HARARE, 24 mai (IPS) – Les espoirs d'une fin rapide de la tension politique au Zimbabwe ont été anéantis la semaine dernière après l'échec d'une conférence de réconciliation entre le parti au pouvoir et le principal groupe d'opposition.
Avant même l'échec de la conférence, peu de gens donnaient au parti ZANU-PF au pouvoir et au Mouvement pour le changement démocratique (MDC) une véritable chance de réussir.
Les pourparlers, négociés par l'Afrique du Sud et le Nigeria, visaient à apaiser la tension politique grandissante dans le pays après la victoire controversée du président Robert Mugabe à l'élection de mars.
La semaine dernière, le gouvernement a insisté pour un ajournement, citant la récusation faite par le MDC qui revendique une reprise des élections présidentielles du 9 au 11 mars.
L'opposition maintient que les élections présidentielles ont été truquées.
"Le MDC demeure fermement convaincu que l'actuel gouvernement de facto de Robert Mugabe est illégitime et qu'il n'y a qu'une seule manière de rétablir la légitimité, c'est-à-dire une reprise de l'élection présidentielle", indique Welshman Ncube, secrétaire général du MDC.
Mais le spécialiste des sciences politiques, Masipula Sithole, prévoit des troubles puisqu'il doute que les deux partis politiques "acceptent la décision des tribunaux".
Inflexible sur le fait qu'il a été volé dans les élections, le MDC insinue qu'il ne reconnaîtra aucune décision de la cour qui confirme le président Mugabe comme vainqueur des élections de mars.
"De la même façon, la ZANU-PF n'acceptera pas, et encore moins de mettre en application une décision pour une reprise qui signifierait en réalité une victoire du MDC à l'élection présidentielle", semble indiquer Sithole.
Avec le procès encore pendant, le parti au pouvoir affirme qu'il est inutile de poursuivre les discussions. Si le parti au pouvoir refuse une reprise, l'opposition prévient qu'il y aura "des protestations massives".
"Le MDC interprète l'acte de la ZANU-PF comme un retrait clair et total de la ZANU-PF des discussions. Il revient au peuple du Zimbabwe de reconquérir ses libertés et son droit d'élire librement son gouvernement", fait remarquer Ncube.
Les discussions ont échoué malgré les efforts diplomatiques dans les coulisses pour amener le parti au pouvoir à poursuivre les pourparlers. Les diplomates sud-africains et nigérians ont rencontré le président Mugabe et les hauts responsables du parti au pouvoir.
Pour les présidents Thabo Mbeki d'Afrique du Sud et Olusegun Obasanjo du Nigeria, tout progrès vers la résolution de la crise politique du Zimbabwe est un premier test crucial pour apporter un soutien fondamental à leur Nouveau partenariat économique pour le développement de l'Afrique (NEPAD).
Le mois prochain, les deux présidents prendront part à un sommet du G-8 au Canada où ils chercheront un appui pour le NEPAD, et un apaisement des tensions au Zimbabwe, l'une des économies les plus solides du continent, paraît crucial.
Le Groupe des huit (G-8) comprend le Canada, le Japon, l'Allemagne, la France, les Etats-Unis, l'Italie, la Grande-Bretagne et la Russie.
Ncube qualifie la rupture des discussions d'insulte aux présidents Obasanjo et Mbeki à qui, souligne-t-il, la direction de la ZANU-PF a donné sa parole de s'engager dans le dialogue.
"Nous sommes navrés et compréhensifs envers les facilitateurs qui ont été traités avec le plus grand mépris et publiquement humiliés par un régime qui a volé son élection par la violence d'Etat et une fraude électorale pure et simple", déplore-t-il.
Bien que certains pays africains aient approuvé les élections, des groupes d'observateurs internationaux ont affirmé que le scrutin ne reflétait pas la volonté des électeurs.
Le parti au pouvoir a toutefois justifié l'ajournement des discussions.
"Dans les circonstances actuelles, ma délégation croit que l'ajournement du dialogue doit être prolongé jusqu'à la conclusion de l'affaire qui est présentement devant la justice", déclare Patrick Chinamasa, chef de la délégation du parti au pouvoir au dialogue entre les partis.
"Un tel comportement est contraire à l'esprit du dialogue et fait courir le risque d'une compromission de tout le processus des pourparlers", prévient Chinamasa, faisant allusion à attitude de l'opposition.
Chinamasa, qui est le ministre de la Justice et de la Législation du pays, a également accusé l'opposition de diffuser des mensonges selon lesquels la violence politique serait une autre raison qui bloque l'évolution des discussions.
Chinamasa a cité une affaire dans laquelle l'opposition a affirmé qu'un militant du parti au pouvoir, ce qui s'est révélé faux plus tard, avait décapité un de leurs partisans, une femme, devant ses filles.
Selon le MDC, la décision d'ajourner les discussions ne les affectera pas puisqu'ils n'étaient pas les premiers à avoir demandé la tenue de ces pourparlers.
Ncube fait savoir que son parti attendrait les conseils de l'Afrique du Sud et du Nigeria en tenant compte de la position du parti au pouvoir. "La ZANU-PF n'a jamais été sincère dès le départ. Ils se laissent leurrer par leur opinion erronée et insensée selon laquelle le calme apparent dans le pays est une approbation de l'élection", déclare Ncube.
Dans un développement connexe, le gouvernement a aussi nié les affirmations des groupes de défense des droits de l'Homme et du MDC selon lesquelles trois personnes ont été assassinées au cours des dernières semaines, portant à 54 le nombre total des meurtres liés à la politique au Zimbabwe cette année.

