DROITS-RD CONGO: La société civile exige une implication de la MONUC dansle maintien de la paix

KINSHASA, 24 mai (IPS) – Le quartier général de la Mission d'observation des Nations Unies au Congo (MONUC), à Kinshasa, a connu jeudi une manifestation de la société civile qui exigeait une "implication plus franche de la MONUC dans le maintien de la paix" en République démocratique du Congo (RDC).

Une foule, évaluée à 300 personnes, a accompagné des représentants de la société civile venus manifester leur colère face à ce qu'ils considèrent comme un "comportement indifférent de la MONUC" devant les événements qui, le 14 mai, ont endeuillé la population de la ville de Kisangani, capitale de la province orientale de la RDC. Une tentative de mutinerie, le 14 mai à Kisangani, a été violemment réprimée par le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD/Goma), faisant au moins 32 morts dont 13 civils. Kisangani est occupée par le mouvement rebelle RCD/Goma qui est soutenu par le Rwanda. Les femmes, mobilisées pour la cause, arboraient des bandeaux blancs sur la tête en signe de deuil. Portant des T-shirts blancs marqués "Femmes de l'Est", elles ont fait le siège du quartier général de la MONUC le matin, scandant des slogans hostiles au RCD/Goma et à l'Armée patriotique rwandaise (APR) accusés d'avoir provoqué les tueries de Kisangani. "Nous, les femmes, ressortissantes des provinces de l'est de la RDC, nous sommes coalisées pour signifier à la MONUC notre désappointement face à son inefficacité devant des drames humanitaires comme ceux qui viennent de frapper les populations de la ville de Kisangani", déclare Elise Mulimuzi, secrétaire exécutive de la Coordination nationale des femmes du développement (CONAFED) et porte-parole du groupe. Les manifestants ont tenu à faire le plus de bruit possible afin d'alerter, non seulement les fonctionnaires de la MONUC, mais aussi tout le quartier environnant ainsi que la presse de Kinshasa, la capitale de la RDC. Mais, en dépit des circonstances, l'ambiance a semblé quelque peu festive avec fanfares et groupes folkloriques des ressortissants de la province orientale. Se trouvaient également sur place beaucoup de notabilités de cette province.

Pour des raisons de sécurité, la MONUC a gardé ses portes fermées. Seuls quelques officiers militaires et un personnel civil dirigé par Hamadoun Touré, le porte-parole de la MONUC, sont venus à la rencontre des manifestants.

"Nous sommes venus mêler notre voix aux protestations de la société civile de Kinshasa contre les tueries massives perpétrées à Kisangani, devant les yeux de la MONUC, qui n'a rien fait d'autre que d'assister passivement au drame", s'insurge Baudouin Hamuli, directeur du Centre national d'appui au développement et à la participation populaire (CENADEP), une organisation non gouvernementale (ONG) de défense des droits de l'Homme. "La communauté internationale ne doit pas être dupée par les manœuvres dilatoires fomentées par le RCD/Goma et le Rwanda dans le seul et unique but de justifier la sur-militarisation de Kisangani, ceci pour contrer l'application de la mise en oeuvre de la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU exigeant la démilitarisation de cette ville", déclare-t-il.

Au nom de la MONUC, Touré a reçu les doléances des manifestants. Il leur a déclaré qu'il comprenait leur colère et leur affliction devant ce qui s'est passé à Kisangani, et leur a affirmé que la MONUC n'était pas restée inactive pendant les événements du 14 mai. Dans un mémorandum à l'attention du Conseil de sécurité des Nations Unies, les membres de la société civile de Kinshasa ont insisté sur "l'impérative nécessité de démilitariser la ville de Kisangani". Ils ont exigé que la MONUC passe du mandat d'observation à celui du maintien de la paix. Ils ont également demandé qu'une enquête internationale soit diligentée pour faire toute la lumière sur les événements de Kisangani.

Plus d'une semaine après les événements, on ne sait toujours pas ce qui s'est réellement passé à Kisangani. On sait par contre qu'il y a eu beaucoup de morts.

La version de la mutinerie au sein des militaires du RCD/Goma est de plus en plus contestée par la société civile qui privilégie plutôt "un scénario macabre concocté par le RCD/Goma pour retarder ou rendre inapplicables les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU exigeant, non seulement la démilitarisation de Kisangani, mais aussi le retrait inconditionnel des troupes rwandaises et ougandaises, reconnues comme troupes d'agression". Le 14 mai, un groupe de militaires avait pris d'assaut la station de la radio publique de Kisangani et appelait la population à se rebeller contre l'autorité du RCD/Goma et contre l'occupation des troupes rwandaises. Selon Mgr Laurent Monsengwo, l'archevêque de Kisangani, les troupes d'intervention, supposées venir contrer la mutinerie, ont été curieusement applaudies par les mutins. Le prélat catholique a affirmé sans ambages qu'il ne croyait pas à la version officielle d'une mutinerie. C'est le prélat qui, citant les sources religieuses, a évalué le bilan des victimes à au moins cinquante, "des victimes dûment inventoriées" pendant que la société civile locale parle de 250 tués. La radio privée catholique "Elikya", émettant à Kinshasa, estime, pour sa part, ce dernier bilan (250 morts) non exagéré dans la mesure où, selon elle, citant l'agence catholique "Misna", des corps non identifiés flottaient encore, le vendredi 17 mai, sur les différents cours d'eau de Kisangani avant d'être repêchés par la Croix-Rouge.

Le bilan des victimes n'est pas loin de celui de l'archevêque de Kisangani (50) : "Dans la commune de Mangobo, la MONUC a obtenu l'identité des 18 personnes tuées le mardi, 14 mai, après-midi. Dans la nuit de mercredi à jeudi, d'autres exécutions sommaires se sont produites sur le pont de la rivière Tshopo et à l'embarcadère de la brasserie UNIBRA", selon le porte-parole de la MONUC. "Des fonctionnaires de la MONUC ont pu observer les corps, dont certains étaient mutilés et placés dans des sacs en plastique. Une vingtaine de corps auraient également dérivé jusqu'à la ville d'Isangi et seraient ensevelis dans une fosse commune à l'est de l'aéroport", a-t-il ajouté.