GENEVE, 29 mai (IPS) – Les représentants officiels venant du Nigeria ont répondu aux groupes des droits de l'Homme qui accusent le gouvernement de ce pays africain de manquer de volonté politique pour faire face aux problèmes de l'exploitation sexuelle des filles faisant l'objet d'un trafic. Les dénonciations à propos de l'esclavage des enfants, de l'exploitation sexuelle, du trafic et de la prostitution impliquant le Nigeria ont pratiquement dominé la première session du Groupe de travail sur les formes contemporaines de l'esclavage, un organisme des Nations Unies qui a ouvert sa session annuelle lundi à Genève.
Le diplomate nigérian M. Omotosho a réfuté les accusations, estimant que les autorités de son pays faisant "d'énormes efforts" pour tenter d'enrayer de telles violations contre les mineurs.
Mais le procureur Churchill Ohaeto Ibeneche, directeur exécutif du Centre consultatif de droit constitutionnel et de justice (C3RJ), a demandé au gouvernement fédéral du Nigeria ainsi qu'aux autorités municipales et étatiques de faire face à la situation "avec le sérieux qu'elle mérite".
Une formule pour y parvenir est de créer des emplois, parce que partout au Nigeria, qui compte quelque 125 millions d'habitants, "plusieurs hommes et femmes n'ont pas un emploi rémunérateur", a déclaré le directeur du C3RJ, une entité basée à Port Harcourt, une ville située dans le sud du pays.
L'Afrique est aux mains d'organisations criminelles qui contrôlent le trafic et l'exploitation sexuelle des filles, et le Nigeria est dans leurs griffes, a affirmé Ibeneche.
Le Nigeria est le pays africain qui apporte le plus à l'industrie sexuelle mondiale, avec 70 pour cent des 70.000 des victimes objet du trafic en provenance de l'Afrique. Le reste vient principalement du Ghana, du Gabon et de la Côte d'Ivoire, a indiqué le procureur.
Ibeneche a cité Harold Koko, de l'ambassade nigériane à Rome, qui croit que 70 pour cent des jeunes femmes nigérianes victimes des trafiquants finissent en Italie.
Sœur Eugenia Bonetti, de l'organisation catholique romane, Caritas, a rapporté qu'au moins 30.000 filles et femmes victimes du trafic en provenance du Nigeria peuvent se trouver en Italie aujourd'hui, et leur âge varie de 15 à 25 ans.
"La plupart des filles n'ont jamais su qu'elles allaient finir comme prostituées dans leur pays de destination", a dit le directeur du C3RJ, ajoutant que parmi d'autres pays européens recevant ces victimes nigérianes, on peut citer la Belgique, la France, l'Allemagne, les Pays-Bas et l'Espagne.
L'un des experts indépendants du Groupe de travail des Nations Unies, Paulo Sergio Pinheiro, de nationalité brésilienne, a fait remarquer qu'il y avait une pression sur les pays du Sud en développement et les pays industrialisés du Nord pour faire face au problème des filles victimes du trafic pour exploitation sexuelle.
Selon Pinheiro, dans le cas de la prostitution, la communauté internationale doit se préoccuper, non seulement de l'offre, mais également de la demande.
"Cela doit être une responsabilité partagée", a-t-il affirmé.
Les représentants des organisations catholiques avaient reconnu les pratiques positives de la police et des autorités italiennes à cet égard, puisqu'elles trouvent des institutions spéciales pour protéger les filles qui sont victimes des trafiquants, a déclaré Pinheiro.
Le trafic des femmes est l'un des commerces illicites les plus lucratifs au monde aujourd'hui. L'Organisation internationale pour la migration (OIM) croit que le phénomène brasse six à 12 milliards de dollars par an.
Les Nations Unies estiment ce chiffre à environ sept milliards de dollars.
Le diplomate nigérian U. Saki a protesté au cours de la session d'ouverture du Groupe de travail lundi, estimant que la question du trafic industriel du sexe ne pouvait pas être généralisée et qu'on ne pouvait pas rejeter la responsabilité sur son pays seul.
Le problème n'est pas national, parce qu'au Nigeria, il est présent seulement dans deux ou trois provinces, affirme Saki.
Le ministre nigérian des Affaires étrangères a instruit l'ambassade à Rome de s'occuper de la question, et il s'y trouve un bureau spécial pour prendre part aux procès du trafic des filles nigérianes victimes du trafic, a indiqué un diplomate.
Un autre crime que Ibeneche a dénoncé est l'esclavage des enfants, "l'enlèvement, la vente ou la tentative de vente des enfants au Nigeria et dans d'autres pays africains". Selon lui, cela a pris des dimensions effrayantes".
"Le trafic des enfants de part et d'autre des frontières du Nigeria avec le Gabon, le Bénin, le Niger, le Cameroun, le Togo et la Côte d'Ivoire n'est plus une nouvelle, mais une réalité pratique", a-t-il ajouté.
Les garçons sont exploités comme main-d'œuvre sur les fermes alors que les filles sont obligées de se prostituer, vendues à des prix variant entre 100 et 150 dollars, en fonction de l'apparence physique de l'enfant.
En présentant sa dénonciation de l'esclavage des enfants, la plupart des cas prouvés, Ibeneche les a cités comme étant parus dans des articles de presse.
Les diplomates nigérians ont rejeté les accusations faites par les organisations non-gouvernementales, affirmant qu'elles ne sont basées que sur l'information publiée dans la presse.
Saki, le représentant de l'ambassade nigériane auprès des organisations internationales basées à Genève, affirme que les accusations sont "exagérées et non-fiables".
Le Nigeria n'est pas le pays détenant le plus important trafic d'enfants, a-t-il indiqué. Dans plusieurs cas, ce phénomène suit des pratiques culturelles. On ne peut donc pas dire que le gouvernement est impliqué, a ajouté Saki.
Le responsable nigérian soutient que plusieurs de ces enfants savent ce qui les attend parce qu'il y a beaucoup d'informations disponibles, y compris via la télévision, pour accroître la prise de conscience du public sur le problème.
Dans certains villages nigérians, il y a des rues pleines de commerces qui ont démarré grâce à des fonds envoyés au pays par des victimes du trafic, a reconnu le diplomate.
Le Groupe de travail, qui termine sa session le 31 mai, consacre ses efforts annuels pour débattre de l'exploitation des enfants, notamment dans les contextes de prostitution et de servitude domestique.

