupe la première place, près de 97 pour cent de tous les bébés ont été déclarés dans les cinq jours réglementaires après la naissance.
Les enfants nés dans les communautés rurales ont moins de chance d'être déclarés que leurs homologues de la ville. Les enfants de parents illettrés dans des pays comme le Brésil, l'Inde, Haïti, le Honduras et le Pérou ont moins de chance d'avoir un acte de naissance que ceux nés de parents lettrés.
Au Vietnam, certaines femmes célibataires sont réticentes à déclarer leurs enfants sous l'emprise de l'embarras ou d'une croyance erronée selon laquelle les enfants ne sont déclarés que si les parents sont mariés, indique l'étude.
Selon Bellamy, l'attestation de l'âge est un premier pas important dans la protection des enfants contre l'abus et l'exploitation liés à l'âge, y compris le recrutement militaire et l'implication dans un conflit armé, le travail des enfants et le mariage précoce.
"Même si la déclaration de naissance ne garantit pas d'elle-même l'éducation, la santé, la protection ou la participation, son absence peut mettre ces droits fondamentaux hors de la portée de ceux qui sont déjà en marge de la société", estime l'étude.
L'étude ajoute qu'un enfant non déclaré sera plus attrayant pour les trafiquants d'enfants et n'a même pas la protection minimale qu'un acte de naissance offre contre plusieurs formes d'abus, comme la détention et les poursuites arbitraires comme s'il était un adulte.
La raison la plus courante pour la non déclaration dans les pays très pauvres est que les parents ne peuvent simplement pas venir à bout des obstacles logistiques pour se rendre dans le service approprié. Les gouvernements doivent, alors, prendre des initiatives pour régler ce problème en décentralisant leurs systèmes de déclaration, souligne l'UNICEF.
L'article 9 de la Convention des Nations Unies relative aux droits des enfants stipule que tous les enfants devraient être déclarés immédiatement après la naissance et devraient également avoir un nom et une nationalité.
La Convention a été ratifiée par 192 pays sur les 193 pays membres des Nations Unies, à l'exception des Etats-Unis.
Selon l'étude, le plus fort pourcentage de naissances non déclarées se retrouve dans le monde en développement, principalement en Afrique et en Asie. En Afrique sub-saharienne, plus de 70 pour cent des naissances ne sont pas déclarées, comme c'est le cas pour 63 pour cent en Asie du sud.
En chiffres réels, l'Asie du sud est le premier avec approximativement 22,5 millions d'enfants non déclarés, soit plus de 40 pour cent de naissances non déclarées au monde, contre un total d'environ 17 millions en Afrique au sud du Sahara.
Au Moyen-Orient et en Afrique du nord, près d'un tiers des enfants nés en 2000 (à peu près trois millions), n'ont pas une reconnaissance légale de leur identité, tandis qu'en Asie de l'est et dans la région du Pacifique, le nombre d'enfants non déclarés était d'environ 7 millions.
Olara Otunnu, le Représentant spécial des Nations Unies pour les enfants et les conflits armés, a indiqué que durant ses visites dans les zones de conflits, il avait découvert que chaque fois qu'il demandait l'âge des enfants, on lui répondait qu'ils avaient 21 ans. "Mais ils ne semblaient pas avoir plus de 13 ou 15 ans", dit-il.
Selon Otonnu, l'un des obstacles pour dénicher les enfants soldats était l'absence d'actes de naissance. "Ce qui m'a frappé tout de suite, c'est combien il était difficile, dans chacune de ces situations, de dire l'âge d'une jeune personne".
Otonnu fait remarquer que dans beaucoup de ces sociétés, aucun registre n'est conservé. Mais, même s'il y avait des registres, a-t-il ajouté, ils ont été détruits pendant la guerre.
Actuellement, l'âge minimum légal pour le recrutement dans les forces armées dans le monde entier est de 18 ans.

