LILONGWE, 14 mars (IPS) – Au moins 79 personnes sont mortes de faim au Malawi au cours de ces dernières semaines, selon une organisation humanitaire locale.
L'organisation, "the Malawi Economic Justice Networks" (les Réseaux de justice économique du Malawi), une organisation non gouvernementale (ONG), affirme que les décès sont survenus dans les districts de Kasungu, Nkhotakota, Ntchisi, Lilongwe, Dowa et de Mchingi dans le centre du Malawi.
Selon Collins Magalasi, coordinateur des Réseaux, le gouvernement n'a tenu aucun compte des avertissements relatifs à des menaces de pénuries alimentaires dans le pays.
"Le gouvernement ne réagit maintenant à la situation que parce qu'il s'est rendu compte que les gens mouraient de famine", indique-t-il.
La semaine dernière, le gouvernement a déclaré un "état de sinistre national" pour prévenir les pénuries alimentaires.
"Je pense que la déclaration est intervenue à temps. Le gouvernement a réalisé qu'il y aurait un déficit alimentaire en juillet dernier, mais les donateurs ont surestimé la production agricole, pensant qu'elle suffirait comme alimentation de substitution à défaut de maïs", affirme Ellard Malindi du ministère de l'Agriculture.
Mais l'ambassade de la Grande-Bretagne, dont le pays a promis 2,6 millions de dollars US, déclare que les donateurs croyaient que des vivres supplémentaires tels que le manioc, les pommes de terre ou les bananes suffiraient au pays en cas de pénurie de maïs, mais qu'ils ignoraient que la Société de développement de la commercialisation agricole et l'Agence nationale de réserve alimentaire avaient vendu totalement les stocks de maïs.
"C'est pourquoi nous insistons encore pour une explication sur la vente des stocks de maïs et sur les mesures qui ont été prises pour empêcher qu'une telle chose se reproduise", souligne Michael Nevin de l'ambassade de Grande-Bretagne.
Selon les chiffres publiés par le gouvernement, au moins sept millions de personnes sur une population de 10 millions – notamment dans les zones rurales – ont été durement frappées par la pénurie de maïs.
Le président Bakili Muluzi, qui a rejeté il y a tout juste deux semaines les rumeurs selon lesquelles des gens mouraient de faim, a fait appel, la semaine dernière, à la communauté internationale pour une aide alimentaire.
Le gouvernement fait savoir qu'il a besoin de quelque 1,5 milliard de kwachas (environ 20 millions de dollars US) pour prévenir une extension de la famine.
Le Malawi a commencé à importer du maïs de l'Afrique du Sud, de la Tanzanie et de l'Ouganda au milieu de l'année après que le pays a manifestement enregistré un déficit céréalier qui a été imputé aux inondations et aux conditions climatiques défavorables subies pendant la dernière saison des pluies.
Jusqu'à 150 tonnes de grains sont bloquées aux ports mozambicains de Nacala et de Beira, faute de moyens de transport pour faire parvenir les vivres aux nécessiteux.
Le gouvernement annonce qu'il a également besoin de 358 millions de kwachas (environ 4,7 millions de dollars US) pour l'aide humanitaire l'année prochaine en vue de compenser les effets des inondations qui ont affecté 15 des 27 districts du Malawi, emportant 3.447 hectares de cultures de maïs.
Dan Msowoya du parti de l'opposition, l'Alliance pour la démocratie (AFORD), indique que les productions de maïs diminuent chaque année parce que les intrants agricoles sont devenus chers après la suppression des subventions de l'Etat. Les organisations humanitaires ont exhorté le gouvernement à rétablir les subventions pour permettre aux pauvres de s'offrir l'aliment de base, le "meali-meal" – de la farine de maïs utilisée pour préparer une bouillie épaisse – qui se vend actuellement à 850 kwachas (environ 11 dollars US) par sac de 50 kg.
Les organisations humanitaires locales et internationales ont commencé à distribuer du maïs à des communautés au Malawi. Le représentant du Programme alimentaire mondial (PAM) au Malawi, Diop Faye, déclare que l'agence des Nations unies est en train de cibler 10.000 ménages avec environ 50.000 bénéficiaires dans les 10 districts les plus touchés. Le PAM est en train de mettre à la disposition du pays 798 tonnes de vivres, y compris du maïs et de l'huile végétale.
Kassam Okhai, porte-parole de l'Aide humanitaire musulmane asiatique (AMRA) affirme que jusqu'à 25 camions chargés de farine de maïs ont été expédiés dans les différentes régions du pays.
La communauté hindoue du Malawi est en train de distribuer des vivres d'une valeur de cinq millions de kwachas (plus de 600.000 dollars US) dans les régions du sud et du centre. La "First Merchant Bank" (la Première banque commerciale) a aussi fait don de 750 sacs de maïs.
Lorsqu'il a pris les rênes du pouvoir en 1994, Muluzi a introduit le pacte de démarrage selon lequel on fournissait gratuitement aux paysans un plan de cinq kilomètres d'engrais et 10 kilogrammes de semence de maïs pour améliorer la sécurité alimentaire au niveau des ménages.
L'attention a cependant été reportée sur les plus nécessiteux au cours des deux dernières années, un changement de cible qui a peut-être contribué au déclin de la production de maïs.

