DEVELOPPEMENT: Des groupes de défense des droits accusent les gouvernementsd'avoir abandonné les enfants

NATIONS UNIES, 10 mai (IPS) – Une coalition de plus de 100 groupes de défense des droits ont critiqué mercredi les gouvernements d'avoir manqué aux promesses de protéger les enfants des abus sexuels, de la violence et de l'exploitation.

"Des millions d'enfants sont privés des droits fondamentaux et subissent des abus déraisonnables parce que les gouvernements ont manqué d'honorer leurs engagements", affirme Bill Bell de la section britannique de "Save the Children".

Parlant au nom de la coalition the Child Rights Caucus, Bell a fait savoir que la session spéciale de trois jours des Nations Unies sur l'Enfance, qui a démarré ici mercredi, risquait d'introduire "une autre décennie de promesses manquées".

La conférence à laquelle prennent part plus de 70 dirigeants du monde et plus de 2.000 représentants d'organisations non gouvernementales (ONG), est la suite du Sommet mondial pour les Enfants de 1990.

Au cours des années 1990, l'aide internationale au développement a atteint son niveau le plus bas selon le Caucus, et les nations en développement n'ont affecté que 12 à 14 pour cent de leur budget national aux services sociaux.

Malgré les promesses de supporter l'accès universel à l'éducation, souligne le Caucus, seulement 2 pour cent de l'aide internationale vont actuellement dans la scolarité dans les pays pauvres.

L'Aide publique au développement (APD) diminue chaque année depuis 1992, lorsqu'elle a atteint environ 63 milliards de dollars, elle a augmenté.

L'APD a atteint son niveau le plus bas de 0,22 pour cent des produits nationaux bruts (PNB) combinés des pays riches en 1997 – un tiers de l'objectif de 0,7 pour cent consenti par l'Assemblée générale des Nations Unies il y a plus de 30 ans. Seuls le Danemark, les Pays-Bas, la Norvège et la Suède ont régulièrement atteint cet objectif au cours des années 90.

Oliver Buston de l'ONG Oxfam International a préconisé un investissement accru dans l'éducation des enfants. "C'est la première tentative vraiment crédible pour s'attaquer à la crise mondiale de l'éducation. Ce dont on a besoin d'urgence actuellement, c'est de l'argent pour permettre que cela fonctionne", déclare-t-il.

Le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, dans un rapport établi pour la conférence de cette semaine a désigné la pauvreté chronique comme étant le plus grand obstacle à la satisfaction des besoins et au respect des droits des enfants.

"A une époque de prospérité mondiale et dans une économie globale de 30.000 milliards de dollars, la moitié de l'humanité est désespérément appauvrie", indique le rapport qui constate encore que trois milliards de personnes sur six milliards survivent avec deux dollars ou moins par jour.

Parmi eux, environ 1,2 milliard de personnes vivent dans ce que la Banque mondiale classe dans la catégorie de pauvreté absolue. La moitié d'entre elles est constituée d'enfants.

"Jamais dans l'histoire a-t-on vu de tels chiffres. Et on n'a jamais vu dans l'histoire moderne de la coopération au développement l'aide globale aux pays les plus nécessiteux du monde tomber à des niveaux aussi bas que ceux des dernières années", ajoute Annan.

La présidente Sri lankaise Chandrika Bandaranaike Kumaratunge a indiqué aux délégués mercredi que le monde en développement était confronté à de nouveaux défis dont un grand nombre à un impact sur les enfants.

"Si nous devons sérieusement mettre au devant de la scène les droits et le bien-être des enfants, la recherche des ressources s'impose", poursuit-elle. "La réduction de la pauvreté doit également faire partie intégrante de notre engagement vis-à-vis des enfants".

Selon le Premier ministre jamaïcain P.J. Patterson, la mondialisation n'a pas diminué les difficultés effroyables, surtout pour les enfants dans les nations en voie de développement. "La pauvreté est demeurée le seul plus grand obstacle, causant la mort, gênant la croissance et engendrant un désespoir pitoyable", souligne-t-il.

Le Premier ministre Khadela Zia du Bangladesh a demandé à l'Assemblée : "Nos enfants sont-ils mieux lotis aujourd'hui qu'ils ne l'étaient il y a 10 ans? Sinon, nous devons demander : qu'est-ce qu'il faut faire de plus pour améliorer la condition de nos enfants?" "Des efforts pour éradiquer la pauvreté sont vitaux. Cela doit commencer avec les enfants et les parents dans les groupes vulnérables", ajoute-t-elle.

Mettant particulièrement l'accent sur les problèmes auxquels est confrontée l'Afrique, le roi Letsie III du Lesotho a déclaré à la session spéciale que les progrès réalisés depuis 1991 étaient incertains.

Alors qu'un progrès remarquable a été fait dans la réalisation de certains objectifs, indique-t-il, il y a eu de nouvelles menaces et des défis imposant une nouvelle réunion des Nations Unies.

"Pour la plupart d'entre nous dans le monde en voie de développement, surtout en Afrique subsaharienne, les principaux défis auxquels nous sommes confrontés pour remplir les obligations que nous avons entreprises en 1990, englobent l'insécurité, la pauvreté grave et répandue, la famine, la dégradation environnementale, les conflits internes et la propagation des maladies dont le VIH/SIDA et le paludisme ", déclare-t-il.

Un monde convenable pour les enfants signifie un monde où les enfants ne sont pas tués, mutilés ou déplacés par d'incessants conflits armés; un monde où les enfants ne sont pas recrutés de force pour des services militaires; un monde où les enfants ne sont pas soumis à ni traumatisés par des violences et des mutilations sexuelles.

Et par-dessus tout, souligne-t-il, c'est un monde où les enfants ne pas devenus orphelins ni laissés sans ressources à cause du SIDA et de la faim.